Editoriaux - International - Religion - Table - 24 février 2018

Justin Trudeau, symbole d’un Occident moribond, s’est ridiculisé en Inde

Les historiens de demain auront besoin d’illustrations pour caractériser l’irénisme occidental du début du XXIe siècle. Ils s’interrogeront sur ce moment de folie rempli de bons sentiments émollients et de désirs masochistes, baignant dans une douce naïveté mêlée d’extrême contrition. Pour ce faire, nul doute qu’ils utiliseront une photo de l’amène et bienveillant Justin Trudeau.

Notre cher et (très) tendre Premier ministre canadien sera, en effet, passé maître dans l’incarnation de la fragilité sûre d’elle-même que figure la majeure partie des élites d’Occident depuis au moins trois décennies. Libéral, dans son sens le plus pauvre, c’est-à-dire croyant en la toute-puissance et la seule mesure de l’individu ; multiculturaliste, c’est-à-dire neutre, neutralisant, croyant que les nations ne sont que des open spaces en location ; féministe, homophile, surfant sur toutes les modes, du moment qu’elles s’opposent au monde ancien et classique, et, bien entendu, islamophile en diable, voyant dans le visage du musulman sa seule condition d’étranger vis-à-vis duquel la tolérance oblative ne saurait être que l’unique attitude morale à adopter. Justin Trudeau, le moderne par excellence, l’homme bon, le dernier homme, celui qui cligne des yeux et s’essuie une larme, jouissant d’être si bon, les bras ouverts comme son esprit, et s’endormant la fatuité pleine d’un Occident libéral et libéré de lui-même.

Mais cet homme parfait aux yeux des égalitaires, des moralistes et des progressistes ne serait-il pas qu’un tartuffe, au fond ? Quelques siècles plus tard, nous rions volontiers des prêtres et des bons bourgeois qui, en leur temps, vivaient, ressentaient et pensaient de la sorte. Eux aussi étaient pleins d’eux-mêmes, sûrs et certains de délivrer la bonne parole en accord avec les chimères et les idéaux de leur temps. Eux aussi prenaient plaisir à leur contrition. Ils exprimaient celle-ci devant l’autel et se pâmaient de plaisir en se battant la coulpe devant Dieu. Qu’est-ce qui a véritablement changé ? L’autel, uniquement. Pas l’idiosyncrasie. Pas le processus psychologique menant toujours les ratés à prendre leurs bons sentiments pour de l’intelligence. L’autel s’appelle désormais l’Autre, et Satan a toujours son enfer, au plus profond de nous-mêmes, dans les profondeurs de notre identité et de notre longue mémoire. Rien n’a changé, en fait. Les tartuffes et les belles âmes trouvent toujours religion pour se déverser.

Ce nouveau tartuffe ne peut décemment pas être un modèle. Le monde entier rit de lui, comme l’image de la moraline faite homme, si ouvert que tout ce qui le constituait en tant qu’être humain a déjà été volé, offert et éparpillé. Ne reste qu’une âme flasque aux chaussettes colorées. L’incarnation faiblarde et médiocre d’un Occident qui n’en pouvait plus de lui-même, prêt à toutes les facéties ridicules pour se sentir encore exister. Quand on ne dispose plus que de la tolérance pour être-au-monde, c’est qu’on est déjà mort, car les plus tolérants et les plus ouverts d’entre nous resteront toujours les cadavres, prouvant constamment leur générosité aux mouches et aux vers jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien d’eux-mêmes. L’Occident à la sauce Trudeau est une concurrence pour les cadavres.

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