[ENTRETIEN] « Les musulmans progressent en France, faute de les avoir évangélisés »

Convertie avec la volée des cloches à Pâques, Nadia Piccarreta appelle les chrétiens à réveiller la foi en France.
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Née en Algérie dans une famille musulmane, Nadia Piccarreta est arrivée, enfant, en France et s’est convertie en entendant le son des cloches. Ces cloches qui reviennent de Rome pour Pâques ! Elle veut réveiller tous les baptisés de France et nous exhorte à retrouver nos racines chrétiennes : « L’amour du Christ est une priorité à donner aux musulmans. »

 

Iris Bridier. Élevée dans une famille musulmane, vous avez demandé le baptême il y a plusieurs années. Pouvez-vous nous raconter votre conversion ?

Nadia Piccarreta. Je suis arrivée en France en bas âge avec mes parents. Nous habitions dans un petit logement tout proche d’une église, accolé à un presbytère. Nous avions la vue sur le cimetière, depuis la cuisine. J’ai été marquée par un environnement aux deux cultures, celle de mes parents et celle de ces chrétiens rayonnants d’un mystère qui les habitait et qui m’attirait.

Mes parents ont toujours prié. Alors que les cloches sonnaient, elles couvraient les sourates qu’ils récitaient. Ces cloches étaient un signe visible des chrétiens dès mon enfance. Cependant, j’avais conscience qu’elles ne sonnaient pas pour nous. Le dimanche n’est pas un jour de prière pour les musulmans. Mes camarades me disaient qu’à Pâques, les cloches reviennent de Rome. À Pâques, les cloches sonnaient plus fort et me donnaient une vive impression de m’envoler avec elles, mon cœur était travaillé par leur son. Ma curiosité me poussait à chercher ce qui se cachait derrière elles. J’avais le désir de découvrir davantage la culture des chrétiens de France. Les cloches ont réveillé en moi le don de Dieu. J’avais tellement le désir de pousser la porte de l’église et de prendre place, j’étais attirée par ce mystère. Mon amie d’école m’a proposé de l’accompagner à un cours de catéchisme, cela m’a marquée à vie. Nadine a eu l’audace de m’évangéliser.

Bien des années après, lorsque j’étais jeune fille, j’avais le désir de m’intégrer, j’appréciais la culture française. Alors, j’ai fait ma demande de carte d’identité française au moment de la majorité, un signe évident d’une intégration culturelle, personnelle, l’envie de connaître ce pays de France, sa richesse, sa culture, son histoire. J’ai fini par découvrir que la France était chrétienne.

Je désirais épouser un garçon de mon choix. Je gardais ce secret dans mon cœur, dans l’espérance de fonder un foyer, avoir des enfants et vivre dans la paix, la joie d’un mariage réussi, aimant, respectueux. Je portais ce projet dans ma prière. Je refusais de prier comme mes parents. Je n’invoquais pas le nom du prophète d'Allah. Mes prières étaient inspirées d’un élan du cœur. Le bon Dieu les a entendues. Évidemment, les problèmes avec la famille n’ont fait que commencer.

 

I. B. Quel a été le prix à payer de cette conversion ?

N. P. C’est un combat spirituel important, un déchirement pour la famille et un sentiment de culpabilité, celui d’avoir trahi toute la famille et la communauté. Les personnes musulmanes converties au catholicisme sont courageuses. Elles ont répondu à l’appel de Jésus. Une force accompagne ce combat. C’est un don de Dieu, le Christ cherche à sauver les âmes. « Heureux serez-vous lorsqu’on vous persécutera à cause de moi » (Matthieu 5:11).

