Hommages nationaux, commémorations : le régime à bout de souffle se réfugie dans la pompe…

Mercredi prochain, un hommage national sera rendu au grand résistant Daniel Cordier, décédé à l’âge de cent ans. C’est Emmanuel Macron qui vient de l’annoncer. Cordier était le secrétaire de Jean Moulin. Loin de moi l’idée de minimiser son courage, son patriotisme, son abnégation et son idéalisme dans cet article. C’était certainement un homme admirable, digne de notre reconnaissance pour son œuvre.

Mais enfin, force est de constater qu’il y a, en Macronie, une inflation exponentielle de commémorations et d’hommages en tous genres. Jugez plutôt : en mai, bataille de Montcornet ; 6 juin, débarquement de Normandie, puis ; 4 septembre, proclamation de la République ; 2 novembre, du décès du général ; armistice le 11 novembre, puis entrée de Maurice Genevoix au ; anniversaire des attentats de Paris, le 13 novembre ; maintenant, décès de Daniel Cordier. Entre-temps, il a fallu aussi rendre hommage, hélas, à Samuel Paty puis aux victimes de l’attentat de Nice… En juillet, c’est à notre soldat au qu’on a rendu hommage. Si l’on ajoute les commémorations programmées et les hommages imprévus dus à des drames, ce sont désormais plusieurs hommages nationaux et commémorations auxquels nous avons droit, chaque mois. Il me semble que cela fait beaucoup, et tend à dévaluer de façon significative la portée du cérémonial.

Sous Macron, Johnny Hallyday, Charles Aznavour, Simone Veil, Jean d’Ormesson ont eu droit à un hommage national. Par comparaison, ni Sartre, ni Camus, ni Dalida, ni Brassens, ni Trenet, ni Raymond Barre, ni Chaban n’avaient eu droit, en leur temps, à un hommage national, et la liste est loin d’être exhaustive. La bataille de Montcornet, ou le 4 septembre, n’étaient pas commémorés auparavant.

Une fois encore, mercredi, nous aurons droit à la pompe républicaine, dans ce qu’elle a de plus raide, de plus formaliste, de plus protocolaire. Nous devrons subir trois heures de Macron, au garde-à-vous devant le cercueil, le sourcil froncé et l’air recueilli, déclamant un discours dont on peut prédire par avance le plan type en trois parties : évocation de la vie et l’œuvre du défunt, puis de l’exemple qu’il représente pour l’époque actuelle et la en particulier et, enfin, incantations du style « la République, suivant le sillon creusé par Daniel Cordier, ne laissera pas le mal se répandre, etc. » Le pauvre Daniel Cordier va donc, comme d’autres, se retrouver convoqué au secours d’un régime à bout de souffle, incapable de faire régner l’ordre et la sécurité dans le pays.

La République est d’autant plus louée, convoquée à tous propos, que ses lois ne sont plus respectées, plus entendues. Et le Président, comme le gouvernement, goûteront surement à ces quelques heures de répit, à la déférence médiatique, à une dignité de façade que le quotidien leur réserve rarement, tant les critiques pleuvent sur ce pouvoir discrédité comme aucun ne le fut auparavant.

En ces temps de confusion, de désarroi, quelques heures de posture régalienne sont comme une bouffée d’oxygène pour un Président en mal de légitimité. Alors, pourquoi s’en priver ? Mais à force d’en user et abuser, je crains que la lassitude ne gagne dans l’opinion, que la parole ne se perde dans un océan d’indifférence et de dérision désabusée, comme les Français savent si bien le faire…

22 novembre 2020

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