Il aurait 160 ans : quand le « certif » garantissait les fondamentaux de l’école

Créé le 20 août 1866 et supprimé en 1989, il devait attester l’acquisition des connaissances de base de l’enfant.
@Austrian National Library/Unsplash
@Austrian National Library/Unsplash

Pendant plus d’un siècle, le certificat d’études primaires a constitué l’un des grands rites de passage de l’école française. Pour des générations d’enfants, dont vous faites peut-être partie, chers lecteurs de BV, il représentait à la fois l’aboutissement de l’instruction primaire et la preuve officielle de la maîtrise des savoirs fondamentaux. Lecture, écriture, orthographe, calcul : le fameux « certif » attestait que l’enfant possédait les connaissances indispensables avant de quitter l’école. Créé le 20 août 1866 à l’initiative de Victor Duruy, ministre de l’Instruction publique de Napoléon III, il allait progressivement devenir un véritable examen de référence à l’issue de l’école primaire, avant de disparaître, plus d’un siècle plus tard.

Un examen imaginé pour relever le niveau de l’école

La première idée du « certif » remonte à 1834, lorsque le statut des écoles primaires communales prévoyait un certificat destiné à constater le niveau atteint par les élèves. Cette disposition était toutefois restée largement théorique. Victor Duruy lui donne alors une nouvelle impulsion avec sa circulaire du 20 août 1866. Son objectif est clair : instaurer un examen permettant d’attester les connaissances acquises par l’enfant à la fin de sa scolarité primaire, alors que le ministre dénonce « l’insouciance des familles et le défaut d’émulation des élèves ». Dans ce but, écrit-il, « il importe donc, tout en stimulant ceux-ci, de vaincre l’indifférence des parents et de les amener à donner aux progrès des études primaires de leurs enfants l’attention qu’ils méritent ».

Le premier dispositif reste toutefois rudimentaire et n’est pas obligatoire. L’examen doit être organisé localement par l’instituteur, en présence et avec le concours du maire ou du curé. Pour obtenir le certificat, l’élève doit notamment être jugé suffisamment bon. Cette première organisation montre toutefois rapidement ses limites : le contrôle demeure trop dépendant des réalités locales et le nombre de certificats délivrés reste faible dans les premières années. Des commissions spéciales et des règles plus uniformes sont progressivement mises en place afin de garantir une plus grande égalité entre les candidats. Le certificat finit par s’imposer dans le paysage scolaire français.

De l’initiative de Duruy au « certif » de Jules Ferry

Un premier tournant intervient sous la IIIe République. La loi du 28 mars 1882, portée par Jules Ferry, rend l’instruction primaire obligatoire de six à treize ans et inscrit le certificat d’études dans la loi. Son article 6 dispose qu’il est « décerné après un examen public, auquel pourront se présenter les enfants dès l’âge de onze ans ». Le « certif » devient alors bien davantage qu’une simple évaluation. Pour une grande partie des enfants, notamment dans les milieux populaires et ruraux, il constitue la consécration de la scolarité et parfois le premier et seul diplôme obtenu avant l’entrée dans la vie professionnelle, alors que la loi permet encore aux enfants de travailler à partir de treize ans sous certaines conditions.

Son contenu évolue avec le temps. Aux savoirs fondamentaux s’ajoutent progressivement des connaissances en histoire, géographie ou sciences. Cependant, son importance commence à diminuer à mesure que la France allonge la durée de la scolarité obligatoire. En 1936, celle-ci passe à quatorze ans. En 1959, à seize ans. Le développement de l’enseignement secondaire et la généralisation progressive du collège réduisent alors mécaniquement la pertinence du certificat d’études.

