La pantomime (ou la comédie) de l’immigration sur la scène de l’Assemblée nationale

Bien que la ficelle soit énorme, le gouvernement persiste dans son simulacre d’éveil à la question migratoire. Spectacle amusant digne des grands classiques du théâtre de boulevard. « Ciel, mon migrant ! » clame Emmanuel Macron depuis son bureau de l’Élysée tandis qu’à la tribune de l’Assemblée, Édouard Philippe, dans le rôle du mari trompé, découvre avec effarement que les Français attendent des réponses sur le sujet. Et on ne le lui avait pas dit ! « Ah, ça ne va pas se passer comme ça, oh la la non ! » Les chances de nominations aux Molières étant assez minces, reste la crédulité des Français auprès de qui la pièce pourrait faire quelques entrées.

Devant un Hémicycle clairsemé, le Premier ministre, possédé par le rôle, reconnaît que la politique mise en place par le gouvernement n’avait pas atteint tous ses objectifs. Quelle politique migratoire, excepté une large ouverture des frontières ? Quels objectifs ? Le suspense est à son comble. La pièce vire au polar… Ce bref moment d’égarement artistique passé, Édouard Philippe revient aux fondamentaux du divertissement avec cette tirade magistrale : « Le système français d’asile est aujourd’hui saturé…. En 2018, la France a enregistré le record de 123.000 demandes d’asile, soit une augmentation de 22 % par rapport à l’année précédente alors que, dans le même temps, le nombre de demandes baissait de 10 % dans le reste de l’Europe. » Marine Le Pen, sors de ce corps ! Ce n’est plus un discours, c’est un biopic ! Il est le personnage. Sans perruque ni accessoires. Performance !

Du fond de sa retraite, Jean-Marie Le Pen découvre que des feuillets de ses déclarations passées lui ont été dérobés. Les textes réadaptés à la réalité de 2019. L’affaire pourrait faire les choux gras du YouTuber CopyComic, qui avait dénoncé les plagiats de Gad Elmaleh et quelques autres amuseurs. Le monde du « one-man-show » ne sort pas grandi de la prestation matignonesque.

Le second rôle de cette pantalonnade est interprété par le célèbre Castaner, qui est à la politique ce que Jean Lefebvre fut au cinéma. Selon les ternes et très fumeux propos du personnage, les motivations des arrivées sur le territoire sont en forte hausse (accueillir des motivations ne sera pas simple), « ce qui témoigne de l’attractivité de notre pays à la fois pour les talents mais aussi qui reflète les choix que vous avez faits ». Devant l’inintérêt total du monologue, le public pense qu’il s’agit d’un intermède pour meubler l’entracte.

Après diverses interventions transparentes, la pièce se termine enfin. Une consternation gênée règne sur les bancs de l’Assemblée. La dramaturgie est faible, les dialogues poussifs. En guise de conclusion, l’inspiratrice de ce mélo, Marine Le Pen, vient affirmer haut et fort qu’elle n’a pas cru un mot de ces déclamations mal interprétées. Constatant que la troupe n’a que peu d’avenir dans le théâtre, sa proposition glace le sang des intermittents du spectacle qui se sont succédé à la tribune : « Sur ce sujet majeur de l’immigration, ayez le courage, plutôt que d’organiser un petit débat sans vote, d’organiser enfin un grand référendum. »

« Si on ne peut plus brasser de l’air avant une élection, où allons-nous ? » aurait déclaré un député à la sortie de l’Assemblée.

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