La Conférence de Munich consacre la prééminence de l’Allemagne en Europe…

Dans cette nouvelle Europe, l’Allemagne envisage un retour à la puissance, mais pas seule.
Capture d'écran X 
Bundeskanzler Friedrich Merz
Capture d'écran X Bundeskanzler Friedrich Merz

Du 13 au 15 février, s'est tenue la 62e conférence de Munich sur la sécurité qui visait, non plus à parler seulement de politique de sécurité en Europe et dans le monde, mais à « revitaliser » les liens transatlantiques entre les deux Occidents : l’Occident américain et l’Occident européen. Cette conférence annuelle, fondée en 1962 par l’ancien officier de la Wehrmacht Ewald Heinrich von Kleist, dernier survivant ayant participé à l’attentat du 20 juillet 1944 contre Adolf Hitler, visait initialement, à constituer une plateforme où les grands de ce monde pouvaient s’entretenir informellement des questions de défense et de sécurité. Ce grand rassemblement de décideurs civils et militaires a lieu dans l’hôtel de luxe « Bayerischer Hof » construit en 1841 sous l’égide du roi Louis Ier de Bavière et conçu pour recevoir dans le centre historique de Munich les célébrités de l’époque, politiques, comme Élisabeth d’Autriche, ou artistiques, comme Enrico Caruso.

Le discours intégrationniste du chancelier Merz

Aujourd’hui, ce n’est plus le roi de Bavière, dont la couronne royale fut octroyée en 1806 par Napoléon Ier,  qui accueille les grands de ce monde, mais le chancelier allemand. Friedrich Merz a ainsi expliqué, dès le vendredi 13 février dans son discours inaugural, que « notre liberté (de l’Europe) n’était plus acquise », et a appelé « à la fermeté » et à des « sacrifices, pas un jour, mais maintenant ». Il a donc invité les Européens à produire, non plus seulement du beurre, mais surtout des canons.

Pour ce faire, « l’Allemagne investira des centaines de milliards d’euros dans les prochaines années » et il a aussi promis de faire de la Bundeswehr « la plus forte armée conventionnelle d’Europe ». Adepte, comme le président Macron, du philosophe germano-néerlandais Peter Sloterdijk, Friedrich Merz a plaidé indirectement pour « un éveil de l’Europe à la fin de son absence politique » et pour une « puissance mondiale européenne » repensée pour devenir « un continent sans qualités*». Dans cette nouvelle Europe, l’Allemagne envisage un retour à la puissance, mais dans le cadre d’un leadership européen avec les autres nations, « plus jamais seule ». Ce processus impliquerait qu’il y ait une dissuasion européenne, intégrée dans une défense européenne intégrée, et donc pour la France, vue d’Allemagne, de partager sa dissuasion avec ses partenaires, notamment l’Allemagne.

Les Américains n’en demandent pas tant

Marco Rubio, le secrétaire d’État américain, dans un discours, le samedi en milieu de journée, finalement très gaullien, n’en demandait pas tant. Il a invité, au contraire, les Européens à restaurer leurs liens avec les États-Unis sur une base civilisationnelle et à « renouveler la plus grande civilisation de l’histoire humaine ». Invoquant tour à tour Michel-Ange et les plafonds de la chapelle Sixtine, Dante et les fondements chrétiens de la civilisation européenne, il a appelé son auditoire, pour la plupart constitué des élites politiques et militaires européennes, à rejoindre « le combat de Donald Trump », expliquant que la puissance des armes et de l’économie ne sert à rien sans la puissance de la civilisation. Serait-ce pour cela qu’il fut largement applaudi ? D’après certains spécialistes, dont François Heisbourg, c’était « parce qu’il n’était pas J.D. Vance », qui l’année précédente, n’avait pas hésité à tancer les chefs d’État européens sur ce plan civilisationnel. Toutefois, le discours plus pédagogique de Marco Rubio ne change pas les données fondamentales du partenariat civilisationnel envisagé avec les États-Unis et leurs alliés européens : « Les États-Unis et les Européens sont faits pour être ensemble ».

