Réagissant à l'attaque du territoire israélien par le Hamas, Éric Zemmour lance un appel au gouvernement : pour lui, il faut dissoudre les Frères musulmans. Dans une courte vidéo publiée sur les réseaux sociaux, le patron de Reconquête explique : « Le sort d'Israël doit nous alerter.  [...] Au lieu de se payer de mots, que le gouvernement fasse sa part : il doit enfin interdire les Frères musulmans dont est issu le Hamas, il doit dissoudre les groupuscules pro-palestiniens qui soutiennent le djihad. » Dans la foulée, Reconquête a mis en ligne une pétition « Interdisons les Frères musulmans ! »

S'il ne fait aucun doute que l'organisation terroriste du Hamas est effectivement liée aux Frères musulmans, l'incrustation profonde sur le territoire français de cette mouvance islamique fait de son interdiction un défi de taille pour un Gérald Darmanin volontiers pusillanime et, il est vrai, régulièrement lâché par le Conseil d'État.

« Fort avec les faibles, faible avec les forts » : cela pourrait être la maxime du ministre de l'Intérieur, champion des dissolutions d'associations en tout genre. À son actif depuis 2017, la dissolution de 34 groupes. Un record sous cette Ve République. Le journal Le Monde croit y voir « une arme récurrente de la lutte du gouvernement contre le terrorisme djihadiste ». Il se trompe lourdement : parmi les 34 associations dissoutes de la main de Gérald Darmanin, seules 15 l'ont été « en raison de leur proximité avec l’islamisme radical ou le relais de discours djihadistes et antisionistes ». Sur ces 15, deux (ironie du sort), le Comité Action Palestine et le Collectif Palestine Vaincra, ont été repêchées par le Conseil d'État : leur dissolution a été annulée, ce qui porte à 13 le nombre d'associations islamistes effectivement dissoutes depuis 2017. Les efforts gouvernementaux se sont portés ailleurs, notamment sur 13 associations « proches de l'extrême droite » (et trois d'une autre nature). Dernière en date, Civitas, un cas expédié en à peine quelques semaines. Ce déséquilibre est à mettre en parallèle avec les centaines de victimes françaises du terrorisme islamique et le nombre - que l'on peine à trouver -  des meurtres à mettre sur le compte d'obscures milices d'extrême droite.

Les Frères musulmans, une nébuleuse

La pusillanimité des pouvoirs publics n'explique pas tout. Car cibler les Frères musulmans n'est pas aussi simple que le laisse penser Éric Zemmour. Comme l'explique un repenti de la confrérie frériste, Mohamed Louizi, auteur de Pourquoi j’ai quitté les Frères musulmans, aux Éditions Michalon, « les Frères musulmans s'emploient depuis le début des années 1980, sur le Vieux Continent, à acquérir divers "territoires" privés pour inscrire, dans la durée, leur récit islamiste comme élément du récit national de chaque pays de l'Europe. Cette opération s'appelle le "Tawtine". Elle est exécutée par la construction de mosquées-cathédrales et d'établissements scolaires privés, d'acquisitions immobilières diverses et variées, etc. » Ce que confirme l'ouvrage de Florence Bergeaud-Blackler : cette chercheuse a enquêté sur les innombrables associations et centres islamiques ouverts partout en France et investis dans le champs de l'aide sociale. Son enquête lui a valu menaces de mort, interdiction de conférence à la Sorbonne et mise sous protection policière. Des preuves supplémentaires de l'impunité des réseaux fréristes sur notre sol.

Volonté politique

La lutte ne semble pourtant pas impossible, selon Mohamed Louizi. Dans les colonnes du Point, en novembre 2020, il déplorait déjà « les annonces sans effets du gouvernement [...] : pourquoi s'attaquer à BarakaCity et épargner des structures des Frères musulmans, beaucoup plus puissantes et plus tentaculaires qu'elle ? » Louizi donnait des pistes concrètes : « Il faut cibler le cœur du réacteur idéologique [...] Il faut assécher et tarir ses sources [...] dissoudre toutes les représentations des Frères musulmans en France et toutes les associations qui leur sont proches ou affiliées. L'exécutif doit exclure de toutes les discussions en cours autour de l'organisation du culte musulman les fédérations proches de près ou de loin des Frères musulmans : Musulmans de France, la confédération turque Millî Görüş pro-Erdogan, le Rassemblement des musulmans de France, proche des islamistes marocains, ainsi que l'association AMIF, coprésidée par Hakim el-Karoui et Tareq Oubrou. Si cela est fait, un acte fondateur symbolique aura été accompli. »

Quitte à se retrousser les manches, il serait bon d'aller balayer aussi devant la porte des institutions européennes, dont l'empressement à aligner toutes formes de connivences avec les réseaux fréristes dépasse les bornes. « Quand un frère musulman taille bien sa barbe le matin avant d'enfiler son costume italien trois-pièces pour se rendre à une réunion de lobbying à la Commission européenne, expliquait Mohamed Louizi, il pense à ce rêve-promesse d'Hassan al-Banna qui expliquait que "la bannière d'Allah" sera arborée au-dessus de l'Occident et que la Méditerranée et la mer Rouge redeviendront "islamiques". » On ne saurait plus clairement décrire le défi dressé devant l'Occident.

