Editoriaux - Education - 9 juillet 2019

La mort programmée du lycée

La grève des 700 correcteurs du bac 2019 a mis en exergue les luttes de pouvoir et la pagaille consubstantielles à la vie du lycée. Ayant refusé de rendre les copies dûment corrigées, notées et saisies aux centres d’examen, ces félons – sur près de 175.000 professeurs convoqués – doivent affronter une levée de boucliers de la part des médias et des élus, ceux de l’oligarchie.

Pourquoi ne pas saisir la cause de la fronde ? La réforme du lycée imposée par le locataire de la rue de grenelle, Jean-Michel Blanquer, une révolution culturelle dont la ligne directrice est la suppression des séries L, ES et S. Non par hasard, les disciplines les plus concernées par la grogne sont la philosophie, l’histoire-géographie et les mathématiques. Ce sont, de plus, dans ces matières que les consignes (très officieuses) de valorisation des résultats sont les plus insistantes.

Pas étonnant, non plus, que les oraux de rattrapage se déroulent dans la plus grande confusion : chacun des acteurs ne sachant plus vraiment quoi faire. Enfin, les conséquences de la grève des surveillants de la première épreuve (celle de philosophie, le 17 juin) semblent avoir été minimisées par le ministère (AFP, le 8 juillet).

Car, malgré une propension certaine pour ne pas faire de vagues depuis le début de sa carrière, Blanquer a dû faire, à la hâte, la tournée des médias (du 5 au 7 juillet) pour annoncer que la note non saisie par ceux qui ont franchi « la ligne rouge » (dixit) serait remplacée par une note de contrôle continu, ce qui anticipe quelque peu le mode de notation du bac 2021. Il n’a fait, en réalité, que reproduire un protocole rodé pour la pétaudière qu’est le ministère de la démagogie nationale : improviser (comme dans le cas des fuites des sujets de bac, cet examen dont le coût d’organisation est déjà trop élevé pour Bercy). En outre, les chefs d’établissement comme les inspecteurs académiques pèsent, de tout leur poids, sur le dos des enseignants pour faire encenser le bien né et ne (quasiment) jamais exclure le mal embouché. Foucault disait à propos des prisons : « L’inspection fonctionne sans cesse… » La fracture scolaire étant à l’image de la fracture sociale, ce sont, d’abord, les bourgeois qui n’hésitent pas à parler de « preneurs d’otages » à l’encontre des professeurs frondeurs, tel le Président Macron, le 7 juillet, à Lyon.

Alors, dans une logique binaire selon laquelle il y a des « cons de gauche » et des « intellos de droite », on ne pense véritablement pas les problèmes du système éducatif français. En attendant, la parole égalitariste du gouvernement inclusif est en train de se retourner contre elle-même : au nom de l’égalité des droits et du principe d’équité entre tous les candidats, l’introduction forcée du contrôle continu dans la moyenne finale constitue, à l’évidence, une pure injustice. Résultat : des recours se profilent et le bac 2019 tombe dans l’abîme. In fine, le « en même temps » macronien atteint ses limites : l’homme comme être suprême requerrait-il, inconsciemment, une démocratie autoritaire ?

La réforme du lycée prépare une formation totalement individuelle afin de mieux satisfaire les caprices des jeunes consommateurs d’écrans. L’introduction du contrôle continu – même de façon relative, initialement – tend à faire du premier diplôme d’études supérieures une parodie, un succédané du prix de camaraderie des petites écoles d’autrefois. Ou, au mieux, un brevet des collèges associé à des algorithmes (Parcoursup). À vrai dire, les lycéens eux-mêmes ne voient plus, dans l’obtention du baccalauréat, un moment solennel. N’auraient-ils pas pris, également, conscience qu’ils ne sont plus, aux yeux de la technocrature, que des dossiers ? Car, après l’année de terminale, il restera, toujours, à affronter le mur de la réalité…

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