La disparition d’un examen sans candidat

Après la Seconde Guerre mondiale, le « certif » perd progressivement sa raison d’être. Lorsqu’il permettait autrefois à des enfants de familles paysannes ou populaires de valoriser leur mérite scolaire et parfois de favoriser leur ascension sociale, il devient moins déterminant dans une société transformée par les Trente Glorieuses. La scolarité s’allonge, l’accès au secondaire se généralise et l’objectif scolaire se déplace progressivement vers le diplôme national du brevet, puis vers le baccalauréat et l’enseignement supérieur. Ainsi, peu à peu, les candidats deviennent extrêmement rares : ils sont moins d’une centaine, en 1988. Le décret n° 89-607 du 28 août 1989 abroge finalement l’article de la loi de 1882 qui instituait le certificat d’études primaires.

Cette disparition correspond à une époque où l’école française entend désormais conduire l’ensemble d’une classe d’âge vers des niveaux d’études toujours plus élevés. Elle ne fait pourtant pas disparaître la question fondamentale à laquelle le certificat cherchait à répondre : comment vérifier que les enfants maîtrisent réellement les connaissances indispensables avant de poursuivre leur scolarité ?

Un nouveau « certif » contre le décrochage

Cette question mérite aujourd’hui d’être posée à nouveau. En effet, dans son rapport consacré à l’enseignement primaire, publié le 20 mai 2025, la Cour des comptes a dressé un constat particulièrement alarmant. Elle estime que le niveau des élèves de CM1 est « trop bas » et juge cette situation « inacceptable ». Dans ce contexte, ressusciter le certificat d’études ne signifierait évidemment pas restaurer à l’identique l’examen du XIXe siècle mais plutôt créer un examen national de fin de CM2, destiné à vérifier de manière objective la maîtrise des connaissances fondamentales avant l’entrée au collège. Un tel examen aurait une vertu simple : rendre visible ce qui est parfois masqué par les passages automatiques d’une classe à l’autre. Il permettrait d’identifier les lacunes avant l’entrée en sixième et de prévoir, pour les élèves qui n’auraient pas acquis les connaissances indispensables, un dispositif de consolidation adapté pouvant aller jusqu’au redoublement lorsque celui-ci apparaît nécessaire. L’objectif serait ainsi d’éviter le nivellement par le bas du niveau scolaire en s’assurant qu’un enfant ne quitte pas l’école primaire sans maîtriser les savoirs qui lui permettront de réussir au collège.

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 20/08/2026 à 21:31.

Picture of Eric de Mascureau
Eric de Mascureau
Chroniqueur BV- Histoire, patrimoine, culture

Vos commentaires

77 commentaires

  1. Avoir le certif dans les années 50 vous valait le respect et le niveau était autrement plus élevé que le BAC qu’on distribue à présent à des élèves dont la culture, l’orthographe sont aux abonnés absents !
    Il faut aboli en 1978, c’était la dernière année et je l’avais passé pour m’amuser en fait voir où en était mes connaissances, avec deux amies, nous l’avions eu tous les trois

  2. Ma mère, née en 1918, a quitté l’école à onze ans pour travailler. A son époque pas de bibliothèque municipale, pas un seul livre dans la maison. Mais ma mère ne faisait pas de fautes d’orthographe!!!
    Cherchez l’erreur! C’est très simple il faut une dictée par jour!

  3. Les gamins de 11 ans d’hier en savaient beaucoup plus que ceux de 18 ou 20 d’aujourd’hui. Et rares seraient les adultes d’aujourd’hui à encore pouvoir décrocher le certif et pourtant, cet examen s’adressait aux enfants !!!

  4. Mesurer les connaissances de chaque élèves, c’est pas un peu discriminant, un peu fasciste ? Ne faudrait-il pas faire un contrôle adapté à la sociologie de chaque élève, à son milieu, un contrôle que chacun pourrait accepter ou refuser. Un projet socialiste en fait.

  5. Ce bon vieux certif ou certo je l’ai passé brillamment en 1962 il y avait même une épreuve de chant ou de récitation (j’ai chanté Voici le joli mois de mai, qu’il est charmant , etc) , je me souviens 64 ans plus tard des paroles de la chanson.

