Armées - Editoriaux - Histoire - 4 mars 2020

Il y a 50 ans, l’Eurydice sombrait en Méditerranée

Le 4 mars 1970, l’Eurydice sombrait en Méditerranée. C’était il y a 50 ans, jour pour jour ; c’était hier.

Quatrième sous-marin des onze de type Daphné ayant navigué dans la Marine nationale – les « 800 tonnes », dans le jargon des sous-mariniers -, l’Eurydice est le premier de ce type réalisé par DCAN Cherbourg. Mis sur cale en juillet, il est baptisé en juin 1960 et mis à flot en juin 1962.

Il quitte Cherbourg en juin 1963 pour effectuer sa croisière d’endurance et rallie Toulon, son port-base, le 14 août 1963. Il entre en service le 26 septembre 1964.

Tous ceux qui sont en âge de se souvenir se rappellent probablement avoir vu, sur leurs téléviseurs, le général de Gaulle, président de la République, embarquer à Toulon à bord de l’Eurydice, le 8 février 1968. Lors d’une cérémonie à la mémoire des 52 disparus de la Minerve, le chef des armées effectue, ce jour-là, une plongée à proximité du lieu du naufrage de ce sous-marin et signifie sa confiance dans les sous-marins et leurs équipages.

Deuxième chef d’État à embarquer à bord d’un sous-marin après Émile Loubet, Charles de Gaulle laissera à bord une photo dédicacée où il est inscrit « Au sous-marin Eurydice en témoignage ! Et à la mémoire de la Minerve. »

L’Eurydice sombre deux ans après la Minerve, au large de Saint-Tropez, avec 57 hommes d’équipage à bord.

Dépêchés sur les lieux, deux avions de patrouille maritime Breguet Atlantic, les escorteurs Surcouf, Duperré, Le Picard, Le Vendéen, Le Brestois, L’Alerte, six dragueurs de mines, les bâtiments de soutien Arago et Jean Charcot, les sous-marins Daphné et Doris, quatre dragueurs de mines italiens et tous les bâtiments de la direction du port de Toulon disponibles entreprennent les premières recherches. Une gabare, La Fourmi, découvre très vite une nappe de gazole et divers débris. L’analyse permet d’établir qu’il s’agit d’un carburant de sous-marin (avec une forte teneur en soufre), le naufrage est alors avéré. Plusieurs hypothèses sont évoquées pour expliquer ce drame : collision avec un cargo, voie d’eau accidentelle, avarie de barre de plongée, mais la cause reste aujourd’hui inconnue.

L’épave est retrouvée rapidement, quelques mois après, contrairement à celle de la Minerve, qu’on vient seulement de retrouver, en 2019, 51 ans après l’accident. Elle repose par 1.500 mètres de fond à sept nautiques au sud-est du cap Camarat.

Les noms du lieutenant de vaisseau Bernard de Truchis de Lays, commandant, et des 56 autres membres de l’équipage disparus sont gravés en lettres d’or au monument national des sous-mariniers, à Toulon, et dans le cœur de tous les sous-mariniers français.

Souvenons-nous aussi de leurs familles, des mères et pères inconsolables, des épouses dramatiquement éprouvées, esseulées, qui élèveront courageusement leurs enfants, orphelins. Ancien commandant de la Junon, navire-jumeau de l’Eurydice, je vous invite à garder la mémoire de ces 57 marins, dont la vie a basculé, il y a 50 ans, et celle de leurs familles.

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