Le référendum d’initiative partagée (RIP) pour les animaux, avec six mesures en faveur du bien-être animal, pourrait menacer l’existence de la chasse traditionnelle.

Au micro de Boulevard Voltaire, réaction d’Éric Lebec, secrétaire de la société de chasse de l’île de Bréhat, en Bretagne.

Sur l’île de Bréhat, nous sommes une quinzaine de chasseurs pratiquant la chasse devant soi par petits groupes de deux ou trois, selon les affinités et les chiens des uns et des autres. Nous chassons sur à peu près un tiers du territoire de l’île de Bréhat. Cette île est bien connue comme étant une grande destination touristique au nord de la Bretagne. Le petit gibier devant soi, le lapin, le faisan, la perdrix, la bécasse et le pigeon. Et, à l’occasion, quelques gibiers d’eau qui viendraient à passer au-dessus de l’île.

Pouvez-vous être plus précis concernant le terme de « chasse devant soi » ?

La chasse devant soi consiste principalement à suivre les chiens qu’on emmène sur des champs ou des landes où on espère rencontrer du gibier. Ce sont les chiens qui conduisent la chasse, puisqu’ils sentent les odeurs laissées par les animaux sauvages. On suit donc les chiens jusqu’à ce qu’ils lèvent le gibier. On essaie de le tirer ou pas, selon les possibilités et les ruses.
C’est tout à fait la chasse ordinaire et classique telle que la décrit Marcel Pagnol dans ses souvenirs d’enfance, qui sont des pages remarquables sur ce qu’est la chasse devant soi. On l’appelle aussi la billebaude, comme le titre du roman de Vincenot, en Bourgogne.
C’est, en effet, une chasse traditionnelle qui demande une certaine résistance physique puisque nous marchons toute la journée. Nous sommes exposés au vent, à la pluie et au mauvais temps. Il ne vous a sans doute pas échappé que la chasse se pratique en fin d’automne et en hiver.

Dans l’actualité plus politique, une proposition de référendum d’initiative partagée, porté notamment par le journaliste Hugo Clément et les associations telles que AVA ou L214, proposent l’interdiction de cette chasse traditionnelle que vous pratiquez. Pourquoi vous opposez-vous fermement à ce référendum d’initiative partagée ?

Si cette chasse traditionnelle et d’autres sont interrompues, il n’y aura plus de vigies pour observer la nature, et en particulier pendant la mauvaise saison. Il n’y aura plus de surveillance et de vigilance dans la campagne. À l’occasion de la chasse, nous observons, par exemple, des dépôts d’ordures et la prolifération d’animaux nuisibles qui peuvent être porteurs de maladies transmissibles à l’homme. Si cette chasse d’intérêt personnel disparaît, c’est tout un intérêt commun, collectif et général qui sera mis en danger.
Nous pratiquons une chasse de cueillette. C’est moins de 1 % du gibier disponible qui va être récolté. Il est récolté parce que le territoire a été entretenu. Ici, à Bréhat, les promeneurs peuvent circuler parce que les ronces sont girobroyées, les orties et les fougères combattues. Le territoire est donc libre pour le passage de l’homme en toute saison, que ce soit la saison de la chasse ou pas. La chasse contribue à l’ouverture des milieux naturels et à leur fréquentation par le public.

Dans le cœur de ce référendum d’initiative partagée, il y a la défense de la condition animale. L’interdiction de la chasse traditionnelle est motivée par la violence faite aux animaux. Qu’avez-vous à dire par rapport à cet argument qui est employé par ceux qui veulent défendre ce RIP ?

