Editoriaux - Société - 26 juin 2019

Guerre civile des classes ou des communautés ?

Patrick Buisson et le Dr Laurent Alexandre ont sans doute peu d’idées en commun, mais tous deux viennent d’évoquer un risque de guerre civile. S’agit-il de la même ?

Pour le premier, elle se dessine dans les résultats des européennes qui ont montré l’existence de deux France qui s’opposent, l’une ayant apporté ses voix au macronisme, l’autre au Rassemblement national. La carte électorale des européennes n’est plus politique mais sociologique : elle souligne l’existence de deux pays qui se tournent le dos, celui qui correspond aux métropoles dynamiques qui ne craignent pas la mondialisation parce qu’ils n’en subissent pas massivement les conséquences sociales, fortes de leurs nombreux cadres branchés et de leurs fonctionnaires à l’abri, et l’autre qui comprend les départements périphériques, industriels ou ruraux, exposés à la concurrence internationale, éloignés des centres de décision, délaissés par les services et dont les habitants sont obligés à des déplacements difficiles et coûteux. C’est la France analysée par Christophe Guilluy, avec sa fracture essentielle entre les métropolitains et les périphériques.

Le dialogue démocratique et l’alternance au sein du grand groupe central subsistent encore dans certaines régions prospères, grâce notamment au tourisme, et marquées par une tradition historique et religieuse. La Bretagne et l’Ouest, en général, correspondent à ces résistances à l’évolution générale. La lutte des classes et celle des communautés n’ont pas encore fait apparaître l’ombre de la guerre civile. Mais il est probable que l’œuvre du temps s’y accomplira aussi. Un nouvelle crise économique sera le poids qui fera basculer ces régions qui, peu à peu, auront aussi pris la mesure du « Grand Remplacement ».

Pour Patrick Buisson, la guerre civile qui se profile est donc celle des classes. Il écarte l’union de la droite qui engloberait les nationalistes, les identitaires et les libéraux, parce que ces derniers n’ont pas les mêmes préoccupations ni les mêmes priorités. Le clivage se fera sur la mondialisation, que les autres refusent et que les libéraux acceptent plus ou moins. Il prévoit une union des populistes, des souverainistes contre les mondialistes. Le milliardaire américain Warren Buffet avait déclaré avec cynisme qu’il y avait bien une guerre, menée par les riches au niveau mondial, et qu’ils étaient en train de la gagner. Buisson pense, au contraire, que le réveil des peuples sera explosif, notamment en France. Un certain nombre d’électeurs de La France insoumise se déclarent prêts, désormais, à voter au second tour pour le Rassemblement national, comme les électeurs italiens du Mouvement 5 étoiles ont déjà basculé en faveur de la Ligue.

On comprend mieux le lien entre ce risque, ou plutôt cette occasion, de guerre civile avec le danger de l’autre guerre civile évoqué par Laurent Alexandre qui vise, lui, la guerre des communautés, le rejet violent des « minorités », notamment musulmane, dont la présence se fait de plus en plus lourde et provocatrice, comme les opérations « burkini » dans les piscines viennent de le montrer. Pour les mondialistes, la peur de la guerre des communautés doit être telle qu’elle oblige au silence, qu’elle nécessite une condamnation sans appel de tout ce qui y conduit, une censure de tous les faits qui peuvent l’étayer. On ne saurait mieux mettre en évidence le fait que les prétendus libéraux qui dominent notre pays, les « métropolitains » qui font régner la pensée unique et le politiquement correct, sont des totalitaires « doux ». Le docteur Alexandre préconise de casser le thermomètre pour ne pas affoler le malade…

La division du pays est devenue structurelle. Les deux craintes objectives du déclassement et de la submersion migratoire vont s’additionner et il sera de plus en plus difficile à ceux qui sont aujourd’hui privilégiés d’utiliser la seconde pour donner mauvaise conscience à la première. Les champions de la pensée unique pourront bien quitter les plateaux de télévision ou traiter leurs contradicteurs d’ignorants, la réalité finira par éclater en même temps que la révolution.

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