Editoriaux - Santé - Société - 26 juillet 2019

Fille ou garçon : le projet de loi bioéthique fait l’impasse sur le sujet

Le projet de loi bioéthique présenté mercredi en Conseil des ministres ne faisait pas référence aux personnes atteintes d’hermaphrodisme ou, plus souvent, de pseudo-hermaphrodisme, malgré les appels d’un Collectif Intersexes et Allié-e-s, qui se veut le représentant de ces personnes à qui la nature n’a pas permis d’harmoniser son identité génétique avec son identité corporelle ; cette anomalie congénitale qui complique la détermination du sexe concerne environ une naissance sur 5.000.

Ces personnes se définissent elles-même comme étant « nées avec des caractères sexuels (génitaux, gonadiques ou chromosomiques) qui ne correspondent pas aux définitions binaires types des corps masculins ou féminins. Intersexe est un terme coupole englobant les expériences d’être né.e avec un corps ne correspondant pas à ce que la société attribue au masculin et au féminin. »

Lors de la naissance d’un enfant, les parents ont trois ans pour choisir l’assignation du sexe qu’ils souhaitent donner à leur enfant, afin de l’inscrire à l’état civil selon une classification homme/femme. Ils font alors le choix d’un sexe défini, selon la plus forte présence de caractéristiques masculines ou féminines, ce qui entraîne dans la plupart des cas des opérations chirurgicales afin de pouvoir respecter, si possible, « les normes » en vigueur. Ces modifications du phénotype par une action chirurgicale peuvent être considérées comme une mutilation et plusieurs institutions françaises ou internationales de défense des droits de l’homme donnent raison aux militants luttant contre les opérations d’assignation.

Récemment, un homme de 38 ans, infirmier, a porté plainte contre les médecins et les établissements hospitaliers qui l’avaient opéré à l’âge de 3 ans pour le faire devenir garçon, car il estime souffrir toujours des séquelles des opérations subies dans l’enfance alors qu’à cette époque, son « intersexuelisation » ne le mettait pas en danger de mort.
« Nous sommes des êtres humains né.e.s avec des caractéristiques sexuelles pouvant être attribuées aux deux en même temps, ou bien ne pas être entièrement l’un ou l’autre, ou bien encore ni l’un ni l’autre. Nos corps et nos caractéristiques sexuelles sont des variations saines et naturelles des sexes humains », déclare le Collectif Intersexes et Allié-e-s.

Cette association lutte pour épargner la santé de l’enfant jusqu’à ce qu’il soit en âge de choisir s’il veut modifier son corps, estimant qu’« on peut assigner un genre à l’enfant et l’élever comme tel sans pour autant autoriser de lourdes opérations sur ses parties génitales ».

On peut comprendre ce genre d’arguments qui ne remet pas en cause la binarité de la société, mais qui permettrait à l’enfant de modifier son corps, s’il le désire, à un âge où il serait en capacité de choisir.

Il est vraiment dommage que ce sujet n’ait pas été mis à l’ordre du jour dans les réflexions des comités de bioéthique, car il fait intervenir de nombreuses notions, portant autant sur le droit des individus à disposer eux-mêmes de leur corps que sur des notions purement physiologiques ou éthiquesn pour ne pas dire morales.

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