Qu’est devenu l’avocat pénaliste le plus réputé de France ? Deux ans après sa nomination Place Vendôme, Éric Dupond-Moretti a troqué sa robe prestigieuse d’Acquitator pour le costume d’un ministre décrié, acculé par les polémiques.

Relations houleuses avec les magistrats

Ce mercredi 31 août, l’audience qui se tient devant le Conseil supérieur de la magistrature ne redorera pas le blason du garde des Sceaux. Sur le banc des accusés, Édouard Levrault, le juge d’instruction qui a par le passé inculpé deux clients d’Éric Dupond-Moretti, est poursuivi par le gouvernement. Il entend bien profiter de cette aubaine pour dénoncer les présumées méthodes du ministre de la Justice, mis en examen pour conflit d’intérêts. Il l’accuse de se servir de son poste de ministre pour régler ses comptes avec certains magistrats. L'affaire remonte à l’été 2020. À cette époque-là, le juge Levrault accepte de témoigner dans une émission de France Télévisions sur son travail effectué à Monaco. Une semaine plus tard, Éric Dupond-Moretti, avocat d’un policier mis en cause par le juge d’instruction, dénonce à la télévision les méthodes de « cow-boy » de ce magistrat. Loin de s’arrêter à un échange par médias interposés, l’affaire prend une autre tournure après la nomination d’Éric Dupond-Moretti au poste de garde des Sceaux. Car un mois plus tard, voilà que le tout nouveau ministre de la Justice saisit l’Inspection générale de la Justice sur le cas Levrault. Aussitôt, l’Union syndicale des magistrats (USM) dénonce « un abus de pouvoir » et « une instrumentalisation des services de l’État à des fins privées ».

Autres magistrats, même méthode. Dans l’affaire des « fadettes », ces écoutes administratives décidées par le parquet national financier sous le mandat Hollande, Éric Dupond-Moretti fait partie des écoutés. Encore avocat, il porte plainte contre X au mois de juin 2020. Une fois ministre, il lance des enquêtes administratives sur deux magistrats du parquet national financier à l’origine des écoutes. Pour le syndicat majoritaire des magistrats, c’en est trop. « Qui arrêtera le justicier Éric Dupond-Moretti dont l'aversion contre les magistrats, qui ont eu l'indélicatesse par le passé d'enquêter contre ses cercles, annihile toute conduite démocratique que l'on est pourtant tous en droit d'attendre d'un garde des Sceaux ? » s’interroge alors l’USM dans un communiqué.

Laxisme judiciaire

Son action Place Vendôme n’est pas non plus exempte de critiques, pas seulement de la part des magistrats. Les forces de l’ordre, éreintées par la montée de l’insécurité, n’hésitent plus à huer le nom du ministre pendant les manifestations et à réclamer sa démission.

Laxisme judiciaire, taux de récidive, délinquance, ensauvagement… Il faut dire que depuis sa nomination au ministère, tous les voyants de la justice sont au rouge. Résultat : « En 60 ans, les Français n’ont jamais été aussi mécontents du fonctionnement de la justice », indique le récent baromètre IFOP pour Le Journal du dimanche. Mais alors que 65 % Français réclament davantage de sévérité vis-à-vis des accusés, la prison de Fresnes, avec l’accord du cabinet du garde des Sceaux, organise une journée karting et piscine pour les détenus. Éric Dupond-Moretti aura beau arborer un air surpris et affirmer ne pas avoir été mis au courant, il n’en demeure pas moins responsable aux yeux de l'opinion.

Résultat : la cote de popularité du ministre de la Justice touche le fond. Selon le baromètre IFOP de juillet dernier, seuls 30 % des Français jugent favorablement l’action d’Éric Dupond-Moretti, un record à la baisse après plus de deux ans d’exercice. À titre de comparaison, à la même période, Christiane Taubira recueillait 47 % d’opinions favorables, Rachida Dati 51 % et Michèle Alliot-Marie 68 %.

Éric Dupond-Moretti, c'est peut-être Christiane Taubira... en pire !

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31 août 2022

VOS COMMENTAIRES

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29 commentaires

  1. Dans un vrai gouvernement … Moretti n’aurait pas sa place , il doit son poste à macron qui a encore besoin de lui .

  2. Mince alors !
    Un avocat connu pour son charisme, son honnêteté et ses choix judicieux en matière de « clients »
    Je suis sans voix.

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