« J’ai disjoncté » : jugés pour violences lors de la fête de la Musique

Ce 11 septembre, les prévenus ont défilé devant le tribunal correctionnel de Paris, suite à la diffusion de leurs actes.
Capture d'écran X.
Capture d'écran X.

« Je veux dire que je regrette, je m’excuse... » Les trois prévenus, qui comparaissent pour violences commises en réunion, réfutent à peu près tous les faits qui leur sont reprochés. Pourtant, chacun dit regretter amèrement ce qui s’est déroulé ce soir-là.

Une nuit entre fête et chaos

C’était celui de la fête de la Musique, sur les bords de Seine, dans le centre de Paris. La nuit du 21 au 22 juin derniers, durant laquelle les autorités attendaient de nombreux débordements, était déjà avancée lorsque Antoine N. interpelle Elias. « Tu veux du shit ? » Sans façon, Elias décline. Une version que niera Antoine, qui affirme lui en avoir plutôt demandé, « pour dépanner ». Quoi qu’il en soit, l’insistance d’Antoine, qu'il reconnaît aisément, mènera à des insultes de sa part, puis à des coups violents portés par le prévenu avant qu’il n’en vienne à frapper du pied le visage de Shaina, l’amie d’Elias, projetée au sol. La vidéo de l’altercation, elle, sera publiée en ligne et visionnée des dizaines de milliers de fois. D’une brutalité inouïe, on y découvre l’une des nombreuses scènes de violence banalisée qui ont rythmé cette nuit de fête et de chaos.

Devant les faits qui lui sont déroulés à la barre, Antoine, né à Gonesse en 1997, raconte une autre histoire. Pour « l’homme au tee-shirt bleu » sur la vidéo, c’est Elias qui l’a d’abord insulté. Il répond alors sur le même registre – « n*que ta mère » - puis finit par lui envoyer « une gifle », même si le procès-verbal fait plutôt état d’un coup de poing. En fait, tout serait parti d’un « bouge de là ». « Ça m’a piqué », tente de justifier Antoine. Il lui en faut peu, lui qui jure ne pas se reconnaître dans cette agressivité. Pourtant, le spray de lacrymo reçu en plein visage ne l’arrête pas, il continue de frapper, à l’aveugle. Sa sacoche tombe au sol. Lorsqu’il la voit entre les mains de Shaina, il « disjoncte », explique-t-il. Sur la vidéo, on le voit assener un violent coup de pied à la tête de la jeune femme, déjà au sol. « L’homme en bleu ne s’est pas arrêté, il a continué de frapper l’homme en blanc sur le bord de la Seine », raconte un témoin. Si le parapet n’avait pas été là, ils auraient basculé dans l’eau.

Entre regrets et passif judiciaire

Alexandre C., né en 1999 en Seine-Saint-Denis, technicien informatique en recherche d’emploi, conteste tout rôle actif. On lui reproche d’avoir ramassé la gazeuse vide pour la lancer au visage d’une des plaignantes. « Je regrette amèrement ce qui s’est passé ce soir-là », répète-t-il. Mais il nie le geste, prétend s’être contenté d’essayer de séparer les hommes, en vain. Lorsqu’on lui demande des explications sur un prétendu coup au visage d’une amie des deux autres victimes, il parle d’un simple mouvement de la main, sans violence, une « réprimande ». Erwan W., 21 ans, né à Sarcelles, porteur sur la vidéo d’un maillot du PSG, est le dernier à s’expliquer. Il se défend d’avoir frappé qui que ce soit. Son geste, il le réduit à cette sacoche qu’il dit avoir voulu récupérer des mains de Shaina. Un geste brutal, qui provoque la chute de la jeune femme.

À la barre, beaucoup de regrets et une incompréhension résolument affichée de leur propre violence. Antoine se dit « la honte de [s]a famille », une mère et une sœur qui ne lui parlent plus depuis cette nuit. Il faut dire qu’elles l’ont déjà vu défiler devant les juges : trois condamnations, entre 2020 et 2024, pour vol en réunion, trafic de drogue et conduite sous stupéfiants. Alexandre assure avoir pourtant « arrêté les bêtises » depuis ses trois dernières comparutions, entre 2018 et 2019, pour vol aggravé en réunion, détention et trafic de stupéfiants. « À l’exception du 21 juin, visiblement », lui rétorque le procureur.

