Editoriaux - Réflexions - 13 janvier 2020

Greta Thunberg, l’écologie adolescente

, adolescente, représente bien l’écologie actuelle qui est, elle aussi, adolescente. En témoigne un article paru dans le Guardian du 10 janvier dernier, cosigné par 21 jeunes activistes pour le climat, dans lequel ces jeunes somment les dirigeants de la planète de leur donner immédiatement ce qu’ils veulent (au sujet des énergies fossiles) comme des enfants réclamant des bonbons : « Nous ne voulons pas que ces choses se fassent d’ici 2050, 2030 ou même 2021, NOUS VOULONS QUE CELA SOIT FAIT MAINTENANT ».

C’est une écologie en crise qui veut se couper de ses parents, qui veut s’éloigner de la réalité et de la raison. À l’image de l’adolescence, période de la vie ou les humeurs s’exacerbent, l’écologie mondiale se débat, crie, veut se sentir exister. Elle croit avoir découvert tous les problèmes du monde et pense, comme l’adolescent, que ses problèmes sont les plus importants, qu’il n’y a qu’elle. Pour cette écologie, le reste n’a pas sa place. Mais elle a oublié le plus important : l’Homme. Ou, si elle ne l’a pas oublié, elle en fait son premier ennemi comme l’enfant entre deux âges qui s’en prend aux adultes et voit dans ses parents un contre-modèle qu’il ne faut pas suivre.

C’est pourquoi Greta, l’adolescente, se voit être rapidement utilisée comme chef de file d’un nouveau mouvement de pensée radicale et déshumanisant. La vraie écologie, antérieure à ce nouveau mode de pensée dominant, prend en compte, non seulement la nature mais aussi l’Homme, l’humanité, qu’elle voit comme faisant partie intégrante de cette nature, de ce que certains appellent le Vivant. C’est pourquoi la vraie écologie, celle qui existe bien avant Greta, l’écologie adulte et raisonnable, se comprend sous cette dénomination qui a fait du chemin aujourd’hui : l’écologie intégrale. Greta Thunberg et ses pairs, adolescents éternels et révolutionnaires de salon, font fi de toute une tradition écologique respectueuse d’une création belle, où l’Homme trône en son centre. Ils sont, comme le dit Jacques Maritain, faisant une critique de la philosophie moderne (Descartes, Rousseau, Luther) dans Antimoderne (1921), les « archaïsants » de ce siècle. Ils pensent être les premiers à penser, détruisant, ce que même le mythe du progrès demande : un avenir radieux pour l’Homme. Leur écologie radicale rejette la personne humaine de l’équation pour ne s’attacher qu’à un « Vivant » réinventé par eux.

C’est pourquoi l’écologie intégrale, plus réaliste (philosophiquement) – celle qui voit dans la nature, l’Homme et le reste du Vivant -, peut être qualifiée, toujours en reprenant les expressions de Jacques Maritain, d’« ultramoderne ». C’est-à-dire que, tout en s’attachant à reconnaître l’importance de chaque partie du créé, cette écologie, à l’inverse d’une pensée adolescente qui feint la rébellion, s’attache à reconnaître que l’Homme est l’être le plus haut en dignité. De même, ne suivant pas cette logique de rupture permanente voulue par l’écologie dominante (changement radical dans les modes de vie, progrès instantané des énergies dites renouvelables…), l’écologie intégrale s’inscrit dans la continuité : elle est conservatrice mais elle se préoccupe aussi de l’avenir, celui de préserver la création. C’est pourquoi elle est « ultramoderne ».

L’écologie de l’école Thunberg en vient, finalement, à ambitionner un retour en arrière, vers un monde imaginé plus propre et plus sain ; en cela, cette pensée est archaïque. Le mythe du bon sauvage ne serait plus le point de départ de la société mais son aboutissement. L’état de nature ne serait plus l’origine mais le but des sociétés. C’est le paradoxe du progrès prôné par l’écologie radicale. Son primitivisme idéologique demande à l’humanité de faire machine arrière, de garder non pas son cœur d’enfant mais son esprit d’adolescent, un esprit de révolte face à un monde où l’ordre qu’il présente fait obstacle à tous ses enfantillages.

Greta Thunberg est à l’image de ce monde, et les adultes qui l’ont choisi bien plus fautifs.

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