Editoriaux - Histoire - Politique - Réflexions - 1 octobre 2019

Jacques Chirac : le début de la fin…

D’après les médias, la France est profondément bouleversée par la mort de l’ancien président de la Ve République française, de 1995 à 2007, Jacques Chirac (à 86 ans). Après l’annonce de la disparition de l’ancien patron du RPR (1976-1994), en cet après-midi du 26 septembre 2019, une grande opération de communication – vraisemblablement pensée, en amont, par la famille Chirac elle-même – se déroule sous nos yeux, mais nul ne la dénonce pour le moment. Tout semble, donc, verser dans le culte de l’ange par peur de la bête. De toute manière, la mise en scène est faite pour ne pas dire ce qui est. Pourtant, le décès de l’ancien maire de Paris (1977-1995) pourrait donner l’occasion de dénoncer une pratique bien française de la politique.

Le chiraquisme fut un pur clientélisme. L’ancien Premier ministre de Giscard (1974-1976) et de Mitterrand (1986-1988) avait très vite troqué son appel de Cochin, de décembre 1978, et ses perspectives gaullo-bonapartistes pour un radical-socialisme, fidèle à son esprit rebelle : il était bel et bien un Mazarin de pacotille. Tel un bourgeois affranchi, il lui fallait se débarrasser de lui-même pour se sortir de l’ornière aristocratique, et ce, selon l’essai d’Éric Zemmour intitulé Chirac, l’homme qui ne s’aimait pas (paru en 2002). À vrai dire, un colosse aux pieds d’argile : la grandeur qui rapetisse, telle la France entre hier et aujourd’hui. Voilà pourquoi l’homme de la dissolution de l’Assemblée nationale (en 1997) et des scandales politico-judiciaires (entre autres, l’affaire Schuller-Maréchal, en rapport avec le financement illégal des caisses du RPR de 1994) n’a jamais su « cheffer ».

La Chiraquie, c’est l’art de la gentrification des grandes villes : le moment où les contrats juteux avec le BTP valaient autant que les salutations dans les yeux pour mieux tromper la population. La Chiraquie, c’est déjà Balkany face à ses meilleurs ennemis, de Neuilly jusqu’à Antony. La Chiraquie, c’est la repentance (discours du Vel’ d’Hiv’) : le début de l’ère de la concurrence victimaire, alimentée par une forme de haine de soi se traduisant par une obsession pour l’Afrique et l’Asie (création de son musée du quai Branly, en 2006). La Chiraquie, c’est une réélection en trompe-l’œil face à Jean-Marie Le Pen, en mai 2002. La Chiraquie, c’est la droite libérale qui tend déjà à la réconciliation avec la gauche sociétale : de quoi retourner la France dans tous les sens. Par transfrontiérisme larvé, « un citoyen du monde » pour qui tout glissait comme sur les plumes d’un canard, enchaîné ou pas…

Contrairement aux apparences, l’homme du « non » aux Américains (pour ne pas engager les forces françaises en Irak, en mars 2003) n’a fait que se servir à défaut de servir. Puis il fut aussi l’homme de l’arrêt du service national (en mai 1996) et de l’immobilisme méthodique. La Chiraquie, ou le déjà-là de la Macronie : le goût de l’argent conjugué avec l’odeur de la poudre (selon les allégations du sulfureux Gérard Fauré, à travers son livre intitulé Dealer du Tout-Paris. Le fournisseur des stars parle, publié en 2018). En définitive, c’était déjà la dissolution de la France dans la République. Ou, pour notre pays, le début de la fin de la politique.

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