 

I. B. Vous désirez réveiller les baptisés de France. Comment faire ?

N. P. J’ai envie de réveiller tous ceux que Dieu place sur mon chemin. Tout baptisé devrait s’engager à parler de Jésus-Christ. On ne peut pas être indifférent à son message. C’est au quotidien en allant faire mes courses que j’annonce le Christ. Je sympathise avec la caissière du supermarché, la plus rebelle parfois. J’ai toujours dans mes poches des médailles miraculeuses, je fais une mini-catéchèse. La boulangère a fini par comprendre que j’étais chrétienne : « Madame, gardez mon pain, je reviens après la messe. » Les clients entendent le mot « messe », cela les réveille ! La dernière fois, une caissière avait une tête de mort autour du cou. Je lui ai dit : « Jésus, c’est mieux, non ? » Elle m’a répondu : « C’est qui, celui-là ? » Je me suis fait un plaisir de décliner l’identité de Jésus-Christ. La petite Bernadette de Lourdes disait : « Je ne suis pas chargée de vous faire croire, mais je suis chargée de vous le dire. » Des occasions comme celle-ci se présentent toujours. L’évangélisation se fait au quotidien. L’amour nous presse. Je suis désolée de voir le mutisme chez les catholiques. La seule richesse de l’homme sur la Terre, c’est de croire au Sauveur et de l’annoncer.

 

I. B. Comment expliquez-vous que l’islam progresse en France ?

N. P. Les musulmans aiment la famille, ils aiment avoir de nombreux enfants. Ce sont des croyants. Dieu dit dans la Bible : « Soyez féconds, multipliez-vous, répandez-vous sur toute la Terre » (Genèse 1-8). Les musulmans ont compris le message. Ils sont nombreux, on les remarque par leur culture, leurs traditions. Ce n’est hélas pas une culture française et cela endommage notre France, faute de les avoir évangélisés. C’est un échec, les chrétiens n’ont pas su annoncer le Christ. Il ne faut pas être timide, il faut oser se montrer avec sa Bible à la main : il y a toujours une occasion de parler de Dieu à un musulman. Ils seraient stupéfaits de voir un chrétien croire en Dieu. Ce n’est pas le cas, les chrétiens ne sont plus visibles. Charles de Foucauld, lorsqu’il était ermite à Tamanrasset, dira : « De toutes mes forces, je tâche de montrer et de prouver que notre religion est toute charité et qu’elle est vraie. » Le Christ apparaît en songe parfois aux musulmans, c’est de cette manière qu’ils demandent le baptême.

 

I. B. Comment convertir les musulmans en France ?

N. P. Les musulmans sont ouverts au dialogue. Il est très facile d’aborder le nom de Dieu avec eux. J’ai eu l’occasion de parler avec un musulman, au début du carême, puisque cette année, le ramadan a commencé en même temps que notre carême. J’ai évoqué notre temps liturgique et le sacrement de la confession. Il ne faut pas hésiter à citer les extraits de la Bible ou à offrir une médaille miraculeuse : la Vierge Marie est reconnue comme une femme sainte. Les échanges sont toujours intéressants. L’Esprit saint touche les cœurs. Dieu fera le reste. N’hésitons pas à dialoguer avec eux. Les musulmans ont besoin du Christ. Nous sommes privilégiés de le connaître. La foi chrétienne est un héritage précieux, c’est un don à transmettre au monde entier.

 