  6. Un brevet en fin d’études primaires serait certainement une bonne idée que, personnellement, je soutiens depuis des années. Cependant pour connaître le milieu enseignant et syndical majoritaire de l’EN, je souhaite bien du courage au ministre qui tentera de l’instituer. Dans l’esprit de beaucoup, une telle proposition ne doit pas être très éloignée de la maltraitance faite à l’enfant …

    • Bon courage, en effet, vous avez raison! Cela dit, pour moi, la maltraitance, c’est le laxisme, et mentir aux parents, aux élèves et à la société en leur faisant croire que ces « apprenants » sont des génies du savoir…

    • Bah alors là ce serait une hécatombe, ils ne savent plus rien , enfin pour un bon nombre, on sait d’où le niveau s’est effondré, tiré vers le bas par certains qu’il ne faut pas froisser alors même si la copie est nulle bah on ne met pas une note pourrie on laisse !
      Perso, je n’avais pas passé le brevet des collèges en 1980 ayant plus de 15 de moyenne générale, ils avaient fait ça deux ans je crois et sont revenus à l’examen
      Le niveau n’avait pas encore chuté comme aujourd’hui

  7. Mon grand père a passé son certif en 1908 à moins de 12 ans.
    Prisonnier en 14/18, s’évade ==> il savait lire une carte et user de la boussole.
    Envoyé au Maroc pour construire des routes ==> savait lire un plan.
    A continué 2 ans en France avant de se marier…
    Il avait intérêt à ne pas se tromper, à l’époque on avait l’escopette facile…
    Et dire que j’avais des élèves qui à 16 ans n’arrivaient pas à comprendre une carte, le calcul des distance !!!

  8. En 1954 ceux qui n’avaient pas une bonne moyenne ne pouvaient pas passer en CM1 et CM2. Ils étaient dirigés vers les Certificat d’Études Primaires. A la fin du CM2 on pouvait prétendre à une 6ème en Collège public ou privé, mais il fallait avoir de très bonnes notes.

    • Le Bac a remplacé le CEP qui , pour le moins donnait une base solide pour se débrouiller dans la vie .
      Cela semble démagogique de le dire mais pourquoi l’avoir retirer ? Et pour quoi avoir fait baisser le niveau du bac même plus reconnu par les patrons ? Pour que les plus nuls ne se rendent pas compte qu’ils seraient trop nuls pour ne serait ce que l’obtention du CEP et mertre le bac à la portée des plus nuls avec des notations généreuses pour qu’ils croient qu’ils seraient très bons . C’est cela qui est démago .

    • Depuis l’invasion à toutes les strates de l’état par l’idéologie des gauches, l’érosion de la qualité des enseignements scolaires n’a fait que s’amplifier pour en arriver là où nous en sommes aujourd’hui.
      Le certif sanctionnait l’acquisition des savoirs fondamentaux, puis le bepc celles du 1er cycle du secondaire, ouvrant l’orientation précoce vers les filières techniques permettant d’obtenir un cap ou un bep, 1ers diplômes pour être embauché sur le marché du travail qualifié, avec la possibilité pour les plus volontaires de rejoindre le 2ème cycle du secondaire en vue de l’obtention du bac et d’accéder à l’enseignement supérieur.
      Tout était donc en place pour que chacun ait une chance d’améliorer son devenir.
      La gauche a préféré que tout le monde puisse prétendre aux études supérieures pour des raisons soit disant égalitaires.
      On en mesure aujourd’hui les résultats : facs et universités saturées et encombrées d’incultes sans projets professionnels, métiers techniques boudés, chômage en croissance, industries privées de main d’œuvre qualifiée… etc…
      On recule de plusieurs en plus dans les classements internationaux en se plaçant derrière des pays en voie de developpement.
      Mais qu’ont laissé faire les gouvernants sans reagir depuis plus de 40 ans ! ?
      Total échec dans ce domaine par incompétence ou par volonté ? Il est probable qu’ils aient misé sur l’idée qu’il est plus facile de gouverner un troupeau d’incultes plutôt que d’individus capables de discernement et de réflexion.

Laisser un commentaire

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

Eliot Deval encense le travail de BV !
Vidéo YouTube

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois