Editoriaux - Politique - 5 septembre 2019

Après Matteo Salvini, Boris Johnson : le populisme en panne ?

Brexit soft ou Brexit hard ? Brexit or not Brexit ? La question, devenue tant shakespearienne qu’existentielle, est désormais le cauchemar des journalistes chargés de traiter du sujet. Pour faire bref : plus personne n’y comprend rien ou presque. Quoique…

Car il est aussi un fait aisément compréhensible voulant que si le « système » gouverne de plus en plus mal, il puisse également se défendre de mieux en mieux. Ainsi, Boris Johnson, après son coup d’éclat visant à suspendre le Parlement – coup d’éclat mais pas coup d’État ; la manœuvre, autorisée par la reine, demeurant fidèle aux institutions locales –, se retrouve-t-il aujourd’hui minoritaire au sein de son ex-majorité.

Comme toujours, les coups bas viennent de son propre camp, vingt et un députés conservateurs ayant, justement, changé de camp. Au cœur des enjeux, la question de savoir si ce fichu Brexit sera courtoisement négocié avec les instances bruxelloises : une sortie « soft » ou « hard », tel qu’écrit plus haut. Quelle que soit l’issue, l’Angleterre ne devrait plus avoir la position qui était autrefois la sienne en Europe. Fondamentalement, voilà qui ne changera rien, le Royaume-Uni ayant toujours conservé monnaie et contrôle de ses frontières.

En revanche, sachant que tout ce qui touche à la Grande-Bretagne concerne également la vieille Europe, on constatera que le style « populiste » d’un Matteo Salvini ou d’un Boris Johnson cèle en lui ses propres limites. Plaisir du beau geste ou goût de la bravade ? Voilà qui est séduisant de prime abord, mais qui peut aussi amener ces reîtres à obtenir l’exact contraire des résultats escomptés.

Matteo Salvini, dont il était ici pointé le pari à haut risque, se retrouve en slip et en plein milieu du gué, relégué qu’il est par la nouvelle coalition du M5S de Beppe Grillo et de son ancien meilleur ennemi, le Parti démocrate de Matteo Renzi. Il entendait convoquer de nouvelles élections, fort de sa popularité grandissante ? Il lui faudra attendre l’échéance légale. Ce même cas de figure vaut pour Boris Johnson qui, voulant renverser la table, ne devrait pas avoir droit à semblable scrutin anticipé, imprudemment appelé de ses vœux.

Après, ce qui se joue là, en Italie comme au Royaume-Uni, n’est jamais que la énième déclinaison du spectacle politico-médiatique se tenant en France, à guichets fermés et depuis de trop longues années : soit l’affrontement entre les « insiders » et « outsiders », pour reprendre une sémantique anglo-saxonne.

Les premiers vivent on ne peut mieux de la mondialisation, nichés dans leurs mégapoles, applaudissant des deux mains à l’entrée en masse d’immigrés clandestins qui seront là pour emmener les plus jeunes au square et torcher les plus vieux à domicile. Mieux : ils feront plonge et service dans des restaurants ouverts sept jours sur sept, payeront leurs retraites avec leurs salaires de misère et, top du top, leur livreront même sushis bio et pizzas équitables à toute heure du jour et de la nuit.

Les seconds, eux, vivent plus qu’ils ne survivent, quand éloignés de ces villes où il fait malgré tout bon vivre pour qui en a encore les moyens. Ils ont grandement contribué à l’éphémère victoire du Brexit, tout comme leurs homologues français ont fait celle du référendum européen de 2005. Mais ils devinent aussi qu’on les fera revoter jusqu’à ce qu’enfin, ils votent bien.

Ce ne serait finalement pas idiot que des Johnson ou des Salvini se montrent à la hauteur des enjeux et réservent leurs gestes de condottieres, l’un au comptoir du pub, l’autre à la terrasse des trattorias. Si l’on pouvait conseiller quelque bonne lecture à ces deux ostrogoths, ce serait bien celle de George Orwell, éminent sujet de Sa Très Gracieuse Majesté. Ils y verraient qu’il y est principalement question de « décence commune ».

Par les temps qui courent, ce ne serait pas d’un luxe inouï.

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