Arnaud Florac a bien décrit, en ces colonnes, toute l’ambiguïté du choix élyséen de Joséphine Baker comme future pensionnaire du Panthéon. « En même temps », il honore une « patriote » et « une femme noire », donnant ainsi du grain à moudre à l’aile droite de LREM et à ceux qui se félicitaient – hier et Le Parisien aujourd’hui – de la panthéonisation d’Alexandre Dumas, « figure du métissage de la France », à en croire ce second quotidien.

Si les racistes sont souvent lourds, les antiracistes sont tout aussi pesants. Ainsi, négliger Alexandre Dumas, le gigantesque écrivain, pour le ramener à ses seules origines raciales – le grand homme était quarteron, eu égard à un père mulâtre –, voilà qui évoque tout de même un peu les heures les moins lumineuses de notre Histoire. À antiraciste, raciste et demi, somme toute…

Il est vrai que la pensée antiraciste ne connaît que rarement la nuance, d’où ses grands prêtres passant souvent sous silence la personne de Charlton Heston, le plus fidèle soutien du pasteur Martin Luther King. L’inoubliable interprète de Ben Hur était pourtant ce qui se faisait de plus réactionnaire à Hollywood. Comme quoi tout est toujours plus compliqué qu’on ne le croit, l’antiracisme n’étant pas forcément gardée de la gauche. Et dire que les mêmes antiracistes accusent des racistes n’existant souvent que dans leur imagination de simplisme réducteur…

Joséphine Baker, elle, au moins, savait que « racistes », les Français n’étaient pas, tel qu’en témoigne ce texte magnifique, récemment mis en musique par Jane Birkin, « La Dignité d’une femme », récit de sa découverte de la France, après une enfance américaine marquée par la ségrégation raciale : « Ici, j’étais heureuse de pouvoir demander un taxi sans avoir la crainte qu’il refuse de me prendre. J’étais aussi heureuse de penser que si j’avais faim, je pouvais m’arrêter dans n’importe quel restaurant. Quand j’étais malade, j’étais si heureuse de penser qu’un médecin blanc et une infirmière blanche n’avaient pas honte de me toucher. Ils ont lutté pour ma vie ici, en France. Je vous suis reconnaissante. Vous m’avez sauvée. Ici, je savais que je serais sauvée. Ici, personne ne me disait noire. »

Bref, ce qu’elle narre ici n’est rien d’autre que l’histoire de tous ces artistes noirs venus des USA, Quincy Jones, James Baldwin et autres Memphis Slim : goûter la douceur de vie française, pays où l’on existe avant tout par son talent et non point la couleur de l’épiderme. Autrement, comment expliquer qu’aujourd’hui encore, Omar Sy puisse être l’un des acteurs favoris de ces Français que la propagande médiatique officielle tient pour horde de racistes à front de bœuf ?

En ce sens, l’artiste Joséphine Baker, danseuse et chanteuse accomplie, doublée d’une patriote ayant mis son amour de la patrie d’accueil par-dessus tout, ce qui lui valut, entre autres décorations, croix de guerre 1939-1945 et médaille de la Résistance française, ne devrait pas être plus incongrue qu’un autre au Panthéon. Après tout, Valéry Giscard d’Estaing est bien à l’Académie française…

Tel n’est pourtant pas l’avis de certains cénacles féministes, l’universitaire Camille Froidevaux-Metterie en tête, n’ayant manifestement jamais pardonné à Emmanuel Macron son refus de panthéonisation de l’avocat Gisèle Halimi. Il est vrai qu’alors, l’Élysée estimait que l’engagement de la défunte contre la guerre d’Algérie pour le FLN était problématique, ne serait-ce qu’en raison de l’opposition virulente d’associations d’enfants de harkis. Sans même évoquer les pesants silences de la grande muette…

D’où le tweet halluciné de Jean-Michel Aphatie : « Gisèle Halimi a soutenu ceux qui voulaient vivre libres en Algérie. Le Panthéon lui est donc refusé, malgré ses actions en faveur des femmes. Ceci est très décevant. L’esprit “Algérie française” n’est pas mort, hélas. »

Un point de vue qui en vaut bien un autre, comme celui voulant que Jean-Michel Aphatie puisse aller se faire voir chez les Grecs et Gisèle Halimi se faire panthéoniser en Algérie.

23 août 2021

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