Un général – et pas des moindres, puisque de corps d’armée - vient d’être limogé, « à cause de la en Ukraine », peut-on lire ici et là. Le général Vidaud, directeur du renseignement militaire (DRM), avait pris ses fonctions, il y a à peine sept mois. Ayant appris par un mail qu’il allait être relevé de ses fonctions cet été, il a préféré anticiper et démissionner.

Quelles sont les raisons de ce limogeage ? Une lecture rapide et paresseuse permet d’accréditer la thèse qu’on aurait fait payer à ce haut responsable la « myopie de la DRM sur l’invasion russe de l’ », pour reprendre les mots tirés d’un excellent article de Challenges, publié le 31 mars et qui essaye de démêler le vrai du faux de cette affaire. Il est vrai que les services de renseignement de nos alliés américains et britanniques annonçaient en janvier et février l’imminence de cette invasion. Il est vrai aussi que les Américains, par le passé, avaient des renseignements en béton sur les armes de destruction massive en Irak… Mais, si l’on en croit Challenges, les choses seraient plus complexes que cela. « Mésentente » et « incompatibilité d’humeur », lit-on aussi dans L’Express, entre le général Burkhard, chef d’état-major des armées (CEMA) et chef direct du directeur du renseignement militaire, d’autant que le CEMA n’aurait pas accepté la nomination à la DRM de Vidaud, arrivé à ce poste suite à un jeu de chaises musicales dans lequel la DGSE aurait mis son grain de sel pour que ne soit pas nommé un autre général, Bertrand Toujouse. Mais qu’importe.

Cette éviction permet au pouvoir, même s’il ne l’a pas sollicitée, de se payer à bon compte un bouc émissaire. Par les temps qui courent, cela ne peut pas faire de mal. Franceinfo rapporte les propos d’une source militaire : « Le président a entériné une position française avec le quai d'Orsay et on a trouvé quelqu'un pour lui faire porter le chapeau. Il a payé parce qu'il faut bien que quelqu'un paye ». À bon compte, car qui, à part un petit monde qui s’intéresse au renseignement dans ce pays, sait exactement qui fait quoi ? Entre DGSE, DRM, DGSI, tout ça, c’est bien compliqué ! La DRM collecte et analyse du renseignement militaire. Nul doute, qu’elle connaissait exactement le positionnement des troupes russes à la frontière russo-ukrainienne durant les mois de janvier et février. Mais si son boulot est de compter les chars, elle n’est pas faite pour détecter l’intention, disons, de l’adversaire. En clair, de lire dans les pensées de Poutine, retranché derrière les murs du Kremlin. Après tout, nous avions un qui passa de longues heures au téléphone avec son homologue russe. Apparemment, il semblerait qu’il n'ait pas réussi à détecter les intentions du maître du Kremlin, dans les jours qui précédèrent l'invasion. Qui le remerciera ?

Cela dit, on constate que durant la dernière guerre (celle du covid) et surtout dans les mois et années qui précédèrent cette guerre, l’on fit preuve aussi de beaucoup de « myopie ». Et pourtant, tout était écrit de longue date, notamment dans les blancs sur la défense de 2008 et 2013... Combien de « généraux » du ministère de la Santé ont été limogés ?

2 avril 2022

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