Des peines finalement modérées

Les victimes, elles, portent encore les stigmates : cinq jours d’ITT pour la femme frappée à la tête, autant pour l’homme en tee-shirt blanc dont la liste des cicatrices est trop longue pour être énumérée. Sans compter l’humiliation de voir ces images tourner en boucle sur les réseaux sociaux. « Les prévenus étaient ensemble, ont agi ensemble, doivent réparer ensemble », plaide l’avocat de la partie civile, qui réclame 1.500 euros pour l’homme et l’une des femmes.
Mais le parquet reste indulgent : il requiert cinq mois avec sursis pour Alexandre et Erwan, dix pour Antoine dont une partie ferme sous bracelet électronique, assortie d’obligations de soins et d’indemnisation. « La Justice vous a déjà fait confiance, qu’est-ce qu’elle doit se dire aujourd’hui ? », interroge la présidente, en fixant Antoine.

Visiblement pas grand-chose. Le tribunal écarte finalement la circonstance aggravante de violences en réunion. Alexandre est condamné à 800 euros d’amende. Erwan écope de 2.000 euros d’amende, dont la moitié avec sursis. Pour Antoine, la sanction se révèle un peu plus lourde : dix-huit mois d’emprisonnement, dont neuf assortis d’un sursis probatoire de deux ans, obligations de soins et d’indemnisation, auxquels s’ajoutent trois mois pour la révocation d’un sursis antérieur. Il passera donc un an sous bracelet électronique.

« Vous n’êtes jamais passé aussi près d’une cellule de prison », martèle la présidente, devenue soudain très sèche. Pas la première fois qu’un prévenu entend cette menace ; sans doute pas la première fois qu’Antoine l’entend lui-même.

Vos commentaires

44 commentaires

  1. Le sursis ne devrait pas exister pour les multirecidivistes, ni pour ce type délit. C’est simple à corriger dans le code pénal..

  2. « Vous n’êtes jamais passé aussi près d’une cellule de prison »

    On croit rêver ….
    Allez, un petit effort de la magistrature…

  3. Un coup de pied à la tête qui aurait pu la tuer, et seulement 18 mois en liberté en fait…Il parait qu’il est sorti du tribunal le sourire aux lèvres…Le laxisme de la justice encourage ce type de comportement !

  4. Je voudrais bien savoir la condamnation si ça avait été les enfants d’un juge ou lui-même qui avaient subi ce genre d’agression barbare. Cette « justice » et ceux qui la composent pour la plupart,et sauf exception, sont à vomir.

  5. Je constate les faits : ni la justice , ni la bombe au poivre ne parviennent à calmer les velléités se ces humains qui ne le sont que par la naissance…Faudra-t-il passer à autre chose?

  6. Certains juges et un certain parti, politique, même combat, l’anarchie et la révolution, ces individus doivent être chassé et rend des comptes

  7. Peut on exprimer son dégoût profond envers cette magistrate qui accorde encore des chances et du sursis à cette bande de déchets de notre société. ..? Comment peut-on continuer à vivre dans une société où de telles femmes ont le pouvoir de sévir du haut de leur ancienneté de fonctionnaires on ne peut plus nuisibles .?

  8. Encore un procès qui se terminera par « merci Maman, ou merci camarade ». Disjoncté ou pas cet individu est dangereux, violent, il doit payer sa dette et doit au moins être condamné à une très forte compensation financière.

  9. Quel genre d’homme frappe à coup de pied une femme ( ou un homme, ce ne serait pas différent ) à terre ? Quelle espèce de nuisible, dépourvu d’humanité, faut-il être ?

  10. Encore une chance pour la France heureusement cette jeune femme n’a que des séquelles psychologique, elle aurait pu rester paralysé, et le juge ne fait que lui dire vilain garnement si tu recommences une 3 ème fois tu « risquera » la prison(pas tu iras) l

  11. « interroge la présidente, en fixant Antoine.» Ouh quelle est méchante ! elle a fixé Antoine. Pour moi c’est vingt ans de taule pour tentative de meurtre sur personne en position de faiblesse.

  12. Cette société est en pleine déliquescense ! Nous répétons sans cesse les mêmes propos, l’injustice et l’inversion des valeurs sont en pleine expension. Ailleurs, un policier en fonction et en faction se fait tabasser par des racailles (toujours en groupe ces lâches) et rien ne bouge. FRANCE REVEILLE-TOI, VITE.

  13. QUE peut « attendre » le peuple français d’un « Etat de DROIT » qui ne condamne même pas à la hauteur des faits vérifiables par une vidéo ? ! …
    « Orange mécanique » dans le réel ! …
    « Ca » ne peut que mal finir ! …

  14. Un grand costaud balance un formidable coup de pied à une jeune femme à terre, un coup à vous envoyer aux urgences. La jugesse après lui avoir rappelé que c’est sa deuxième comparution pour violence, l’admoneste sévèrement « ne recommencez pas, sinon pan pan cucul ». Le gars sort libre et souriant du tribunal.

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