« L’ sera au cœur de la prochaine présidentielle », avait naguère pronostiqué Marine Le Pen. Bien vu, aurait assuré Ray Charles, car aujourd’hui, les yeux semblent enfin se déciller. Éric Zemmour se rue dans la brèche, reprochant même à l’ancienne présidente du une sorte de mollesse en la matière. Il n’est pas le seul.

Emmanuel Macron, dont on peut dire ce que bon semble sauf qu’il est idiot, a pris le problème en compte, assurant vouloir fermer le robinet à visas en direction du Maghreb. Simple posture ou vilaine imposture ? Peu importe : le potentiel candidat à sa propre réélection sait bien de quel côté souffle le vent. Chez les LR, n’en parlons pas. C’est à qui fera assaut de fermeté sur la question. Étrange, chez eux, cette propension à avoir la mémoire si courte quant au programme commun UDF-RPR de 1990 qui exigeait « la fermeture des frontières, la suspension de l’immigration », tout en réservant « certaines prestations sociales aux nationaux », avant de pointer l’« incompatibilité entre l’ et nos lois ». Mieux : « Le regroupement familial pose, par son ampleur, des problèmes très réels de logement, de scolarisation et d’encadrement social », notait le même programme.

On remarquera qu’à l’époque, Éric Zemmour, après avoir voté François Mitterrand, en pinçait pour Jean-Pierre Chevènement qui évoquait plus les problèmes de souveraineté que ceux d’immigration ; comme si les deux sujets n’étaient pas intimement liés. Mais cela, il ne le comprendra que plus tard ; ce qui est tout à son honneur, car personne n’a jamais fermé la porte aux ouvriers de la onzième heure.

Ainsi, que ce polémiste brillant ait envie de faire entendre sa voix jusque dans les urnes, rien que de très légitime. Qu’il donne dans le maximalisme, rien que de très logique. En revanche, qu’il réserve ses piques les plus acérées à la seule Marine Le Pen peut surprendre. À ce titre, le chapitre qu’il réserve à cette dernière dans son récent ouvrage, La France n’a pas dit son dernier mot, est révélateur d’un esprit saisi par cet hubris très français. Il consiste à prendre de haut ceux qui l’ont devancé, comme s’il fallait faire table rase du passé. Un comportement plus qu’étrange pour un conservateur déclaré. Marine Le Pen, donc, par ses soins citée : « Je sais que tu me méprises. Moi-même, après mon débat, je ne croyais pas m’en remettre. J’ai vraiment voulu tout arrêter… Tu ne m’as pas épargnée… »

Éric Zemmour, en fin historien de la chose politique, devrait pourtant savoir qu’un débat raté n’a jamais rien empêché. François Mitterrand a raté le sien face à Valéry Giscard d’Estaing en 1974. Sept ans plus tard, ce fut le contraire. Comme quoi… Pareillement, notre candidat putatif estime que « Marine Le Pen ne peut pas gagner ». Peut-être. Mais lui, est-il bien sûr de ne pas échouer ?

Voilà qui rappelle d’autres polémiques sur ces « machines à perdre » que furent, à en croire les commentateurs d’alors, François Mitterrand et Jacques Chirac. Au PS, on en pinçait pour Michel Rocard, tellement plus moderne que le vieux Florentin Mitterrand ; au RPR, c’était Édouard Balladur, tellement plus chic que le maire qui avait pris Paris à la hussarde, Jacques Chirac. La suite est connue.

Le Front national n’a pas échappé à cette règle et il est pour le moins étrange qu’Éric Zemmour ne s’en souvienne pas. Il se comporte aujourd’hui comme ceux qui estimaient que Bruno Mégret était un peu plus présentable que le reître Jean-Marie Le Pen, lui-même sacrifié, modernité oblige, au profit de sa fille Marine. Marine connut ensuite à peu près le même sort, en termes médiatiques s’entend, au profit de sa nièce, Marion. Laquelle, entrée en une semi-retraite politique, se trouve aujourd’hui supplantée par un agitateur de plateaux télévisés. Comme l’assurait jadis Jean Cocteau, « la mode, c’est ce qui se démode ». Il n’est pas forcément inutile de le rappeler.

29 septembre 2021

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