La guerre sémantique : une propagande d’une intensité sans précédent

Un vrai débat démocratique suppose le respect des temps de parole, de la pluralité, de l’objectivité et du sens des mots. Les grands choix de la vie en société passent par les idées, les mots qui les expriment, les actions qui les traduisent. Et c’est tout. D’où l’importance du sens des mots, pour les plus grands philosophes, les linguistes et les juristes dans leur travail quotidien.

C’est une question fondamentale, sous-jacente aux grandes confrontations d’idées. Après Platon et Confucius, en passant par Abélard, la sémantique et la linguistique modernes touchent à deux questions essentielles : la compréhension du monde et l’échange avec l’autre. Or, la campagne des européennes a atteint des abysses dont on ne connaît plus d’exemples qu’en Corée du Nord, à Cuba ou au Venezuela. Sauf que la propagande venait de Bruxelles, de la finance internationale et de la gauche. Les journalistes et chroniqueurs sont censés apporter au corps démocratique une information complète et véridique sur les faits et des points de vue impartiaux éclairant ces faits. Dorénavant, parmi les journalistes, se glissent de simples propagandistes politiques. Avec, parfois même, une vulgarité ou une hystérie stupéfiantes.

Les procédés les plus couramment utilisés furent :

1 La dénaturation

Ainsi du mot « nationalisme », devenu désormais un anathème le présentant comme proche du nazisme, alors que pour Larousse, c’est un « Mouvement politique d’individus qui prennent conscience de former une communauté nationale en raison des liens (langue, culture) qui les unissent et qui peuvent vouloir se doter d’un État souverain ». Et aussi une « Théorie politique qui affirme la prédominance de l’intérêt national par rapport aux intérêts des classes et des groupes qui constituent la nation ou par rapport aux autres nations de la communauté internationale ». Le droit à une nation et à l’identité nationale sont des droits de l’homme.

2 L’amalgame et l’hyperbole

Le plus vulgaire amalgame fut de confondre le système de Bruxelles avec l’Europe-continent-civilisation et ses peuples. Dès lors, quiconque dénonçait ce système et ses piètres résultats fut qualifié d’« europhobe », d’« anti-Europe ». Comme si on pouvait être hostile au continent où l’on vit… Dès que l’on critiquait le système de Bruxelles on subissait la chasse aux sorcières et l’Inquisition, la litanie populiste, xénophobe, rétrograde.

En Allemagne l’AfD serait d’extrême droite qui, nous précise-t-on, est absente du Bundestag « depuis la chute du nazisme » ! Ainsi, par une hyperbole subliminale à deux temps, le patriotisme devenait un extrémisme nationaliste, suspecté de néonazisme : le mercredi précédant le scrutin, la chaîne franco allemande Arte avait rediffusé La Chute !

La question de l’immigration fut traitée avec la même mauvaise foi, amalgamant l’immigré légal, le malheureux réfugié, l’immigrant illégal et les masses qui tentent de s’infiltrer de force.

3 Le fake antonyme

Le sens d’un mot se comprend souvent mieux par son antonyme. Ainsi, il y avait les gentils « Européens » face aux « anti-Européens » ou « europhobes ». Il y avait les « progressistes » face aux « nationalistes ». L’« ouverture au monde » et le « repli sur soi ». Troublés plus qu’ils ne l’avouaient, les propagandistes officiels du système affirmaient que l’Europe des nations serait un concept sans contenu. De la droite à la gauche (Chevènement), on appréciera, car un gros travail de réflexion sur ce sujet a été fait (notamment par Res Publica).

4 La censure médiatique

Des auteurs, livres ou tribunes sont étrangement bannis des grands médias. En particulier sur l’euro, l’émission monétaire et la spéculation financière ou fiscale et ceux qui en traitent furent tabous.

La dérive que chacun a pu constater dans les médias, au cours de cette brève et fébrile campagne européenne, a de quoi inquiéter quant à l’avenir de la démocratie. On perçoit comme un malsain besoin de haine. Les citoyens attendent une démocratie du respect. Et cela ne se peut sans un journalisme respectueux de sa mission, telle que définie par les textes qui instituent le CSA, qui a « comme mission historique le respect des valeurs fondamentales de la République […] la défense de la langue française ». Il est grand temps que le CSA sanctionne les manquements linguistiques.

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