« Elle est si fragile, si petite, si mignonne. ». Cette tendresse extrêmement touchante des Britanniques exprimée sur BFM TV, ce jeudi, en dit long sur l’attachement et la vénération du peuple à l’égard de leur reine. Ils sont venus de loin, ils ont campé ; pour rien au monde ils n'auraient manqué ce jubilé. Tandis que notre ministre de l’Intérieur a menti et honteusement accusé les Anglais des débordements du Stade de France, ceux-ci nous donnent à l’inverse une magistrale leçon de patriotisme. So chic! Quel Français achèterait en effet un mug, un parapluie, un tapis de bain ou une boite à biscuits à l’effigie d’Emmanuel ou Brigitte Macron ?

La a décapité ses souverains et, depuis, c’est elle qui marche sur la tête, reniant ses racines et son pour se fondre dans un magma uniforme, insipide et mondialisé. Les septennats ou les quinquennats semblent bien légers à côté de la longévité exceptionnelle du règne d’Élisabeth II. À 96 ans, elle a déjà côtoyé dix Présidents français et incarne donc la continuité de l’Histoire, contrairement à nos dirigeants de passage depuis que nous avons renié notre héritage du « roi est mort, vive le roi ».

La reine offre à son peuple cette figure maternelle rassurante. Pendant le Covid, lors de son allocution télévisée du 5 avril 2020, elle n’a jamais prononcé les noms de virus ni rappelé les gestes barrières, mais elle a réconforté ses sujets par ses paroles « We’ll meet again » (« Nous nous reverrons bientôt »). Un discours dont les commentateurs ont souligné la valeur émotionnelle et collective que nous n’avons jamais ressentie en avec le pathétique « Nous sommes en guerre » d’ ou la litanie des injonctions sanitaires répétées inlassablement par les membres du gouvernement.

La reine fédère ses sujets autour d'un sentiment d’appartenance et de cohésion, un lien que notre nation multifracturée ne connaît que lors des grands matchs (et encore !), voire une fois par an lors du défilé du 14 Juillet. Les autres jours, nous, Français, sommes bien incapables de marcher en rangs serrés. Avec 85 % d’opinion favorable (sondage Yougov), Élisabeth II demeure la personnalité préférée de la famille royale, des chiffres à faire pâlir de jalousie Emmanuel Macron et ses 44 % de Français estimant qu’il est un bon Président (baromètre politique Odoxa-Mascaret du mois de mai).

Enfin, la reine incarne des traditions multiséculaires. Critiquée pour son entourage jugé trop conservateur, Élisabeth II a traversé les turbulences de la monarchie en faisant le serment de servir ses sujets jusqu’au bout. Qu’avons-nous fait, nous, Français, de nos traditions, à part les critiquer, s’en éloigner pour vanter la déconstruction et le progrès ?

Alors, malgré les querelles historiques entre nos deux pays, nous ne pouvons qu’admirer et envier l’Angleterre qui honore sa reine avec quatre jours de jubilé, à travers quatre jours de ferveur et de grandeur. Nos Présidents ont beau jeu de célébrer leurs grands événements au pavillon de la Lanterne ou d’accueillir les dirigeants de l’Union européenne sous les ors du château de Versailles, ces emprunts à la monarchie ne trompent pas. Il leur manquera toujours cette transcendance, cette dimension sacrée, cette verticalité qui, dans une société qui rejette tout ancrage et tout repère, ne confond pas relativisme et vérité.

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2 juin 2022

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64 commentaires

  1. Je suis sans illusion , votre robot informatique va de nouveau me censurer . Mais savez-vous que le 30 juillet 1875 , mon trisaïeul n’a fait voter , par 353 voix contre 352 , la république qu’à titre TRANSITOIRE , pour un septennat , date prévisible du décès du Duc de Chambord , afin de réunir de nouveau le Congrès à Versailles , et de rétablir la monarchie ? C’est encore possible , par voie référendaire .

  2. Un grand merci à Robespierre et sa clique pour la radicalité de la folie sanguinaire qui n’eut de cesse de raccourcir des milliers d’innocents en les livrant au couteau de la « veuve » sur simple décision d’un tribunal révolutionnaire. Une fois de plus, nous avons montré notre incapacité à prendre les décisions affranchies de la folie d’un moment. On ne peut qu’envier la cohésion du peuple Anglais dans les pires moments

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