Avec la reprise (mollassonne), on se met à sonder les cœurs et les âmes. Le malaise existentiel est comme le temps : il s’accumule en nuées sombres qui crèvent au-dessus de nos têtes. Sous cet angle, « l’été peut être “meurtrier” », dit, au Point, le sociologue Jean-Claude Kauffmann. « L’assignation à résidence avec le gîte et le couvert fournis a développé des visions existentielles différentes » et, du coup, « l’effondrement mental menace »

C’est à ceux-là – celles-là, plus précisément – que Le Figaro s’intéresse aujourd’hui : « Charge mentale au travail : ces mères de qui n’en peuvent plus. »

Selon les résultats d’une étude IFOP-Mooncard publiés mardi, près d’une mère sur deux affirme avoir « souvent » l’impression « qu’elle ne va pas s’en sortir » dans son travail et 85 % d’entre elles éprouvent « des difficultés à concilier vie professionnelle et personnelle ».

Pour établir le diagnostic, on a listé les maux : « Stress ressenti au travail, esprit préoccupé le soir et le week-end, impression “de ne pas s’en sortir”, difficulté à s’endormir et sentiment d’intrusion du travail dans la vie personnelle. » Autant d’éléments qui ont permis à l’IFOP de produire un nouvel indice qui mesure la charge mentale liée au travail.

Sur cette échelle de Richter du stress, les mères explosent les compteurs : « Pour les femmes avec enfants à charge interrogées, le constat est sans appel : leur indice culmine à 5,2 quand il atteint 4,6 en moyenne pour les hommes. Non, pour ces mères de famille, changer des couches, conduire les enfants à l’école ou faire des courses ne permet pas de s’évader des difficultés de la vie professionnelle. Au contraire, les deux préoccupations, pour le foyer et le travail, semblent s’additionner et ce parfois dangereusement. »

Un stress qui s’est accru durant les confinements, quand il a fallu « supporter » les enfants à la maison et se concentrer sur l’ordinateur, gérer les rendez-vous sur Zoom et surveiller l’école en ligne. « Je devais bosser intensivement, les enfants n’étaient pas à l’école, la maison était bruyante et la maîtresse donnait des devoirs à la maison comme si on n’avait que ça à faire ! », dit une architecte, mère de quatre enfants, qui « a vu les entre sa vie professionnelle et sa vie privée se brouiller au point de menacer son équilibre de vie ».

On s’étonne que personne ne pointe ici cette habitude très française qui consiste, côté employeur (ou du moins management), à ne pas respecter la frontière entre vie professionnelle et vie privée. C’est le tribut trop souvent demandé aux cadres, dans ce pays où il est fort mal vu d’éteindre téléphone ou ordinateur en rentrant chez soi quand on ne fait pas de la « réunionnite » le baromètre de l’efficacité.

C’est très français, redisons-le, et l’on reste pantois devant cette remarque concernant l’architecte citée plus haut : « Pour préserver sa vie privée, la jeune architecte s’est organisée : elle demande à tous ses clients de ne pas la solliciter après 21 heures et pendant le week-end. » Au temps lointain où l’on enseignait les règles de bienséance, personne n’aurait songé téléphoner après 21 heures ou le week-end !

On s’étonnera, après cela, que « 48 % des salariés français se disent démotivés » (étude de Workday). Partout, dit Jean-Claude Kauffmann, « ces longs mois d’inactivité ont favorisé des réflexions plus larges sur le sens qu’il y avait à “perdre sa vie à la gagner” ». Et les mères plus que d’autres, sans doute…

23 juin 2021

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