La fièvre n’est pas encore passée que la France se réveille avec une sacrée gueule de bois. Mais elle cache sa honte sous le maquillage d’un patriotisme exacerbé et raconte à tous qu’elle était en liesse pour fêter son adhésion sans retenue aux valeurs universelles. Elle veut, ainsi, montrer au monde sa grandeur, sa présence essentielle dans le concert des nations et sa prééminence dans le magma mondialiste qui l’engloutit petit à petit. “Vous voyez, dit-elle, rappelant le tableau célèbre d’Eugène Delacroix, je suis forte, debout sur les barricades du repli sur soi et du nationalisme pour vous montrer le chemin ; je brandis haut le drapeau de notre fierté, il claque au vent pour vous appeler, pour vous fédérer, pour que vous soyez fiers d’être de bons patriotes au service de votre pays et de votre propre et noble existence !” Et la marée humaine des Français de suivre l’étendard comme un seul peuple, criant à perdre voix son patriotisme pour tenter de faire de cette fête le symbole d’une France nouvelle.

“Le foot est populaire parce que la stupidité est populaire”, déclarait, en 2014, l’écrivain sud-américain Jorge Luis Borges cité dans un article de Clément Solym pour le journal en ligne ActuaLitté-les univers du livre. L’écrivain reliait le fameux sport à une forme d’abrutissement de masse. En effet, Borges ne manquait pas de critiquer la conversion des masses en supporters dénués de tout sens critique… Par ailleurs, il critiquait le nationalisme suscité par le foot – nationalisme qu’il n’hésitait pas à relier à une forme de fanatisme : “Le nationalisme n’autorise que les affirmations. Toute doctrine se débarrassant du doute ou de la négation est une forme de fanatisme et de stupidité”, expliquait l’écrivain.

Dans ces conditions, il paraît pertinent de souligner que le patriotisme revendiqué par la quasi-majorité des Français porteurs de leurs signes tricolores distinctifs n’est qu’un leurre. D’ailleurs, la définition du patriotisme est claire. “Le patriotisme est le dévouement d’un individu envers son pays qu’il reconnaît comme étant sa patrie.” Où est le dévouement, en l’espèce ? S’agissant de cette « équipe de France », s’il faut être français pour en faire partie, cela n’empêche pas de se vendre aux clubs les plus offrants à l’étranger. Samuel Umtiti, né à Yaoundé au Cameroun, devenu français à l’âge de deux ans, inscrit au FC Barcelone, ou Steve Mandanda, né à Kinshasa, devenu français à l’âge de deux ans également, inscrit un temps à la formation anglaise Crystal Palace Football Club, en sont deux exemples. Il semble bien que le patriotisme soit moins lucratif que l’exil. Quant aux supporters, le nombre de drapeaux tricolores piétinés et salis retrouvés après cette « grand- » semble également laisser peu de doute sur la vraie nature de leur « patriotisme ». Les deux groupes ne servent, en fait, que la cause des dirigeants – mondialistes pour la FIFA et nationaux pour la France – qui y trouve, comme le souligne Borges, les éléments nécessaires à leur mainmise sur la conscience d’une masse populaire qui se laisse porter par un ersatz de foi patriotique.

Les déguisements et les drapeaux tricolores sont légion. C’est beau ! Les images de cette fête sont dignes d’une liesse comme celle que nos parents patriotes vécurent à la . Sauf que celle-ci laissera – on l’a vu dans toute la France – des magasins pillés, des dans toutes les villes de France et même des enfants blessés – à , notamment. Toutes exactions qui n’ont rien à voir avec un combat de patriotes et qui seront soigneusement occultées par les pour ne pas gâcher la « fête ».

! Paris outragé ! Paris brisé ! Paris martyrisé !”, disait le . Un combat de vrais patriotes l’avait alors libérée après six années de guerre. Aujourd’hui, la France a été souillée, mais cela ne pose aucun problème à tous ces pseudo-patriotes qui se disent fiers d’avoir gagné et qui, au contraire de la libérer, la soumettent chaque jour plus au diktat d’un sans âme !

19 juillet 2018

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