Culture - Editoriaux - 14 septembre 2017

La grammaire à l’épreuve du machisme

L’actualité en septembre, c’est la rentrée. Qui dit rentrée dit école, qui dit école dit… grammaire. La grammaire qui vous a fait transpirer ou vous a éclairé, la grammaire qui donne à la langue nuances, sens, clarté… Cette vieille dame est aujourd’hui la victime, bien malgré elle, de nos enragées de la lutte des classes. Venue du fond des âges donner à la langue française son statut de langue philosophique, elle serait coupable d’un des crimes les plus affreux de notre époque, un crime impardonnable : la grammaire est coupable de machisme !

Rien de moins…

Souvenez-vous de vos leçons de l’école primaire, vous avez répété béatement (et, pour tout dire, sottement) avec votre enseignant – qui, la plupart du temps, était une enseignante – « le masculin l’emporte sur le féminin”

Horreur ! Scandale dans le landerneau : quelle est cette langue qui aurait l’outrecuidance de sanctuariser la mâle domination ? Il fallait urgemment pallier cette archaïsme d’un autre âge.
Et pourtant, n’en déplaise à nos incultes linguistes, la grammaire française a de tout temps été inclusive !

Et les coquetteries qui fleurissent ici où là (é-e-s), des insultes à nos yeux, mais aussi des insultes à Sand, Molière, Zola, la baronne de Staël, Hugo, Colette et tant d’autres. C’est bien tout le sens ce refrain, mal interprété, je vous le concède : en accordant avec la même valeur masculin et féminin, la langue nous signifie qu’il n’y a pas lieu de donner un traitement différencié aux hommes et aux femmes, leur nature étant différente, mais leurs valeurs égales.
Des trois genres latins (masculin, féminin et neutre), seuls deux subsistent en français. En absorbant avec lui le neutre, le masculin faisait au féminin la délicatesse de ne pas l’affaiblir.
Il est vrai que, pour qui la galanterie est une marque de goujaterie, ce genre d’argument ne peut satisfaire… C’est ainsi que la plupart des titres et fonctions n’ont pas de forme de féminin. En effet, un docteur, titulaire d’un doctorat de médecine, ayant été validé par le collège universitaire, ne sera pas plus compétent qu’il soit homme ou femme.

Un auteur doit son succès à sa plume et non à son sexe. J’avouerai ici que, jeune lectrice, je me figurais que George Sand et Agatha Christie étaient des hommes, mais cette question réglée n’enleva rien au plaisir que leur lecture m’apportait.

Alors qu’aujourd’hui, nous voyons fleurir des députées et des préfètes, lequel d’entre nous ne s’est pas demandé si leur carrière était le reflet de leur mérite ou d’une injonction à la parité ? Voilà le résultat absurde de combats mal menés. Est-il besoin de rappeler que la pharmacienne est l’épouse du pharmacien, la générale la conjointe du général ? Aucun prérequis, si ce n’est savoir dire oui.

Une fois de plus, nous assistons impuissants à une surenchère d’inculture, un enlisement dans le rejet obligatoire d’une soi-disant longue, trop longue période d’effacement de la femme. Gageons que nos grammairiennes en herbe n’auront pas la postérité de Jacqueline de Romilly. Pour l’heure, la condition féminine doit plus à la première femme professeur au Collège de France qu’à nos chiennes de garde de l’administration.

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