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Editoriaux - Histoire - Société - Sport - Table - 10 décembre 2017

Interdire la chasse le dimanche : quelle idée !

Madame Montel, du mouvement Les Patriotes, suggérait dans un récent communiqué l’interdiction de pratiquer la chasse le dimanche et la prohibition de la vénerie. Des propositions qui me paraissent dénuées de sens.

Rappelons, tout d’abord, que l’exercice de la chasse a été instauré, dans sa dimension populaire, pendant la Révolution française. Il fut un temps, en effet, où cette activité pouvait valoir une condamnation à mort ! Parmi bien des travers, la Première République eut la vertu de démocratiser un usage jusqu’alors réservé à une élite.

Napoléon Ier commença à l’organiser en initiant, en 1810, un passeport pour la chasse : l’ancêtre du permis.

La France compte aujourd’hui 1.200.000 pratiquants, qui se repartissent dans toutes les couches de la société ; ils sont représentés par plus de 40.000 associations. C’est dire la portée de cette discipline : elle est, en fait, la plus importante d’Europe. Grâce au travail que réalisent les fédérations et les organisations spécifiques, ses partisans ont acquis des connaissances étendues sur l’environnement, les biotopes, les espèces. À de rares exceptions, ils sont respectueux des règles déontologiques et s’affirment comme de véritables acteurs de la nature. Par ailleurs, les chasseurs sont en permanence sensibilisés à la sécurité, ce qui explique le faible nombre d’accidents, en baisse constante depuis vingt ans. Bien d’autres activités sportives sont plus mortelles que la chasse ! Dans ces conditions, il semble absurde de vouloir l’interdire le dimanche ; cela reviendrait à la condamner.

Contrairement à ce que croit madame Montel, sa pratique présente beaucoup d’intérêts.
Outre son aspect récréatif, convivial et traditionnel, la chasse contribue à la protection de la nature et de la biodiversité. Les organisations cynégétiques mènent une action décisive pour l’entretien des chemins ou des haies, la préservation des biotopes ou la création de milieux propices au développement des espèces.

Elle permet également la gestion du grand gibier qui, sans son intervention, serait menacé d’extinction (chevreuil) ou, au contraire, trop prolifique (sanglier). Qui d’autre, en l’absence de prédateur sauvage, serait en mesure de réguler ces espèces ? L’empoisonnement des cheptels, qui est pratiqué dans certains territoires où la chasse est interdite, ne nous semble pas la mesure la plus souhaitable.

Par ailleurs, ne perdons pas de vue la dimension économique de cette discipline. Les armes, les munitions, les équipements sont autant de produits qui traduisent le savoir-faire de nombreux artisans. Le secteur représente un marché de quatre milliards d’euros et concerne près de 30.000 emplois.

Les races de chien de chasse composent une très grande variété de spécifications. La France participe des pays qui ont su développer, à travers l’Histoire, des catégories canines parmi les plus élaborées. Ces animaux seraient sans aucune utilité si la technique pour laquelle ils ont été conçus venait à péricliter, voire à disparaître.
La vénerie concerne, outre les chiens courants de meutes, des chevaux éduqués pour une chasse caractéristique et extrêmement traditionnelle. Elle représente 400 équipages qui prélèvent moins de 4 % des gibiers tués en France.

Les opposants feraient mieux de focaliser leur action sur le vrai problème de la souffrance animale : celui de l’abattage rituel.