B.B. King, le roi du blues, aurait eu cent ans : ses pairs l’honorent en musique

Sur ses derniers jours, il avait considérablement réduit la voilure, se contentant d’une petite centaine de concerts annuels.
BB KING

Né le 16 septembre 1925 et arraché à notre affection le 14 mai 2015, Riley Ben King, plus connu sous son nom de scène B.B. King, aurait, l’année dernière, fêté son centenaire. Heureusement, d’autres s’en sont chargés pour lui, l’artiste étant durablement occupé pour l’éternité. C’est donc le jeune Joe Bonamassa qui s’y est collé. Entre B.B. King et lui, c’est une vielle histoire. En effet, le petit Joe n’a que douze ans quand la légende vivante pousse la porte du magasin de guitares que dirige son paternel, Len Bonamassa. La future vedette s’acharne sur les six cordes de sa Gibson à s’en faire saigner les doigts. Il s’entraîne quasiment jour et nuit. B.B. King lui trouve illico une patte, un style, un talent ; et, comme chacun sait, « aux âmes bien nées, la valeur n’attend pas le nombre des années ». Le maestro n’a peut-être pas lu Corneille, mais propose illico au gamin d’assurer la première partie de son prochain show, à New York. Le moins qu’on puisse prétendre est que le gosse, même transi de trouille, s’en sort mieux que bien.

Rameuter le gratin du blues sur un double album…

B.B. King n’aura pas affaire à un ingrat, Joe Bonamassa ayant passé une bonne partie de sa carrière à honorer son illustre mentor. Ce qu’il vient donc de faire une ultime fois avec ce double album, B.B. King’s Blues Summit 100, à l’occasion duquel il a rameuté la crème du dessus du panier de l’élite. Soit, sans ordre de préférence, des pointures telles que Keb’ Mo’, George Benson, Ivan Neville, Marcus King, Michael McDonald (des Doobie Brothers) Susan Tedeschi et Derek Trucks (déjà célébrés en ces colonnes), sans oublier tous les autres. Au final ? Plus de deux heures de bonheur total. Car là, tout est bon et il n’y a rien à jeter. Comme si l’hommage les avait tous poussés à se surpasser. Il est vrai que la personnalité de B.B. King n’avait rien d’anodin. De tous les bluesmen, il était le roi et seul l’immense Buddy Guy maintient encore le flambeau, à bientôt quatre-vingt-dix printemps. Du temps de sa splendeur, B.B. King donne jusqu’à 350 concerts par an. Un vrai marathonien. À ses temps perdus, il ouvre le club B.B. King’s Blues Club & Grill sur Time Square, lieu incontournable de la Grosse Pomme.

Des accords mineurs venus de la musique yiddish…

Ce qui a fait sa légende ? L’emploi des accords mineurs, sachant que le blues se joue traditionnellement en majeur septième. Qui le convertit ? Un ingénieur du son juif venu d’Europe de l’Est, qui lui fait remarquer : « B.B., tu devrais essayer les accords mineurs ! » Et le guitariste de demander : « Mais pourquoi donc ? » Ce à quoi le technicien rétorque : « Parce que ça fait triste. Logique, on emploie que ça, dans la musique yiddish. Et au moins, ça te permettra de faire la différence avec tes collègues ! » Allez pour le yiddish. Dès lors, B.B. King ne compose ses chansons qu’en accords mineurs. Une sorte de marque de fabrique, tel qu’en témoigne The Thrill Is Gone, l’un de ses plus grands succès. L’autre raison de sa réussite ? N’avoir jamais touché à la politique et s’être tenu à l’écart des polémiques. Quand certains cuistres affirment que seul un Noir désespéré a le droit de jouer du blues, il met illico les choses au point : « Pas la peine d’être noir, alcoolique ou drogué pour célébrer le blues. Il suffit d’avoir le talent. Et ça, nombre de Blancs l’ont. Tout le monde est légitime pour jouer du blues ; à condition toutefois de bien le jouer ! » Une pudeur toute en distance et retenue, fort éloignée des crétineries « d’appropriation culturelle » désormais si en vogue.

Invité d’honneur du combat de boxe du siècle…

La consécration ultime survient le 30 octobre 1974, à l’occasion du légendaire match de boxe opposant George Foreman à Mohamed Ali (anciennement Cassius Clay) au Zaïre (aujourd’hui République démocratique du Congo). Pour Ali, il s’agit de reprendre à Forman la ceinture de champion du monde des poids lourds. Cette rencontre au sommet est baptisée du nom de Rumble in the Jungle. Mobutu Sese Seko, le président d’alors, fait des pieds et des mains pour que deux artistes emblématiques soient de la partie : James Brown, évidemment, et B.B. King, surtout. En 1996, l’événement sort enfin sur grand écran avec When We Were Kings, de Léon Gast. Un véritable chef-d’œuvre où la guitare flamboyante de B.B. King résonne en écho avec la remontée légendaire d’un Ali finissant par triompher d’un Foreman. Du grand sport, de la grande musique, du grand art.

