Editoriaux - Politique - 22 août 2019

Gaspard Gantzer : ce qui pose problème, à Paris, ce sont les touristes !

Dans la course aux municipales qui se dessine à Paris, il va, vu l’abondance des candidats, être difficile de sortir du lot. Tous ou presque issus du même moule à gaufres, il ne leur reste guère, pour se démarquer, que la surenchère démagogique.

Problème : entre bonnet blanc, blanc bonnet, bonnet écru ou écru bonnet, il faut trouver et viser juste son cœur de cible.

Autre fait dont nous voyons la traduction dans les urnes à chaque scrutin : le Paris qui vote roule à gauche. En trottinette. Pique-nique sur les bords du canal Saint-Martin. Gauche de principe et friquée qui ne carbure plus au caviar mais aux smoothies, fréquente les bars à soupe plutôt que la Tour d’argent. C’est cette nouvelle gauche de centre mou à vocation écolo que visent quasiment tous les candidats situés entre La France insoumise et le Rassemblement national.

Dur dur, alors, de se démarquer. C’est là, sans doute, qu’il faut trouver l’explication du nouveau cheval de bataille du dénommé Gaspard Gantzer. Un pur produit du cénacle : Sciences Po Paris, ENA, porte-parole de Delanoë, conseiller de François Hollande… Une tentative avortée aux législatives sous la bannière LREM et le voilà qui reparaît en « candidat libre » à la mairie de Paris. Et s’offre un coup de com’.

Gaspard Gantzer trouve qu’il y a trop de touristes à Paris, pense qu’ils dénaturent notre belle capitale. Il est à la recherche de son « village » et voudrait retrouver les teintes sépia d’Amélie Poulain. Ce faisant, il envisage de limiter le nombre de nuitées autorisé par Airbnb et interdire les cars touristiques.

Sur RMC, il déclare : « Airbnb a Paris comme deuxième marché mondial, cela transforme certains quartiers en parc d’attractions. » « Je trouve qu’il y a trop de touristes à Paris », dit-il, « la ville perd son âme de village. Cette ville doit d’abord être pour les Parisiennes et les Parisiens. »

Il est mignon, ce garçon. Où a-t-il vu que Paris perdait son âme ? Certes, nous ne fréquentons pas les mêmes lieux, mais je connais, moi, des quartiers où l’esprit de village a survécu, c’est même « exactement comme là-bas », dis… Tenez, un exemple, prenez la place des Fêtes si bien nommée : les femmes en boubou s’y rassemblent autour de la pyramide comme les hommes pour la palabre autour du marabout. Tout pareil. Si ça n’est pas l’esprit de village… Comme dit un twitto qui doit, lui aussi, connaître le XIXe arrondissement : « Paris, hormis encore quelques arrondissements, c’est plus kirikou qu’Amélie Poulain. »

Gantzer insiste : « On est en train de devenir Venise ou le centre de Rome, et c’est épouvantable et c’est un enfer. » Dans Libération, il déplore : « Une ville dont la principale ressource devient le tourisme est une ville qui est sur le point de mourir. » Eh oui, le tourisme rapporte, chaque année, 21,5 milliards d’euros à la région… Une honte. La faute à Mme Hidalgo et sa bande qui ont « transformé des quartiers entiers de Paris en parc d’attractions, qui sont devenus des paradis pour les touristes et instagrameurs du monde entier mais invivables pour les Parisiens, comme le Trocadéro, le Champ-de-Mars, Montmartre, Saint-Germain-des-Prés et le Marais ».

En vérité, tout cela n’est pas très clair et Gantzer s’emmêle un peu les pinceaux sur les couleurs de la carte postale car les touristes, justement, cherchent l’introuvable décor d’Amélie Poulain. Hélas, « il y a fort longtemps que Paris ne ressemble plus à celui d’“Amélie Poulain” ! C’est maintenant une ville sale, clochardisée, enlaidie et polluée… », commente un internaute. Ce qu’un autre résume plus trivialement : « Donc, si je comprends bien, les racailles sans papiers qui foutent le bordel, l’insécurité et la saleté à Paris sont les bienvenus, par contre les touristes sont persona non grata ? »

Détail, en passant : la société 2017, un cabinet de conseil en stratégie et communication, dont Gaspard Gantzer a été « l’associé et fondateur », a commercé avec Airbnb…

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