Joseph Thouvenel, secrétaire confédéral de la CFTC, président de l'Union départementale de Paris, réagit à l'annonce du passe vaccinal. Il soulève les nombreuses contradictions de « ces mesures attentatoires à la liberté de chacun ».

Vous êtes président de la CFTC Paris. Le gouvernement a changé le passe sanitaire en passe vaccinal. Ce passe vaccinal a-t-il un sens, pour vous ?

Le passe vaccinal rend le vaccin obligatoire et pourtant, en décembre 2020, Emmanuel Macron avait déclaré : « Je l’ai dit, je le répète, le vaccin ne sera pas obligatoire. » Comment peut-on faire confiance à la parole publique ? Et je ne vais pas jusqu’à prendre toutes les citations contradictoires d’Olivier Véran, le ministre de la santé. Celui-ci vient de nous dire, d’ailleurs : « La transformation du passe sanitaire en passe vaccinal équivaut à rendre la vaccination obligatoire. » Cela pose  un problème de la parole publique.

À partir de janvier, il faudrait présenter un passe vaccinal pour se rendre sur son lieu de travail. Est-ce légal ?

Ce n’est pas légal aujourd’hui, mais si le législateur est saisi et fait voter la loi, et si le Conseil d’État et le Conseil constitutionnel valident, cela deviendra légal. Il y a des lois qui sont légales mais qui sont de mauvaises lois, comme par exemple l’ouverture des grandes surfaces le dimanche, qui tue le commerce de proximité, et pourtant c’est légal.

Est-ce le rôle des entreprises de contrôler leurs salariés sur des raisons médicales de ce type ? Est-ce le rôle de la collectivité de travail de rentrer dans la vie personnelle des gens pour savoir s’ils sont vaccinés ou non ? Je ne le crois pas, car nous avons des principes essentiels, dont le premier est affiché sur nos mairies : liberté. Il y a aussi la liberté des adultes responsables que nous sommes de se faire vacciner ou non. On est d’accord ou on n’est pas d’accord, mais certaines personnes, et j’en connais personnellement, sont intolérante au vaccin. Depuis leur plus jeune âge, vu leur intolérance, elles ne sont pas vaccinées. Doit-on leur interdire à vie de travailler ? Dans le même temps, le gouvernement nous dit qu’ils vont mettre une obligation vaccinale pour travailler, et que cela ne concernera pas les enseignants. Il n’y a donc aucun risque pour les enseignants alors qu’ils sont au contact des enfants ? Ils peuvent également le transmettre aux enfants et aux parents. Ils discutent avec les parents, ils sont à la sortie de l’école. Les enseignants ne sont pas enfermés en solitaire dans leur classe, ils se retrouvent dans des réunions, dans la salle des profs. On voit très bien que derrière ces mesures qui sont très attentatoires à la liberté personnelle de chacun, ils nous mettent en place des systèmes de surveillance. C’est cela, le plus grave. Petit à petit, dans la société, on fait surveiller tout le monde par tout le monde.

Ces mesures sont-elles prises pour des raisons politiques ?

Si c’est pris pour des raisons sanitaires, il faut que ce soit alors pour tout le monde, si la pandémie est gravissime et très létale. Or, ce n’est pas le cas. Le virus se transmet beaucoup, il mute, et pour 68 millions d’habitants, nous n’avons que 7.000 lits de réanimation. Le cœur du problème sanitaire est là, et nos autorités continuent à fermer des lits d’hôpital.

Lorsqu’il y a une pandémie plus grave que les autres, nos services saturent rapidement. C’est le cœur du problème. J’entends des médecins qui font des déclarations contradictoires. L’État n’a pas à venir fliquer les gens, on transforme la société en une société à la chinoise où tout le monde surveille tout le monde et où le légèrement déviant, qui n’est pas d’accord avec la majorité du système, est mis au ban de la société.

Comment fait-on pour vérifier tous les jours si la personne a son passe ? Dans le BTP, par exemple, où les gens ne passent pas par un bureau, ou bien dans les services à la personne, dans les services de sécurité, de nettoyage, tous ces gens ne sont pas sur un même lieu de travail avec un employeur qui peut contrôler.

Il y a un certain silence des syndicats sur cette question depuis plusieurs mois. Partagez-vous ce constat ?

Au sein même des organisations syndicales, les avis sont divergents. Il est donc difficile, pour une organisation, de prendre clairement position sur tel ou tel sujet. Les grands médias ne font pas correctement leur travail : j’ai écrit au préfet de Paris en tant que président de la CFTC Paris et je lui ai dit : « Quand on oblige les salariés à travailler, comme le personnel médical en étant vacciné, quelles garanties apportez-vous si ces personnes ont des problèmes de santé à la suite de la vaccination ? » En effet, les laboratoires pharmaceutiques font signer aux États des décharges sur les éventuels effets négatifs, l’État n’assume pas sa responsabilité en cas d’effets négatifs, cela pose un problème. Je n’ai pas de réponse de la préfecture. L’AFP n’a pas diffusé ce communiqué. Je demandais si les employeurs avaient une responsabilité civile couvrant le risque d’éventuels effets indésirables du vaccin.

Si, demain, on oblige tous les employeurs à contrôler ou à empêcher de travailler, alors, l’employeur est responsable. L’employeur a-t-il une assurance qui couvre le risque d’effets indésirables du vaccin ? Je ne le crois pas. Voyez dans quelle situation juridique on met les employeurs et les salariés !

20 décembre 2021

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