Un député allemand proche d’Angela Merkel demande que la France partage son arme nucléaire avec l’Union européenne. Réaction de Jérôme Rivière, député au Parlement européen.

La France doit-elle partager son arsenal nucléaire avec l’Union européenne ?
Selon vous, cette requête allemande est-elle légitime ?

Elle est totalement illégitime et contraire au principe même de la dissuasion nucléaire et de la façon dont elle a été construite depuis l’explosion de la première bombe dans l’expérience Gerboise bleue, en 1960. C’est une composante permanente ultime de la souveraineté. La souveraineté ne se partage pas.

Que se cache-t-il derrière cette proposition allemande ?

Il y a d’abord une volonté affirmative de la part des Allemands. Ils ont décidé d’imposer une sorte de fédéralisme allemand en Europe. On l’a vu lorsqu’ils ont demandé à la France de partager son siège au Conseil de sécurité des Nations unies. La France a accepté de coordonner sa politique étrangère avec l’Allemagne. Cela n’a pas de sens. C’est une première attaque contre notre souveraineté.
Ensuite, les Allemands se sont rendu compte que le président de la République n’est pas crédible. Je vous rappelle que la dissuasion repose avant tout sur la crédibilité du Président élu au suffrage universel. La personnalité d’Emmanuel Macron est visiblement celle d’un homme d’État abîmé, y compris dans son propre pays où il est incapable d’assurer la sécurité et la tranquillité.
Il y a une occasion pour affaiblir et tenter de saisir ce moyen extrêmement important qu’est la dissuasion nucléaire. Au-delà d’une arme, c’est une force industrielle. Cet outil a tiré notre industrie vers le haut. Je rappelle que de très grandes entreprises françaises travaillent autour de la dissuasion. On parle de MBDA, Dassault, Airbus, Thales. Tous ces groupes industriels sont peu ou prou mêlés à la dissuasion. C’est un signe de très grande faiblesse d’Emmanuel Macron à l’étranger.

Emmanuel Macron avait pourtant eu des mots très forts. Il avait notamment été très critique vis-à-vis de l’OTAN et avait qualifié l’outil en état de « mort cérébrale ». Il avait eu des mots très forts à l’égard du président turc. La politique d’Emmanuel Macron a l’air de fonctionner à l’échelle internationale. Pourquoi n’a-t-elle pas l’air de fonctionner à l’échelle européenne ?

Avez-vous entendu la France consultée récemment sur le plan de paix de Donald Trump sur le Moyen-Orient ? La France prend-elle des mesures appropriées concernant la pandémie du coronavirus ? La France est-elle respectée lorsque l’Égypte supprime ses contrats d’armement avec elle ? La France est-elle respectée lorsque le Brésil supprime les contrats d’armement avec elle ?
Je crois qu’au contraire, nous vivons un moment terrible pour notre pays, notre industrie, sa voix, sa diplomatie et sa présence dans le monde.
C’est un affaiblissement constant qu’on ne peut pas forcément percevoir lorsqu’il est loin. Lorsque nous perdons des contrats au Brésil, les Français ne s’en rendent pas nécessairement compte. On s’en rend compte lorsque ce sont nos proches voisins comme les Allemands qui viennent réclamer le dépeçage de notre souveraineté en matière d’affaires étrangères. La dissuasion nucléaire n’a pas fait l’effort industriel, économique et financier qui a permis de mettre à la disposition de la France cet outil. Elle voudrait aujourd’hui bénéficier de ce crédit diplomatique. On ne peut faire ce genre de demande que lorsqu’on a un chef d’État extrêmement faible en face de soi.

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