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Armées - Editoriaux - 19 janvier 2020

Grand témoin de l’Histoire, l’amiral Lacoste nous a quittés mais continue de nous inspirer

Grand témoin et acteur de l’Histoire, l’amiral Pierre Lacoste nous a quittés, ce lundi 13 janvier. Son legs intellectuel et moral reste une source salutaire d’inspiration pour chacun, simple citoyen ou dirigeant.

Il aurait pu se contenter d’une brillante carrière classique et prédéterminée. Mais, porté par des circonstances exceptionnelles et par un degré élevé d’exigence personnelle, sa vie est un modèle d’accomplissement cohérent, dont quelques traits marquants nous édifient à une époque déboussolée et démoralisée.

Un humaniste réaliste et optimiste

Altruiste empreint de valeurs chrétiennes, l’amiral Lacoste exprimait une profonde attention et une sincère sollicitude envers son prochain. Évadé à l’âge de 19 ans de la France occupée pour rejoindre, en 1943, les Forces françaises libres en Afrique du Nord, il a eu très tôt le sens du coût et de la valeur de la liberté et de l’honneur. Alors qu’il aurait pu profiter tranquillement d’une retraite bien méritée, on appréciait la disponibilité, l’ouverture d’esprit et la capacité d’écoute dont il a fait preuve jusqu’au bout de ses forces. Inquiet de la dérive de nos sociétés matérialistes, il alliait le pessimisme de l’intelligence à l’optimisme de la volonté.

Un homme d’action éthique et de réflexion stratégique

L’amiral Lacoste entretenait une vaste culture pluridisciplinaire. Son ouvrage Un amiral au secret retrace quelques-uns de ses repères intellectuels et philosophiques. Inspiré par le précepte bergsonien « Agir en homme de pensée et penser en homme d’action », il a alterné des commandements opérationnels à la mer, des postes de réflexion stratégique et de direction de l’École supérieure de guerre navale. Son éthique de responsabilité a suscité la confiance de dirigeants politiques méfiants envers le monde de la défense. Après avoir été chef du cabinet militaire du Premier ministre Raymond Barre, il a été appelé, en 1982, par le Président Mitterrand à diriger la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE). Alors qu’il estimait ne pas y être préparé, il a néanmoins accepté par dévouement désintéressé au service de son pays. Sous forte pression politique, il a été amené, en 1985, à autoriser le sabotage d’un navire de Greenpeace, dont il n’était pas convaincu des chances de succès (l’affaire du Rainbow Warrior). Mais l’enjeu était l’indépendance stratégique de la France et la fin proche des essais nucléaires en milieu naturel. La mort involontaire d’un photographe ayant causé un scandale d’État à l’échelle internationale, la malhonnêteté et la lâcheté des plus hauts responsables de l’époque l’ont amené à démissionner pour assumer, seul, le déshonneur politique de la France. Malgré une profonde blessure personnelle, il ne s’est jamais vengé par des révélations publiques fracassantes. Un haut fonctionnaire bien placé témoigne que l’amiral Lacoste était « un homme d’honneur ; un des rares ayant respecté sa parole donnée jusqu’à la démission ».

Un homme libre et engagé

Un diplomate de haut rang témoigne aussi que l’amiral Lacoste était « un homme libre, avant tout politiquement incorrect, c’est-à-dire capable de dire des vérités saines à ceux qui ne voulaient pas les entendre, et surtout concentré sur sa mission ». Rare militaire militant, il a, tout au long de sa retraite, mené inlassablement d’autres combats utiles à son pays.

Fort de son expérience des processus de décision, il a été l’un des plus actifs promoteurs des sciences de l’information et de l’intelligence économique, contribuant à former le plus grand nombre à une culture saine de l’information.

Inquiet des dérives criminelles des démocraties, il a dénoncé à de nombreuses reprises le phénomène persistant des mafias . À cette gangrène sociétale, il associait la « trahison des clercs »*, des nombreux responsables politiques et hauts fonctionnaires qui, par carriérisme, médiocrité intellectuelle et morale, logiques corporatistes sectaires, ont conduit notre pays dans son état de délabrement actuel. Son dernier vœu était celui d’une renaissance de la France.

Que cet hommage, qui n’est pas un panégyrique post mortem, puisse refléter le sentiment de tous ceux qui ont connu et apprécié l’amiral Lacoste. Et, surtout, que son exemple continue de nous inspirer, simples citoyens et dirigeants.

* En référence au pamphlet du philosophe Julien Benda, La Trahison des clercs

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