Zelensky compte les pertes russes

Le président ukrainien Zelensky, dans un discours très attendu en fin de matinée du samedi 14 février, diapositives à l’appui, a chiffré les pertes russes à 35.000 tués ou blessés par mois et expliqué que la victoire ukrainienne sur la Russie ne pourrait être obtenue qu’en accentuant encore ces pertes à plus de 40.000 par mois. Ce qui revient à une stratégie d’usure assumée qui fait largement penser à la « Blutpumpe », la « pompe à sang » imaginée par le général allemand von Falkenhayn à Verdun, dont le but de guerre était de « pomper le sang des soldats français » et faire en sorte qu’il n’y eût plus de combattants français à opposer aux soldats allemands. Bien sûr, le président Zelensky n’a nullement évoqué les propres pertes ukrainiennes, ni les déserteurs qui se chiffreraient à plusieurs centaines de milliers, et encore moins la population des grandes villes ukrainiennes qui survit sans électricité et souvent sans eau courante, suite aux bombardements russes. Il a reconnu que seule, sans l’Europe, l’Ukraine serait « détruite par la Russie ». Faisant écho au discours du chancelier Merz, il a évoqué un « article 5 » qui ne pourrait concerner que les capitales européennes, au cas où ces mêmes Européens ne prendraient pas au sérieux les menaces russes. En outre, le président Zelensky a réitéré la demande d’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne pour 2027, ce que, quelques jours auparavant, le chancelier Merz lui avait publiquement refusé.

Vers une sécurité européenne germano-centrée ?

Ainsi, la conférence de Munich a montré en 2026 la prééminence de l’Allemagne en Europe, notamment dans son intention de poursuivre aux côtés de l’Ukraine la guerre contre la Russie. Cette prééminence pourrait dorénavant avoir une influence directe sur notre politique de défense, axée non plus sur les traditionnels trois cercles du général Poirier, respectivement centrés sur le territoire national, nos intérêts vitaux en Europe et nos intérêts dans le monde, mais en impliquant un rôle plus direct de notre dissuasion nucléaire dans une dissuasion nucléaire européenne en cours de définition. Le discours prévu du président Macron à la fin du mois de février pourrait en préciser les modalités.

 

* La référence implicite à L’Homme sans qualités, le chef-d’œuvre inachevé de l’auteur autrichien Robert Musil est particulièrement intéressante. 

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Vincent Arbarétier
Ancien officier, docteur en sciences politiques, expert géopolitique et militaire

Vos commentaires

40 commentaires

  1. « Ainsi, la conférence de Munich a montré en 2026 la prééminence de l’Allemagne en Europe… » Il faut être le Français du fantasmatique « couple franco-allemand » pour ne s’en apercevoir qu’aujourd’hui.

    • Vous avez raison, et cette volonté ne c’est jamais éteinte hélas….il n’y a que les sots qui pensent que l’Allemagne nous veut du bien, elle nous aime beaucoup pour tout ce que nous avons, notamment une forme de liberté qui en Allemagne est coincé dans des règles !

  2. Nos députés et senateurs,seuls a pouvoir destituer Macron ne font rien! Meme pas de questions au gouvernement sur les agissements du  » president » et son désir de partager ce qui ne lui appartient pas …

  3. La grande Allemagne en arrive à ses fins, et notre président n’est pas en reste pour lui faciliter la tâche. Et que font les représentants du peuple, sinon l’ aider en cela.

  4. Bon article concernant le fameux « couple » franco-allemand. Ce qui m’a frappé ce matin c’est un article où le chancelier critique la France ( enfin, E. Macron ) en lui reprochant de ne pas assez invertir d’argent dans l’armée… Le Général de Villiers dit la même chose mais pas pour les mêmes causes ( souverainistes pour le Général, dans une Europe des nations ). J’arrête là, car je suis agacé, et ne me sens pas représenté actuellement. Vers quoi allons nous ?