Je trouve qu’il y a, parmi les défenseurs de ce référendum, des gens qui ne sont vraiment pas d’accord entre eux. Réclamer une pratique plus éthique dans les abattoirs n’a rien à voir avec la chasse. Dans les abattoirs, il y a des animaux domestiques qui ont été soignés, choyés par l’homme qui portent sa marque avec des étiquettes et quelquefois un nom. Voilà des animaux, en quelque sorte, trahis. Un jour, on les envoie à l’abattoir et ils meurent. L’animal sauvage n’a aucun contact avec l’homme. Le fusil est une arme d’une extrême violence. Par conséquent, s’il prend un coup de fusil, il est tué ou, s’il n’est pas tué, il est absolument inconscient avant de mourir. Il n’a pas été trahi et n’a jamais eu de contact avec l’homme. Mélanger la chasse à l’animal sauvage avec l’abattage de l’animal domestique est une confusion totale des problématiques et des esprits.
Ces propositions sont distinctes, avec notamment l’interdiction de l’abattage industriel, distincte de l’interdiction de la chasse traditionnelle et l’interdiction de la chasse à courre.

L’interdiction de la chasse à courre vous pose-t-elle problème ?

La chasse à courre est la chasse la plus ouverte, la plus publique et la plus gratuite qui soit. N’importe qui peut suivre une chasse à courre, sans rien payer. Il suffit de prendre une bicyclette, des bottes ou une voiture et de suivre ce qu’il se passe. Cela suppose une certaine compétence, savoir se mettre à bon vent pour écouter la chasse, savoir interpréter les cris des chiens et éventuellement les chansons des trompes, mais n’importe qui peut assister à une chasse à courre. Elle ne présente pas de danger pour le public, puisqu’il n’y a pas d’arme à feu. Si une arme à feu est éventuellement utilisée, c’est de manière tout à fait exceptionnelle et en raison du danger que présenterait, pour les hommes et pour les chiens, l’usage d’un couteau.
Qui chasse, dans la chasse à courre ? Une meute de chiens. Ils vont dans une forêt choisir un animal faible, peut-être malade ou, comme je l’ai vu quelquefois, blessé par une collision avec une voiture. Le plus facile à attraper est celui que les chiens vont choisir.
Une forêt qui est chassée à courre est une forêt où les animaux malades, éventuellement contagieux, sont éliminés. C’est une manière de gérer la ressource en animaux sauvages. Si on ne le fait pas, préparons-nous à beaucoup de collisions avec les voitures sur les routes, des accidents corporels graves, voire mortels, et avec l’impossibilité de circuler dans certains massifs. C’est ridicule.

Les chasseurs ont un véritable rôle dans l’écosystème naturel d’un environnement.

Ils ont un rôle immédiat dans la gestion de l’écosystème sauvage. J’ai participé à des captures de cerfs à Chambord, c’est un travail absolument énorme et très risqué. Parfois, des animaux sont blessés. Ensuite, il faut faire un bilan santé de l’animal. C’est une situation tout à fait exceptionnelle qu’on ne peut pas généraliser. Ce sont les chiens qui choisissent, dans la chasse à courre. La chasse à courre, c’est aussi les chevaux et la musique de la trompe. Cette musique est très française, ancienne et très sérieusement jouée. Cette chasse est extrêmement populaire.
Le soir, les gens se réunissent, chantent, partagent leurs provisions et leur bouteille de vin. C’est une convivialité en plein hiver à la campagne, où il ne se passe pas grand-chose.

Je ne suis pas certain qu’ils défendent l’écologie, mais plutôt une opinion. La meilleure réponse, c’est qu’ils viennent voir sérieusement. S’ils veulent connaître la chasse à courre, qu’ils commencent pas savoir monter à cheval. C’est comme cela que l’on peut le mieux suivre la chasse. Qu’ils écoutent, se laissent guider, qu’ils observent et qu’ils n’interviennent pas. En ce qui concerne la chasse à tir, qu’ils viennent voir. On ne les oblige pas à aimer manger du gibier. On ne les oblige pas à aimer manger de la viande d’animaux domestiques, mais qu’ils parlent en connaissance de cause. Je trouve qu’il y a beaucoup d’idées préconçues et beaucoup d’idéologies dans le discours opposé aux chasseurs.

16 août 2020

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