Avant de rendre l’âme au chef d’orchestre de là-haut, l’artiste est devenu une vénérable institution, vénérée de tous ses cadets venus payer leur dette au maître : les Rolling Stones, U2 et, il va de soi, le duc de Clapton*. Sur ses derniers jours, il avait considérablement réduit la voilure, se contentant d’une petite centaine de concerts annuels. Peinant à assurer ses prestations debout, il chantait et jouait sur une chaise. Tel un roi sur son trône. Ce dernier nous paraît bien vide, aujourd’hui.

*Si Slowhand n’avait pas été cité, l’ami Jacksoul aurait été bien peiné.

La consécration à la Maison-Blanche

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Nicolas Gauthier
Journaliste à BV, écrivain

Vos commentaires

8 commentaires

  1. Vous ne pouviez passer à côté de ce centenaire de BB King ,vos anecdotes sur le personnage sont toujours intéressantes à découvrir. Etant un aficionados d’Eric Clapton, vous ne pouviez passer à côté de cela . Une filiation jamais démentie par le principal intéressé .Notre époque des années 60 , a témoigné de ces rencontres improbables entre petits blancs de l’Angleterre du « blues boom » et légendes parfois oubliées du blues du Sud profond des EU. Une musique pas toujours appréciée par une population noire très imprégnée par la bible et qui assimilait le Blues à une musique du diable ,que l’on rencontrait parfois à la croisée des chemins?
    En tout cas , ils se sont rencontrés et ce fut une belle rencontre qui a enchanté nos esgourdes et notre esprit . Clapton ce fut BB King , Keith Richard Chuck Berry même si il se revendiquait de Robert Johnson .
    BB king tout le monde connait au moins de nom , j’ai eu la chance de le voir en 2009 au festival de Cognac , il était assis sur sa chaise et se balançait au rythme de son orchestre, une vraie machine à swing dont il ponctuait les breaks par de brefs mais efficaces solos, dont il avait le secret . La grand classe ! Il n’avait plus rien à prouver et ne regardait même plus le manche de « Lucille  » tellement cela était évident et coulait de source… du Mississipi. Il était bien , là , et visiblement heureux et sans pression ni contrainte avec des spectateurs fascinés par le personnage et sa musique, tellement simple et proche malgré la renommée mondiale .
    j’ai vu aussi un Buddy Guy survolté et enthousiaste un après midi au parc floral de Vincennes.
    Il a réveillé tout le parc en ce bel après midi d’été , où les gens ont plutôt l’habitude de faire la sieste et les gens ne voulaient plus le laisser partir !!
    Le blues , une belle histoire malgré que cette musique témoigne du profond désarroi des personnes qui l’exprimaient à travers trois accords.
    LE blues est rentré dans le vocabulaire courant , Eric Clapton a eu la triste occasion dans sa vie de le ressentir profondément à l’occasion du drame qu’il a vécu , ET notre Johnny national a affirmé que c’était toute la musique qu’il aimait !
    D’après Michel Mallory , ce fut la dernière chanson qu’il ait chanté sur scène ;

    • Prince interprétait parfaitement le blues . C’était un musicien éclectique très apprécié d’Eric Clapton .
      Je ne l’opposerais pas à BB King , c’est un autre univers.
      Il faut bien comprendre que Prince a bénéficié de l’apport de ses prédécesseurs, mais tout comme Clapton , il ne l’a pas nié mais au contraire s’est nourrit de ses influences diverses pour les retransmettre à sa manière et en faire quelque chose de personnel tout en respectant les musiciens dont ils s’est inspiré . Il avait à peu près mon âge ,c’ était un excellent musicien mais aussi un fan comme je l’étais ainsi que beaucoup de jeunes de mon époque
      Mozart a été influencé par Bach , et peut être que Beethoven l’a été par Mozart ?

  2. Merci infiniment pour cet article, décidément il n’y a que BV pour faire ce genre d’article.
    Il faudrait pour le salut de nos jeunes têtes blondes faire écouter du BB King dans toutes nos écoles, nos collègues, nos lycées afin de désinfecter le cerveau de tous ces pauvres jeunes contaminés par le rap, la techno, la musique électro.
    La musique c’est d’abord l’émotion et le blues, le rock, le rythm and blues, la soul, vous transperce le coeur alors que le rap et autres dérivés vous l’emprisonne.

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