Editoriaux - Education - 5 septembre 2019

Il ne suffit pas d’un drapeau dans une classe pour entretenir le sentiment national

Depuis la rentrée, dans toutes les classes françaises, la présence du drapeau national et du drapeau européen est obligatoire. Il s’agit de renforcer chez les élèves leur sentiment d’appartenance à une nation. Il faudra afficher aussi les paroles de la « Marseillaise » et la devise de la République. Accueillant des collégiens pour leur rentrée dans un établissement des Alpes-Maritimes, Éric Ciotti, à l’origine de l’amendement qui a abouti à cette mesure, a déclaré : « Ces symboles ne sont pas vides de sens, ils sont la France. Cette mesure constitue un acte majeur dans la défense des valeurs de notre République. »

Rien à redire sur cette déclaration, sinon qu’il y a loin entre l’affichage de ces emblèmes et le sentiment d’appartenance à une nation. Il faut savoir que les drapeaux français et européen sont déjà accrochés sur le fronton des établissements scolaires et que les programmes officiels de l’école primaire précisent qu’on peut, dès le CE2, commencer à chanter quelques couplets de l’hymne national. Le drapeau européen est plus contestable, dans la mesure où il présente l’Union européenne comme un acquis intangible alors qu’elle n’est qu’une construction politique, relative par nature.

Selon Europe 1, les réactions sont pour le moins mitigées. Certains ironisent, estimant qu’il y a d’autres urgences que de décorer la salle de classe. Le proviseur d’un lycée girondin explique qu’« on doit avoir 70 à 80 salles, c’est un certain coût que l’on n’avait pas prévu. Il faut que cela soit encadré, plastifié, pour que cela soit un petit peu joli et que cela résiste à l’usure du temps. » Le ministère rassure : un poster avec des drapeaux dessinés par les élèves et des paroles de la « Marseillaise » écrites à la main, cela fera très bien l’affaire !

Chaque établissement se débrouille donc, en fonction de ses ressources et des subventions de la collectivité dont il dépend – commune, département ou région. Mais il paraît évident que le sentiment d’appartenir à une nation ne repose pas seulement sur l’affichage de symboles, fussent-ils respectables. Encore faut-il que l’éducation à la citoyenneté, comme on dit, soit faite objectivement et ne serve pas d’alibi pour inculquer aux élèves des valeurs qui n’ont rien à voir avec le sentiment national. Quand on sait que le président de la République lui-même a une conception particulière de notre passé, on peut se demander si un apprentissage objectif de ce qui a fait la France est possible dans notre enseignement.

Sans compter la partialité de certains enseignants, il arrive que des manuels tombent dans le travers de la pensée unique et de la bien-pensance.Boulevard Voltaire a bien montré comment un livre de français, publié par les Éditions Nathan, met directement en cause le maire de Béziers, pour inviter des élèves de 4e à réfléchir sur le sens des images. On imagine toutes les interprétations engagées auxquelles peut donner lieu l’étude historique ou littéraire de périodes comme la monarchie, la Révolution, la colonisation, le monde contemporain et bien d’autres sujets ! Recommandons aux parents attentifs à ce qu’apprennent leurs enfants de se munir d’un ouvrage d’histoire qui ne cède pas aux préjugés communs. Il en existe !

On ne reproche pas aux autorités publiques d’imposer dans les classes des symboles de notre nation, mais on se demande comment les « valeurs citoyennes » seront mises en œuvre dans la pratique de l’enseignement. Entretenir le sentiment national ne consiste pas à imposer une conception macronienne de la France et de l’Europe.

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