Jean-Paul Gourévitch : « L’explosion démographique en Afrique est un problème fondamental mais le contrôle des naissances ne peut y être imposé »

Hier soir, lors du débat des têtes de liste pour les élections européennes, Nicolas Dupont-Aignan a suscité l’indignation en s’attaquant à un tabou : l’explosion démographique africaine et le nécessaire contrôle des naissances. Réaction et analyse de Jean-Paul Gourévitch au micro de Boulevard Voltaire.

26 têtes de liste ont débattu ensemble, hier soir. Peu d’idées concrètes en sont sorties. Néanmoins, Nicolas Dupont-Aignan a créé le buzz en disant (je cite) « vouloir briser le tabou sur le contrôle des naissances en Afrique ». Selon lui, c’est un moyen de lutter contre l’immigration. Qu’avez-vous pensé de cette proposition de Debout la France ?

Quand on s’attaque à un tabou, on provoque l’indignation généralisée, notamment de ceux qui n’ont jamais mis les pieds en Afrique ou qui raisonnent de façon idéologique. Il faut essayer de resituer cela dans son contexte.
Aujourd’hui, il y a deux Afrique, un Maghreb et une Afrique du Nord. Une transition démographique est constatée. Les femmes font moins d’enfants que leurs mères, qui faisaient elles-mêmes moins d’enfants que les grands-mères.
D’autre part, il y a une Afrique Subsaharienne où la transition démographique n’existe pour ainsi dire pas. On ne voit pas de baisse de la natalité. Cela se reflète chez les femmes originaires de ce continent qui résident en France.
Aujourd’hui, les femmes d’origine maghrébine font beaucoup moins d’enfants que leur mère et se rapprochent peu à peu de la moyenne nationale, alors que les femmes d’origine subsaharienne font encore près de quatre enfants en moyenne. Elles sont très très loin du standard moyen des autochtones.

Cette proposition a soulevé un élan d’indignation de la part de plusieurs têtes de liste. Yannick Jadot, une des têtes de liste, a déclaré qu’il fallait plutôt s’intéresser à l’éducation des femmes et à la scolarisation des petites filles. Cela permettrait de résoudre le problème sans passer à des mesures attentatoires aux libertés. Partagez-vous le constat de Yannick Jadot ?

Yannick Jadot n’a pas tort d’insister sur l’éducation des filles en Afrique, notamment chez les populations musulmanes ou celles qui travaillent la terre. Beaucoup de petites filles ne vont pas au-delà de l’école primaire. Les parents les retirent soit pour qu’elles travaillent à la maison, soit pour qu’elles trouvent un mari.
Cela n’est pas parce qu’il faut s’attaquer au tabou de l’éducation des filles qu’il ne faut pas, non plus, s’attaquer au tabou de la croissance démographique en Afrique.
Lorsque la croissance démographique devient explosive, c’est une forme d’appauvrissement.
La transition démographique existe essentiellement chez des jeunes cadres qui rêvent d’avoir un avenir plus intéressant que celui de leurs parents, d’avoir moins d’enfants et de profiter au maximum d’un certain nombre de richesse. De ce point de vue là, le contrôle des naissances peut aboutir à un enrichissement. En Afrique, la relation à la sexualité est très différente de la relation européenne. C’est pourquoi on n’impose pas à l’Afrique un contrôle des naissances. Le modèle chinois ne me paraît pas véritablement pertinent.

Selon vous, Nicolas Dupont-Aignan a-t-il brisé un tabou ?

Nicolas Dupont-Aignan n’est pas le seul à évoquer cette réflexion sur le contrôle des naissances en Afrique. La plupart des organisations internationales sont extrêmement inquiètes concernant l’explosion démographique africaine. Elle constitue une menace pour l’Afrique. L’Afrique ne pourra pas nourrir tous ces enfants. Elle laissera le choix soit entre l’immigration ou la pauvreté.
C’est un problème fondamental que Nicolas Dupont-Aignan a eu raison de souligner. Il ne peut pas se régler comme cela par une simple déclaration faite à la télévision.

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