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10 octobre 2023 à 18:45

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33 commentaires

  1. Trop de lâches et de collabos en France comme dans « l’union » européenne pour tenter quoi que se soit contre l’islamisation de notre continent. Zemmour à bien sur raison mais il n’a aucun moyen, même si la majorité des Français pense comme lui, de faire bouger les choses. Il est Juif et de droite, c’est comme trainer un boulet enchainé à une enclume.

  2. Zemmour ? Il est bien seul quand il dit que notre civilisation est en guerre … il est bien le seul à montrer que la France est en guerre ! Si Macron se tait, on peut espérer qu’il vient de le comprendre et que les manifestations – je dis bien « manifestations antisemites » – qui ont lieu impunément en France est une ignominie sans nom qui doit être interdite et réprimée sans trembler.

  3. Éric Zemmour ne pense jamais que les choses sont simples, et c’est bien pour cela qu’il a installé Reconquête dans une mission de longue durée. Certes, à première vue, demander de dissoudre les frères musulmans paraît être une idée comme une autre à jeter en pâture aux français. Mais personne ne peut douter des compétences d’Éric Zemmour sur l’analyse du mal principal qui ronge notre société, à savoir un islamisme rampant. Et votre article souligne, au travers du « frère repenti » , que cela est possible, et même plus, nécessaire. Un article de plus pour dénigrer l’action de Reconquête.

  4. Quand on veut, on peut ! Dans tous les domaines, y compris et surtout, dans la gouvernance d’un pays. Mais il faut des gens ambitieux pour leur pays et non pas pour leur image. Il faudrait encore tenir plus de trois ans avec les incapables et les gros nuls qui gouvernent notre pays ?

  5. Les frères musulmans sont interdits en Autriche depuis les attentats de 2020.
    Ils sont aussi interdits en arabie , en Égypte et Jordanie.
    Aux emirats arabes Unis depuis 2014 , tout comme l’uoif devenu les musulmans de France classé organisation terroriste .

    Aux emirats arabes Unis 84 organisations ou ong islamistes caritatives sont classés terroristes..

    Certaines de ces organisations sont subventionnées par Bruxelles.
    Cherchez l’erreur.

    Christian Estrosi en 2016 proposait l’interdire des Frères musulmans.

    Parlons de l’université islamiste de la Nièvre. le souhait de voir l’État fermer les IESH institut de formation frériste tout comme Gilles Platret, maire LR de Chalon-sur-Saône le proposait dans son programme pour les régionales en 2021 pour le département de la Nièvre, tout comme 22 personnalités le demandaient aussi dans une lettre ouverte adressée au Président de la République, au Premier ministre et au ministre de l’Intérieur en 2020, signée notamment par Razika Adnani, philosophe, Julien Aubert, député du Vaucluse, Bruno Retailleau, sénateur de Vendée, Zineb el Rhazoui, Georges Kuzmanovic, président de République Souveraine, Valérie Boyer, sénatrice des Bouches-du-Rhône, Guillaume Bigot sur le site Atlantico.
    Lettre ouverte : “Pour une dissolution de l’organisation « musulmans de France » (ex-UOIF)”

  6. Ce n’est pas les frères musulmans qu’il faut dissoudre, mais toute la famille. Les pères, les mères, les filles, les fils, les soeurs qu’il faut expulser. Les renvoyer dans leurs terres de misère. qu’il n’ont jamais su faire fructifier.

  7. Interdire un groupement ce n’est que du verbiage, Zemmour comme d’autres politiciens en est friand.
    On les sort par la porte, ils reviennent par la fenêtre sous une autre étiquette, mais le contenu est le même.
    La solution est pourtant simple: éradication totale du mouvement.

  8. Les courants les plus doctrinaires des religions ne sont solubles qu’avec le temps et à condition de s’en méfier et d’agir en conséquence, c’est à dire pour ce qui concerne les pays européens en cessant en première priorité de l’alimenter par une immigration incontrôlée.

    1. Et Bruxelles qui subventionnent des associations islamistes…
      Certaines sont classées organisations terroristes aux emirats arabes Unis…

  9. On peut dissoudre tout ce que l’on veut, ce n’est pas çà qui fera partir l’ennemi ;il est là sur notre sol,

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