Il y avait des prêtres chez les gilets jaunes

Les actes du mouvement des gilets jaunes se succèdent et ne se ressemblent pas. Lors des premières manifestations, c’était une révolte antifiscale qui grondait aussi bien sur les boulevards haussmanniens des grandes villes que sur les ronds-points communaux des villages avant de devenir, aujourd’hui, une lutte des classes à la rhétorique marxiste.

L’ampleur de ce mouvement montre que les causes de la crise des gilets jaunes dépassent le refus d’une politique fiscale.

Souvent interrogés sur les plateaux de télévision, les représentants improvisés du mouvement des gilets jaunes peinent à définir leurs revendications ou l’effectuent de façon grossière (« Que les gros, MacDo, Google, Amazon, Carrefour…, payent gros et que les petits artisans, TPE, PME payent petit »).

Il y avait quelque chose d’indicible pour lequel des centaines de milliers de manifestants bravaient les arrêtés préfectoraux pour brandir des drapeaux français, scander des « Marseillaise » et crier « BFM collabos ». Pour le père Dominique Savio, présent dans les cortèges, « il y a un désir d’enracinement sur plus de local et moins de monde et d’Europe, vus comme écrasants et déshumanisants ». Les gilets jaunes seraient donc, plus généralement, l’expression d’une lutte contre une société ouverte et mondialisée. Dans cette lutte, quelle place a l’Église et ses pasteurs ? Pour un prêtre de l’Institut du Christ Roi Souverain Prêtre (ICRSP), interrogé lors de l’acte III, à l’évidence, elle est au milieu des manifestants. « Je suis très content d’être venu et fier de participer à ce grand mouvement de la France, aujourd’hui, qui veut montrer qu’elle en a ras le bol, qu’elle a besoin d’autre chose que les valeurs de la République, en tant que prêtre nous avons notre place. »

Il est intéressant de noter que, même après des décennies de propagande anticléricale de la part des médias et institutions (reportages chocs, programmes scolaires, etc.), la figure du prêtre a été bien accueillie, selon les témoignages. « Les encouragement et les félicitations qu’on a reçus montrent que la figure du prêtre est encore présente partout, ça a été une très belle expérience », explique un membre de l’ICRSP. Le père Dominique Flavio raconte, quant à lui : « Je crois que c’est la place du prêtre d’être présent au milieu du peuple. Les contacts sont excellents. On parle de vie, de foi, aussi. Je pense que les gens sont touchés par cette présence. Je pense, récemment, au fait d’être parti dans les derniers. Les gens ont vu un prêtre en soutane bloqué comme tout le monde par les CRS sur les Champs-Élysées. »

La parole et la présence de l’Église était, en quelque sorte, attendues. Le père Julien Palcoux, curé de Vernon (Eure), fait remarquer que les discussions abordées avec ceux-ci dépassent le contexte politique et sont de nature très profonde. Par ailleurs, le 7 décembre, le texte de l’évêque de Montauban (« Rendre leur dignité aux travailleurs »), imprégné de catholicisme social, est partagé des milliers de fois sur les réseaux sociaux. Monseigneur Ginoux s’est, en effet, rendu en personne sur le rond-point de la périphérie de Montauban.

En dehors de ces quelques initiatives « individuelles », l’Église catholique, en France, a été très réservée sur la question des gilets jaunes. Elle a proposé une sorte de grand débat lors d’un appel aux catholiques de France afin de recueillir leurs propositions. Démarche attentionnée mais quelque peu naïve : on voit mal les manifestants se mettre en rond dans une salle paroissiale et échanger autour d’une des questions vagues et alambiquées proposées – « Quel bien commun recherché ensemble pourrait fédérer nos concitoyens et les tourner vers l’avenir ? » ? (extrait de l’appel de la Conférence des évêques de France).

Ces témoignages de prêtres montrent que cette France souffrante et déchristianisée avait besoin de cette présence de pasteurs dans ses rangs. Qu’elle attendait d’être entendue et comprise par l’Église. Ces derniers jours, un événement a été largement partagé sur Facebook. Il s’intitule « Acte ultime : Paris, capitale de l’émeute le 1er mai » et est organisé par des Blacks Blocs. À défaut, c’est aujourd’hui la radicalité d’autres hommes en noir qui séduit.

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