Editoriaux - International - 29 août 2019

Hystérie anti-Brexit : un bon divorce rapide vaut mieux qu’un mauvais mariage sans fin !

La décision du Premier ministre du Royaume-Uni de suspendre, non pas le Parlement, mais ses travaux, exacerbe une campagne hystérique des activistes anti-Brexit depuis le vote par référendum du 23 juin 2016. Si outrage il y avait à la Constitution, il ne serait pas violation et la mesure est légale. Elle permet de travailler sereinement à la mise en œuvre d’une décision déjà prise, à l’abri du tapage et des harcèlements.

En désespoir de cause, les anti-Brexit misent sur l’idée que « la seule issue au chaos [qu’eux-mêmes ont créé] serait de convoquer de nouvelles élections… sur la base d’une relégitimation à la source » ; c’est-à-dire, si on a bien compris, jusqu’à ce que les citoyens qui se sont déjà exprimés votent « enfin correctement ». Il est vrai que la majorité des Français ont donné l’exemple en se résignant à l’idée qu’on rejette leur choix souverain, comme ça a été le cas pour le référendum de 2005 sur la Constitution européenne.

Même les personnalités people s’en mêlent, comme Hugh Grant, décidément meilleur acteur de comédies légères que politicien. Vingt-cinq ans après l’hilarante comédie Quatre mariages et un enterrement, il a perdu ses airs évaporés ainsi que son self-control et son humour “so British” pour adresser publiquement contre la personne de Boris Johnson des insultes aussi crues que peu argumentées ; en invoquant la mémoire de son grand-père qui se serait battu pour la liberté lors des deux guerres mondiales.

Comme le comédien tragi-comique, on devrait se demander si, dans un contexte totalement différent, « grand daddy », et tous les « grand daddies » et « grannies » qui se sont battus pour la liberté, comprenaient celle de s’exprimer sans contrainte par référendum ; et s’ils approuveraient l’usage que leurs petits-enfants font d’une liberté sans retenue ni limites, y compris celle d’interdire à une majorité de citoyens de quitter une Europe qui renie ses racines, ses valeurs, la souveraineté et l’intérêt prioritaire de ses citoyens nationaux. Parmi les réactions aux éructations de Hugh Grant, des voix timides demandent si « au fait, est-ce qu’on n’aurait pas déjà voté ? » ou « est-ce que ton grand-père s’est battu pour que la démocratie soit piétinée par une minorité ? ».

On note le soutien idéologique des médias dominants français, qui, se prenant pour des analystes et des juges, se permettent de commenter l’actualité avant de la présenter. Sans réaliser que traiter Boris Johnson de « pur produit de l’élite britannique qu’il est intrinsèquement » est, en réalité, le plus beau compliment qu’on puisse faire à un Britannique de tradition. On l’accuse de « populisme », l’une des insultes suprêmes en France, lassante d’ignorance et de bêtise. Il suffit de se référer aux critères qu’en donne le politologue allemand Jan-Werner Muller, largement admis, pour reconnaître que Boris Johnson n’y répond pas : prétention à la représentation exclusive d’un peuple ; essentialisation de la communauté nationale ; moralisation du conflit politique (1).

Quant à « forcer la reine », comme des médias français l’affirment, Élisabeth II en a vu bien d’autres depuis qu’elle officiait comme ambulancière à Londres sous les bombes allemandes. Elle a démontré à maintes occasions son caractère affirmé et indépendant, sa « fortitude », force d’âme et grande bravoure, qualité certes peu en vogue dans la France d’aujourd’hui. Avec une autorité naturelle et une popularité qui ne se démentent pas dans un Commonwealth de 53 États membres et font pâlir d’envie bien des présidents d’opérette et de passage, en France comme ailleurs.

Ainsi, le solde final du Brexit « coûte que coûte » sera marginal par rapport à ce qu’il en a déjà coûté depuis plus de trois ans de tergiversations post-référendum. Les détails techniques de la sortie de l’Europe seront résolus en temps utile ; voudrait-on qu’une décision aussi grave et souveraine soit abandonnée au nom de détails pratiques ?

Finalement, le Royaume-Uni s’en remettra et y trouvera son avantage. C’est peut-être ce qui fait le plus peur aux technocrates bruxellois.

(1) Qu’est-ce que le populisme ? Définir enfin la menace, Jan-Werner MÜLLER, Éd. Premier parallèle, 2016

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