Vous avez tous regardé le passionnant entretien de Marc Eynaud avec Patrick Buisson à l’occasion de la sortie de son dernier livre, La Fin d’un monde.

Parmi les thèses stimulantes, il y a celle d’un désaccord assumé avec Éric Zemmour, qui n’a pas fini d’alimenter les conversations familiales des ponts de mai. Et qui plus est sur l’islam, ce qui devrait prolonger les batailles « ils en ont parlé » bien au-delà. Patrick Buisson parle de « divergence » (« Mon Grand Remplacement n’est pas le sien ») et regrette que l’islam soit désigné par beaucoup de souverainistes, notamment Éric Zemmour, comme le problème principal. Il met en garde contre toute volonté de « croisade » et, d’une certaine façon, « dédouane » l’islam. Les coupables, ce seraient, d’abord, nous, ou tout au moins les responsables – patronat, gouvernements – qui auraient, au début, fait venir cette main-d’œuvre de remplacement. Coupables, aussi, d’avoir abandonné notre sacré, avec la déchristianisation, ce qui nous rendrait, d’une part, incapables de comprendre l’islam et, d’autre part, indésirables et méprisables pour des musulmans qui n’auraient aucune raison de vouloir s’assimiler à une telle « décadente ».

Les propos de Patrick Buisson feront réagir : « Il ne faut pas se tromper d’ennemi. Ne vous laissez pas enrôler dans une croisade contre l’islam. Ce n’est pas la question. » Il reconnaît évidemment qu’il faut « réduire le poids démographique de l’islam en France et tarir la source d’immigration » qui l’alimente. Sur ce point, les deux hommes seront d’accord.

Si l’analyse historique et culturelle de Buisson est juste et si son désir d’éviter une confrontation avec l’islam en France peut se comprendre, il en vient à apparaître, à la fin de cet entretien, comme un défenseur des droits de l’islam à multiplier ses mosquées et sa présence dans l’espace public. C’est l’occasion, pour lui, de dénoncer à nouveau le laïcisme antireligieux de la . Sur , il s’est montré encore plus islamophile : « Je considère qu’en humanité, ils ne sont pas des êtres inférieurs, j’ai même tendance à considérer qu’ils sont des êtres supérieurs. J’ai plus de respect pour une femme voilée que pour une lolita en string de 13 ans. J’ai plus de respect pour un musulman qui fait sa prière cinq fois par jour que pour les bobos écolos à trottinette. »

Comment comprendre cette nouvelle ligne Buisson et cette divergence entre les deux hommes ? Peut-être par leur passé. Par leur . Leur . Et leur géographie.

Patrick Buisson, pour faire vite, est un maurrassien de métropole, catholique, qui en veut d’abord à la République et aux Lumières. Plus qu’à l’islam. Éric Zemmour est issu d’une juive d’Algérie rentrée en métropole pendant la guerre d’Algérie. Cela change tout : tout dans le rapport à l’islam. On n’en a pas la même vision selon qu’on l’a côtoyé, soi-même ou ses proches, concrètement, territorialement. J’ai souvent constaté que les pieds-noirs ou les familles d’appelés ayant vécu la guerre d’Algérie là-bas, par exemple, étaient plus spontanément sur une ligne Zemmour.

Leur divergence provient aussi de leur différence de génération et de leurs fonctions, passées ou futures : Patrick Buisson a été conseiller de Nicolas Sarkozy, on sent chez lui le souci de la tactique. Son propos consonne d’ailleurs avec celui – cocasse – de Jean-Marie Le Pen trouvant Éric Zemmour « trop clivant » ! Comme si les clivants d’avant étaient devenus de vieux sages soucieux d’apaisement tacticien. Alors, le nouveau Buisson, futur – ou déjà ? – conseiller de ?

Éric Zemmour, lui, dit ce qu’il voit. C’est cette liberté et cette lucidité qui attirent à lui un public qui y reconnaît ce qu’il vit quotidiennement, notamment sur l’islam. Une liberté qui pourrait être interprétée comme le signe qu’il n’est pas candidat. À moins qu’Éric Zemmour n’ait décidé, lui aussi, selon l’expression d’, de « prendre son risque ».

16 mai 2021

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