L’immigration, un sujet comme un autre ? Démissions en cascade, fuites, découpage du programme, recrutement d’élus de troisième zone : les programmateurs de l’émission de ce jeudi soir sur France 2 sur le thème « Immigration : comment la maîtriser », animée par Caroline Roux, tentaient toujours, ce jeudi 9 novembre, à quelques heures de la diffusion en direct, de sauver le programme du naufrage.

L’idée de départ avait pourtant la force de l’évidence : l’immigration compte parmi les premières préoccupations des Français. Le Rassemblement national prospère sur ce thème dans les sondages de popularité comme d’intentions de vote. Les Français réclament à cor et à cri des mesures franches. Le gouvernement se saisit de cette thématique avec la loi Immigration sur laquelle il y a des choses à dire... Bref, il y a un sujet, comme on dit dans les rédactions. Sur son site Internet, France 2 l’a d’ailleurs résumé, ce sujet : « Comment et pourquoi réguler les flux migratoires ? Doit-on régulariser les sans-papiers qui travaillent dans des métiers en tension ? Faut-il durcir les conditions du regroupement familial ? Comment faire appliquer les obligations de quitter le territoire ? »

Courage, fuyons !

Des sujets centraux, qui intéressent tous les Français. Au départ, donc, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin devait défendre ses positions et sa loi, en guest-star sur le plateau, face aux leaders des grands partis. Mais voilà, la démocratie française qui se fourre la tête dans le sable depuis quarante ans sur cette question, à grand renfort de mensonges et de non-dits, peine visiblement à regarder le désastre en face. Le pouvoir ne semble pas très à l’aise.

Le ministre Gérald Darmanin a ainsi fait faux bond sur une première formule, suivi du porte-parole du gouvernement Olivier Véran puis d'Éric Ciotti, comme le remarque Marion Maréchal.


Côté LR, on explique qu'Éric Ciotti aurait renoncé pour des raisons internes liées au débat en cours avec Olivier Marleix, le président du groupe LR à l'Assemblée, plus dur sur la loi Immigration.

Jordan Bardella a, du coup, lui aussi décliné l'invitation, contraignant la chaîne à remettre à plat le concept de l’émission. Finalement, France 2 aurait choisi d’organiser deux plateaux successifs : un en prime time, l’autre plus tardif pour les obscurs. Le premier plateau devrait réunir Sabrina Agresti-Roubache, la secrétaire d’État chargée de la Citoyenneté et de la Ville, que le gouvernement envoie courageusement au front (apparemment, on ne s’est pas battu, chez les macronistes, pour défendre la loi Darmanin), le conseiller régional LR d’Occitanie Aurélien Pradié, le député LFI-NUPES François Ruffin, un peu à part dans son parti, et la tête de liste de Reconquête aux élections européennes Marion Maréchal, seule vraie personnalité nationale de la bande. Les éléphants de la gauche, les LFI canal historique, les PS ou les Verts, par exemple, ne se sont pas précipités pour ferrailler sur ce sujet majeur. Courage, fuyons ! Finalement, Gérald Darmanin et Jordan Bardella devraient se joindre aux débatteurs en duplex. On doit s’éponger le front, à France 2, en espérant que l’échafaudage fragile ne s’effondre pas d’ici l’émission.

Péril majeur

Mais on ne tient pas les téléspectateurs en haleine deux heures durant avec Agresti-Roubache, Pradié ou Ruffin. France 2 a donc prévu un deuxième plateau. Il confrontera, cette fois, la combative députée RN Laure Lavalette, conseillère régionale RN de Provence, le maire de Briançon Arnaud Murgia, ancien LR proche de Muselier, le maire de Rouen et Premier secrétaire « délégué » du PS Nicolas Mayer-Rossignol et le communiste Ian Brossat, sénateur de Paris et porte-parole du PCF. Il ne faut pas être grand clerc pour deviner que l’audience de cette deuxième partie ne crèvera pas les records de la chaîne…

En attendant, on patine toujours, à France 2 : en fin de matinée, ce 9 novembre, les débatteurs n’avaient toujours pas reçu le détail des sujets de l’émission. Le spectacle d’une classe politique et de médias étouffés par les tabous, apeurés, incapables ne serait-ce que d'évoquer un péril majeur pour le pays et complètement coupés des préoccupations des Français.

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09 novembre 2023 à 17:30

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34 commentaires

  1. Cette émission était impossible à faire , car nous avons un Président qui ne veut pas en entendre parler d’immigration en France, il est persuadé qu’il n’y en n’a pas , et que seule l’union européenne dirigée par Madame von de machin à décidé qu c’était une question qui se posait pas . Circulez, il n’y a rien à voir .

  2. Les Français sont saturés de discours philosophiques et de considérations humanitaro-gauchistes qui ont amené le pays dans l’état d’insécurité qui nous affecte tous.
    Un peu de réalisme et de volonté d’en sortir sont nécessaires à toute inflexion de la politique migratoire , et appellent à des mesures « populistes » (au bon sens du terme)

  3. Ainsi que j’ai eu déjà l’occasion de l’écrire à plusieurs reprises, la devise de la France devrait être remplacée par la suivante : « couardise, deux poids deux mesures, impuissance », qui sont devenues les caractéristiques les plus évidentes de la situation politique.

  4. On se demande pourquoi le Ministre en charge ne va pas à ce genre de débat et qu’il envoie une doublure…

  5.  » Jordan Bardella a, du coup, lui aussi décliné l’invitation, contraignant la chaîne à remettre à plat le concept de l’émission  » ! Ce n’est pas ce qu’a dit Jordan Bardella Hier soir dans l’émission  » L’heure des Pros ». Il a expliqué qu’il a renoncé d’y aller parce que Gérald Darmanin et autre « star » dont j’ai oublié le nom, avait refusé de débattre avec lui. Lâcheté quand tu nous tiens …………

  6. Quand on parle d’immigration, 15 à 20% de la population française qui est d’origine émigrée se sent agressée. Voilà la raison du malaise

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