S’il y en a bien un qui pouvait en vouloir à Marine Le Pen, c’est bien lui, son père, Jean-Marie Le Pen. Récemment interrogé par Le Point, l’ancien président du Front national rappelle ainsi : « Elle m’a quand même exclu de mon propre parti, du jamais-vu dans le monde ! » Ce qui ne l’empêche pas d’ajouter aussitôt : « Marine Le Pen fait un sans-faute, pour l’instant. » Comme quoi le Menhir sait faire passer le sens politique avant celui de la famille.

La preuve en sont ces deux déclarations lourdes de sens, concernant cette hypothétique « droite hors les murs ». D’abord, ces gilets jaunes dont certains prétendaient naguère qu’ils sauraient, à eux seuls, recomposer le paysage politique. Là, sa sanction est sans appel : « Ces derniers ont permis à toute une série d’opposants de manifester en même temps sous les mêmes couleurs. Cela a été un élément d’unification. Mais la contestation ne fait pas un mouvement politique, c’est-à-dire capable de substituer à l’État existant un équilibre différent, avec des actes d’action différents. »

Un diagnostic qui vaut pour la Manif pour tous, même si ce mouvement a lui aussi permis d’agréger des sensibilités issues de tous bords, sans pour autant constituer un mouvement politique digne de ce nom, même si ayant permis l’émergence de personnalités telles que Bérénice Levet et Eugénie Bastié, fondatrice de Limites, revue de « l’écologie intégrale ». Voilà qui est donc encore plus vrai pour ceux qui érigent, aujourd’hui, le « tout sauf Marine » en guise de panache blanc. D’où l’avertissement du patriarche, dans ce même entretien : « On peut compter sur l’intelligence de l’extrême droite et de la droite pour présenter plusieurs candidats au premier tour, de façon à ne pas être dans la course ! »

Et le même de poursuivre : « Le risque est l’éventualité d’une candidature qui ne serait pas innocente, issue d’une droite hors les murs. Éric Zemmour, que j’aime beaucoup, n’est pas du tout un bon candidat ! Mais on sent chez certains une tentation. Si des gens de la droite nationale sont assez fous pour se présenter contre Marine Le Pen, ce sera avec la volonté de la détruire, donc de détruire la chance de la droite nationale. Personne ne le fera, sauf des gens stipendiés pour le faire, par ceux qui ont un intérêt à faire battre Marine Le Pen. »

Voilà un entretien quasiment passé sous les radars des médias dominants. Pour chercher à en savoir plus, quel meilleur moyen que de s’en remettre, à notre tour, au premier intéressé ? Jean-Marie Le Pen, donc, par nos soins interrogé : « Éric Zemmour ? Il n’ira pas ! En tous cas, je ferai tout pour l’en dissuader. C’est un journaliste brillant, un éditorialiste hors pair ; mais il est trop clivant. Son hypothétique élection équivaudrait à une division mortelle pour la France. »

On ne saurait mieux dire. La fonction d’un homme ou d’une femme politique consiste à rassembler, alors que celle d’un polémiste est fatalement de diviser, ce qui vaut pour d’autres de ses confrères, Michel Onfray ou Alain Finkielkraut. Ce sont deux métiers différents, deux mondes condamnés à s’observer de loin tout en sachant qu’ils n’ont pas vocation à se confondre. Jean-Marie Le Pen est tout aussi prolixe à l’égard de Marion Maréchal : « Une jeune fille exceptionnelle, mais assez intelligente pour savoir qu’il serait vain de se dresser contre sa tante. Avec son école lyonnaise, elle réalise un travail considérable. Mais, une fois encore, briguer l’élection suprême est une tout autre affaire. Je lui connais assez de sens politique pour ne pas venir troubler l’occasion historique de voir enfin nos idées parvenir au pouvoir. »

Après la mort de Jacques Chirac et de Valéry Giscard d’Estaing, Jean-Marie Le Pen est le dernier animal politique encore en vie. Sa parole mérite d’être écoutée, surtout quand elle est d’or.

7 mai 2021

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