Au terme d’un marathon judiciaire, le tribunal de grande instance de Montpellier a ordonné le démantèlement des sept de 93 mètres de hauteur de Lunas, dans l’Hérault, entre Lodévois et Larzac. Le jugement impose, en outre, la remise en l’état antérieur et l’exécution provisoire dans un délai de quatre mois, sous astreinte de 9.000 euros par jour au profit des plaignants. Le promoteur peut, bien sûr, annoncer sa décision de faire appel, demander un sursis à exécution, mais avec ce jugement, il n’est pas dans une situation juridique favorable.

Une des raisons qui interpelle le quidam est la complexité judiciaire en amont de ce dernier jugement. Il n’a pas fallu moins de trois décisions du Conseil d’État (et donc, sans doute, pas moins d’un jugement de première instance et un de cour d’appel administrative) pour annuler le permis de construire, notamment pour défaut d’étude d’impact avicole (les cadavres déchiquetés d’un jeune aigle et d’un vautour moine par des pales ont été retrouvés à proximité de ces éoliennes). Il a ensuite été nécessaire que la Cour de cassation détermine que le juge judiciaire serait en charge de dire s’il faut détruire ce qui a été bâti en contrevenant à la réglementation, comme l’indique le juge administratif. La complexité de notre système juridique est-elle au service du bien commun et de l’équité ? N’y a-t-il pas des gisements d’efficacité et d’efficience à exploiter, dont tout semble ici montrer qu’ils sont dédaignés, au profit des riches chicaneurs qui spéculent sur la lassitude et l’essoufflement de la partie adverse ?

Le gâchis est là, désespérant : démolir ce qui fonctionne sans doute et fut bâti à grands frais. Quelles sont les autorités publiques et leurs décideurs, élus et , qui ont permis ce désastre ? La doctrine du « C’est pas cher, c’est l’État qui paie » serait moins douloureuse aux contribuables si la responsabilité fiduciaire personnelle et solidaire de ces décideurs faillis était systématiquement recherchée.

Les immenses étendues de terre sans fin de Beauce ne sont pas moins belles avec des éoliennes que sans, et il est probable que leur bruit ne dérange pas beaucoup. Par contre, sur une ligne de crête, ça peut être très moche, une rangée d’éoliennes. Pourtant, nous nous pâmerons volontiers devant le pittoresque de ces moulins anciens où l’homme de naguère domestiquait l’énergie du vent à son profit. L’échelle était autre, et ces moulins ne rivalisaient pas de hauteur pour atteindre des altitudes insensées.

L’éolien est une pomme de discorde entre les écologistes. Greenpeace, par exemple, y est favorable quand d’autres, comme la fédération Vent de colère, y sont résolument opposés, et d’autres tentent un normand « oui, mais », en ménageant ainsi la chèvre et le chou. Dans l’éolien, les pollutions sont de multiples et de très différentes natures : présence de terres rares dans les appareils, sonore ou visuelle directe, destruction de la faune avicole et modification de l’équilibre local de la chaîne alimentaire, artificialisation des sols, matériaux pas ou peu recyclables (les fameux cimetières de pales). Face à des sources de pollution de nature si disparate, il est compliqué, voire intellectuellement malhonnête, d’assener un péremptoire bilan dit écologique. Mais c’est pareil avec toutes les sources d’énergie.

À tous les don Quichotte qui sont parvenus à la fin de cet article, je propose comme cible deux moulins. Primo, réduire « pour de vrai » notre consommation d’énergie, qu’elle soit directe ou indirecte, via nos consommations. Secundo, n’oublions pas, même si nos discernements sont insuffisants en la matière, que l’arbre du cache bien souvent la forêt de la biodiversité.

28 février 2021

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