Economie - Editoriaux - Société - 6 avril 2019

Âge légal de la retraite : l’arbre qui cache la forêt ou l’art de manipuler les futurs retraités

Le gouvernement, en réduisant le problème global des retraites à l’âge légal qu’il faut préserver, avec une pression médiatique consistant à mettre en avant le vieillissement de la population, amène les futurs retraités vers la solution qui lui convient : baisser les retraites continuellement.

Il est évident que cette solution lésera les futurs retraités avec petite ou moyenne retraite, continuera de privilégier ceux qui n’ont jamais ou très peu travaillé (sans handicap, ou accident de la vie comme on dit, mais par choix ou confort), sans affecter réellement ceux qui touchent au moins 15.000 euros par mois de retraite, comme un ex-Président à scooter, qui a si mal conduit le bateau : la mérite-t-il ?

L’âge légal est bien de 62 ans, il peut et doit le rester ; le souci est que ceux qui ont travaillé touchent déjà une retraite plus petite, et que ce n’est pas fini, alors que ceux qui ne travaillent pas du tout, ou très peu, auront droit, à 65 ans, à l’ASPA, soit 868 euros.

Le problème n’est donc pas l’âge légal de la retraite, mais la baisse constante des retraites (surtaxe CSG) mais aussi le fait que les petites retraites viennent tangenter l’ASPA (ancien minimum vieillesse) : bientôt, la différence entre ceux qui ne travaillent jamais et ceux qui ont peiné toute leur vie se réduira à peau de chagrin sur les petits salaires…

Quelques chiffres

50 % des pauvres, en France, ont moins de 30 ans, et 10 % sont retraités.
La retraite moyenne serait de l’ordre de 1.250 euros, mais 25 % des retraités ont moins de 800 euros, et 45 % moins de 1.200 euros de pension. Les artisans toucheraient environ 700 euros, les agriculteurs 600 euros et les commerçants 500 euros, après une vie entière de labeur, souvent à plus de 35 heures par semaine. Ils n’ont pas droit à l’ASPA de 868 euros, eux ; un étranger, résidant en France depuis dix ans avec carte de séjour, peut y prétendre sans avoir jamais cotisé…

Quelques vraies questions 

Alors que beaucoup de handicapés tiennent avec brio des postes de travail ou à responsabilités, ou bien travaillent en centres d’aide par le travail (CAT) à des tâches répétitives, parfois ingrates, sans rechigner, peut-on continuer à verser le RSA, pour lutter, à juste titre, contre la pauvreté, sans exiger en contrepartie une demi-journée de travail quotidienne dans des secteurs qui n’arrivent pas à recruter, pour s’occuper en particulier de nos aînés ?

En revanche, le minimum contributif, actuellement de 634 euros, permettant de compléter une retraite indécente pour arriver à survivre doit être maintenu, et musclé même, pour réajuster au maximum les pensions des femmes, autant lésées sur les pensions que sur les salaires, sans parler des profils de carrière, plus compliqués avec les grossesses. Âgalité femme-homme pour les pensions ?

Enfin, le gouvernement commettrait une erreur s’il a la prétention de toucher aux retraites sans commencer par montrer l’exemple. Le petit peuple, dont une partie en gilet jaune, ne pourra plus accepter de se serrer la ceinture seul sans que l’effort soit proportionnel au montant de la pension : la CSG de 2 % sur la retraite d’un smicard lui enlève du pain de la bouche, elle reste un petit pois sur le matelas confortable des retraites supérieures à 15.000 euros. Je ne parle même pas des indécents parachutes dorés, dont l’existence même montre le mépris pour le salarié de base, et l’indiscutable effet « hors-sol » de ceux qui n’ont jamais assez.

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