33 députés LR, dont Julien Aubert, viennent de signer une lettre ouverte à Emmanuel Macron, publiée dans le JDD, dans laquelle ils affirment que « la France doit faire un geste fort de reconnaissance envers les descendants de ceux qui ont donné leur vie ou qui se sont engagés pour elle ». Ils militent en faveur d’une « indemnisation spéciale » pour les harkis. Julien Aubert s’en explique au micro de Boulevard Voltaire.

 

 

A la tête d’une trentaine de députés LR, vous avez demandé dans le JDD à ce que le gouvernement verse une indemnisation spéciale à destination des harkis, ces soldats algériens engagés avec l’armée française pendant la guerre d’indépendance d’Algérie.

Pourquoi cette demande et pourquoi maintenant ?

L’année prochaine, nous allons commémorer les 60 ans des accords d’Evian puis les 60 ans de l’indépendance algérienne. Jusqu’ici, le travail réalisé par Emmanuel Macron et Benjamin Stora va principalement consister à raviver la partie algérienne de la mémoire collective en faisant l’impasse sur les drames qui se sont déroulés dans ces pages sombres de l’Histoire de notre pays, avec notamment un oubli de taille qui sont les auxiliaires supplétifs de l’armée française non Français, musulmans qui ont défendu le drapeau. Malheureusement, ils ont été mal traités et abandonnés, voire oubliés par la République lorsqu’il était question de les rapatrier sur le territoire national.

Il y a des reconnaissances, mais je crois que si on doit définitivement clore le sujet, c’est maintenant avec quelque chose de spécifique et ambitieux.

Selon vous, la France devrait-elle s’excuser et reconnaître qu’elle a abandonné les harkis et qu’elle ne les a pas reconnus à leur juste valeur ?

 

Il y a à mon avis une reconnaissance de responsabilité dans la manière dont été traités les harkis. Les mots ont évidemment un sens et ont été parfois prononcés par des présidents de la République. Il faut ensuite en tirer les conséquences parce que la vie de certaines familles a été brisée. Même 60 ans plus tard, il n’est pas trop tard pour établir la justice et l’équité. Je parle notamment de la génération du feu, de leur veuve et des enfants qui ont pu naître à cette époque-là et qui ont connu un début de vie très compliqué.

 

 

Emmanuel Macron a engagé un vrai travail de réflexion sur cette guerre d’Algérie, une façon de clore définitivement le dossier. Il avait notamment demandé à l’historien Stora de réaliser un rapport que vous avez critiqué ce matin sur CNews. Qu’est-ce qui vous pose problème dans ce rapport commandité par le chef de l’État ?

Ce rapport s’appesantit davantage sur les victimes FLN de la répression policière en France ou sur les torturés en Algérie qui étaient des résistants alliés du FLN que sur le drame qu’ont connu les pieds noirs ou sur le sort des harkis. Il s’agissait de se rapprocher de la position algérienne, sauf que finalement ce rapport a mécontenté tout le monde, harkis et pieds noirs puisqu’ils ne sont pas représentés à leur juste valeur et en même temps, on n’a pas vu de changement significatif de politique du côté algérien.

Pour les 60 ans, je m’attendais à ce que l’on décide de panthéoniser un harki. On aurait très bien pu panthéoniser un harki, un tirailleur sénégalais ou faire une cérémonie aux Invalides.

Des choses symboliques peuvent être faites. Les quelque 4000 euros qui ont pu être versés par tête de pipe dernièrement ne sont qu’une goutte d’eau.

De manière générale, pensez-vous que la France et l’Algérie pourront un jour en finir avec ce passé douloureux ? Un renouveau des relations entre la France et l’Algérie est-il possible et souhaitable ? Faut-il considérer les Algériens comme des partenaires avec qui on a de bonnes relations ?

Il faut que les générations passent, mais je crois que tant que nous n’aurons pas connu une ou deux générations après l’extinction définitive de ceux qui ont connu ce conflit, on ne sera pas capable de regarder l’histoire en face. Il a fallu un siècle pour que les relations entre le Royaume-Uni et la colonie américaine soient normalisées.

5 juillet 2021

BVoltaire.fr vous offre la possibilité de réagir à ses articles (excepté les brèves) sur une période de 5 jours. Toutefois, nous vous demandons de respecter certaines règles :

  • Pas de commentaires excessifs, inutiles ou hors-sujet (publicité ou autres).
  • Pas de commentaires insultants. La critique doit obéir aux règles de la courtoisie.
  • Pas de commentaires en majuscule.
  • L’utilisation excessive de ponctuations comme les points d’exclamation ou les points de suspension rendent la lecture difficile pour les autres utilisateurs, merci de ne pas en abuser !

Vous pouvez désormais commenter directement sur Boulevard Voltaire :

Pas encore de compte, inscrivez-vous gratuitement sur bvoltaire.fr

La possibilité d'ajouter de nouveaux commentaires a été désactivée.

4.4 7 votes
Votre avis ?
39 Commentaire(s)
le plus populaire
le plus récent le plus ancien
Commentaires en ligne
Voir tous les commentaires