Sur la carte du front, au soir du 1er mai, sept départements, placés par erreur en orange ou rouge, étaient repassés dans le vert. Tous ces petits départements ruraux qui faisaient tache au milieu d’une France du Grand Ouest tout en vert : le Lot, le Tarn, la Dordogne, etc. Tous ? Sauf un : le Gers. Dernier vilain petit canard laissé à l’orange. Montré du doigt. Stigmatisé au milieu d’un grand pré vert, lui, l’inventeur du bonheur dans le pré, du confinement heureux au vert.

Comme dans les autres départements sortis de la tache orange samedi, le président du conseil départemental, le socialiste Philippe Martin, avait manifesté son scepticisme : « Malgré toute une série d’indicateurs positifs, baisse constante des hospitalisations et des réanimations, stabilisation des décès, baisse des passages aux urgences, bonne capacité d’accueil dans nos établissements de santé, notre département n’est pourtant toujours pas classé en vert. Cela me semble incompréhensible et je laisse les représentants de l’État, préfète du Gers et délégué départemental de l’ARS, le soin d’expliquer comment est établi dans notre département le critère relatif à la circulation du virus, et pourquoi l’évolution positive qui a été possible en Occitanie pour le Lot et le Tarn ne l’a pas été pour le Gers. »

Incompréhensible. Surtout depuis que le plus célèbre malade du coronavirus du Gers, Renaud Camus, avait annoncé lui-même, sur Twitter, sa sortie de l’hôpital d’Auch et son retour à Plieux, la veille du 1er mai.

Alors, comment expliquer cette mauvaise pastille orange ?

L’influence de l’homme à l’écharpe rouge, qui avait superposé les cartes du déconfinement et celle du vote RN, déclenchant la stupeur hilare de tous ? Aurait-il suspecté une percée du virus ennemi dans le Sud-Ouest ? Aurait-il confondu front et Front d’un autre temps ? Ouvert le mauvais tiroir ? Qu’il se rassure, le Conseil des ministres de samedi, qui a prolongé de deux mois l’état d’urgence sanitaire, a annoncé des contrôles et un suivi très stricts des patients. Le monde parle même de « mesures encore plus coercitives » ! Renaud Camus n’aura qu’à bien se tenir et se plier, à Plieux, au traçage gouvernemental.

En fait, l’anomalie du Gers s’expliquait certainement par une autre carte que celle du vote RN. En effet, sur celle qui fut publiée quelques jours après le confinement et qui faisait apparaître l’exode des Franciliens (plus d’un million…), le Gers apparaissait comme l’un des départements ayant connu l’une des plus fortes augmentations de sa population. Le Gers faisait déjà tache sur la carte. Il est notoire que ce département abrite d’innombrables résidences secondaires, de Parisiens notamment, de célébrités aussi. La presse people et la presse régionale nous informaient régulièrement des visites d’un certain François Hollande dans le château de sa nouvelle belle-famille Gayet. Le 15 février dernier, La dépêche relatait encore les séances de dédicace de l’ancien Président, accompagné de Julie Gayet, dans leur Gers chéri. La dédicace, au passage, c’est un truc qui doit être très contaminant Mais c’était le 15 février dernier, le monde d’avant… Depuis, François Hollande s’essaierait au difficile exercice de la dédicace en gants, masques, surblouses, surchaussures, visières – casque, ça peut faire l’affaire ?

Et il est peut-être possible que tous ces Parisiens en exil aient emporté avec eux le virus car, c’est bien connu, le virus ne connaît pas de frontières, surtout quand les TGV bourrés de virus les franchissaient allègrement. Et que ces exilés, même confinés dans leurs chaumières ou leurs châteaux gersois, aient développé la maladie, et contaminé quelques Gersois de souche, à la supérette de Lectoure. Et, vu les durées d’incubation, d’hospitalisation, les difficultés de mise en œuvre du confinement au début et les indicateurs retenus pour élaborer notre carte du soir (chiffres retenus sur les sept derniers jours), le virus aurait pu circuler ici un peu plus qu’ailleurs dans le sud-ouest.

Mais, ce soir du 3 mai, le Gers respire enfin, et toute la France avec lui. La grande nouvelle est tombée : Jérôme Salomon, notre nouveau Monsieur-météo vient de nous annoncer le Grand Basculement du Gers du orange vers le vert !

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