  5. Le jour même où le ministre allemand J Wadephul juge « insuffisants » (cf. le Figaro de ce jour) il est désormais parfaitement clair que ce jugement est une hypocrisie de la part du pays qui n’a eu de cesse d’affaiblir la France. L’Allemagne opulente promet un réarmement total jusqu’à la première place, en insinuant de plus en plus fortement que le nucléaire devrait être partagé (en fait avec elle). Un gouvernement français digne de ce nom devrait répondre que si la France est dans cet état c’est tout d’abord qu’elle est mal gouvernée ; qu’ainsi elle se laisse économiquement ruiner par un prix de l’électricité qui la dépossède de son énergie bon marché pour soutenir l’industrie allemande qui nous lamine – en exigeant la fermeture de Fessenheim qui déplaît à ses « Verts » – et qui ne soutient ni l’économie ni les ménages français qu’on vole tous les jours au centuple du « casse » du Louvre. Une France appauvrie à qui l’Allemagne n’envisage certainement pas d’acheter du matériel militaire français (sauf à envisager une OPA sur Dassault ? et se goinfrer sur Airbus et l’ESA) préférant être l’antenne européenne des USA.
    Ajoutons que le poids de l’Histoire fait que les Allemands se sentent endettés auprès des Ukrainiens qu’ils voudront dans l’UE pour nous achever en tirant sans partage les ficelles d’une UE qu’ils n’auront certainement pas la sottise de laisser à Macron en 2027. Où l’on voit que Macron est un président marionnette, qui n’a rien dans le ventre, un pauvre sens politique fait de déclarations aussi pauvres d’action que grandiloquentes, incapable de seulement répondre à Merz avant d’agir vraiment, qui se fait si facilement jouer par Berlin. Le premier ennemi économique et politique que nous avons désormais est bien l’Allemagne. Quant à l’idée de l’article qu’elle entend « partager » je n’y crois pas un instant.

  6. Stratégie de la trahison continue . Il veut ramener la France à un rôle de subalterne de seconde division afin de la rendre plus dociles aux évolutions qu’il entend lancer quand il sera Président de l’Europe. Remarquez qu’il avait annoncé a couleur quand en 2018 il avait dit de la France peuplée de gaulois râleurs était irréformable . Mais admettez qu’il se trompe ( une fois de plus direz-vous) en pensant à la Présidence de l’Europe . Il n’a pas vu venir son ami Frédérick Merz qui dit haut et clair qu’il est près pour assumer le lead en Europe à condition que la France …

  7. Une preuve de plus de l’incapacité de MACRON à imposer la FRANCE pourtant seule dépositaire de l’arme nucléaire en Europe, l’autre puissance la possédant est l’ANGLETERRE mais sortie de l’UE

  8. zelensky veut toujours plus de sang, pas de paix, par contre il espère nous embarquer en 2027 dans le conflit, si entre dans l’UE, il compte les morts russes mais pas les siens, enfin ceux qui voulaient encore mourir pour ce crétin, quand à l’allamand lui veut fair emain basse sur notre nucléaire, et qu’on continue à être des serpillières du monde, bah avec ce gouvernement et son patron on ne peut que s’enfoncer un peu plus chaque jour dans ce gouffre sans fond.

  9. La France a perdu l’essentiel de sa souveraineté depuis Maastricht. La reconquérir nécessite de dénoncer les traités qui nous entravent et donc beaucoup de courage de la part de nos futurs dirigeants.

  10. STOP à cette « UE » qui n’a JAMAIS été « une union » ! …
    MÊME les « constructeurs » de ce machin étaient « PRO-Allemagne » ! …
    Pas « besoin » d’être stratège ou je ne sais quoi ! … Il faut « juste » prendre un historique de ce qui s’est passé en Europe géographique et il devient clair que la l’Allemagne a TOUJOURS été dans les conflits principaux contre les autres pays ! …
    Et l’autre clown VEUT faire « une UE de la Défense » ! ? … QUI va arrêter ce délire et ce venimeux ANTI FRANCE ? …
    Le pire c’est qu’il a encore largement « le temps » de fracasser encore plus tous les restants de cette FRANCE qui est en putréfaction ! …

    • L’Allemagne a perdu deux guerres mais avec l’UE et ses rouages elle est bien partie pour enfin être victorieuse après avoir réussi avec l’aide macronienne à faire de la France une entité vide.

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