I. B. Mi-avril, le pape se rendra en Algérie, pays dans lequel vous êtes née. Qu’attendez-vous de ce voyage ?

N. P. Lorsqu’il était cardinal, Mgr Robert Francis Prevost s’est rendu en Algérie à deux reprises. Il a dit : « Je suis américain par mon passeport, mais algérien par mon âme. Et d'ajouter : Annaba ne m’a jamais quitté, et je ne l’ai jamais quitté. Je suis fils d’Augustin. » Le pape Léon XIV répètera ces phrases au moment de son intronisation. Il y a trente ans, certains se souviennent de cette décennie noire : la guerre civile en Algérie a touché des milliers de victimes. Parmi elles, de nombreux intellectuels, journalistes, médecins, professeurs, enseignants ont été la cible de ce massacre. Ils étaient musulmans. L’Église d’Algérie a perdu Mgr Pierre Claverie, les moines de Tibhirine et tant d’autres chrétiens. Le pape Léon XIV se rend sur la terre de saint Augustin. Autrefois, l’Algérie était une terre chrétienne. Dieu nous a donné un pape pour notre époque, c’est un signe d’espérance, un signe de paix pour ce pays musulman. Ce que j’attends du pape, c’est qu’il réveille l’Église d’Algérie, tout le clergé doit se mettre au travail de l’annonce de l’Évangile. L’Algérie a une population jeune qui ignore l’histoire de ce grand saint Augustin, ce peuple est assoiffé de vérité. L’amour du Christ est une priorité à donner aux musulmans. La venue du pape est l’occasion de faire retentir toutes les cloches des églises d’Algérie, Notre-Dame d’Afrique, ainsi que les églises de tous les villages. Les cloches ont un grand pouvoir ! L’Église d’Algérie renaîtra.

Pour aller plus loin :

Et elle s'est emparée du royaume, Nadia Piccard, Téqui, 2014, 160 pages, 14,50 euros (préface de Mgr Dominique Rey)

Zachée, je viens chez toi, Nadia Piccarreta, Sacré-Cœur, 2020, 76 pages, 12,90 euros (préface de Mgr Dominique Rey)

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Iris Bridier
Journaliste

Vos commentaires

57 commentaires

  1. C’est dans cet esprit qu’après 20 ans d’absence je suis retourné à l’église, où j’ai pris maintenant plusieurs charges; j’ai pris conscience que ma vie de chrétien n’avait pas de sens sans pratique en communauté paroissiale! Par contre, j’ai pu avec horreur constater la désertification du lieu de culte, en seulement 20 ans…

    • Oui, j’avoue ne pas me trouver trop bien à l’église = personne ne répond, personne ne chante, tout est long et triste.
      Pour Noel, nous arrivons à trouver une église où on chante la joie.
      la meilleure où j’ai été est celle qui se situe dans une ville du 93.
      Et une autre, dans un quartier noir de Los Angeles.
      Et oui.
      Et dans ma campagne, une autre, où, non seulement, il y a de superbes chants (ils invitent des chanteurs et chanteuses connues) et où il y a une crèche vivante dans l’église.

      Pour le reste, cela me paraît sinistre et en plus hyper long.

  2. Il est vrai que si les laïcards de la troisième république ne s’étaient pas opposés becs et ongles à l’évangélisation de l’Afrique du nord bien des problèmes auraient été évités . D’ailleurs les Maghrébins n’ont jamais compris comment la France , pays vainqueur ,
    ne leur ait pas imposé sa religion , comme eux le font . Prenez l’exemple de Malte .

  3. Indécrottable athée, je crois avec ferveur aux valeurs chrétiennes. Les témoignages de conversion, le parcours de ceux, quelles que soient leurs origines, qui ont trouvé la foi, restent un mystère pour moi. Mme Piccarreta a librement choisi, sans aucune contrainte, d’embrasser la religion catholique. Son amour de notre culture ne peut que nous réjouir. Cependant, je suis rétive à tout prosélytisme. Nous n’avons pas à chercher à influencer ou peser sur la conscience de l’autre. Cependant, nous devrions conseiller vivement et même plus que ça,à ceux qui ne tolèrent pas nos mœurs, nos lois, et qui rêvent de nous imposer les leurs, d’aller voir ailleurs si l’herbe y est plus verte.

  4.  » Les musulmans sont ouverts au dialogue.  » Combien de leurs très nombreuses victimes ont crû la même chose ?

  5. La grande faute des colonisateurs c’est de pas avoir imposé le christianisme et combattu l’islam. Contre une religion imposée par le cimeterre il fallait l’épée qu’on a abandonnée après Malte et Lépante.

  6. Visiblement en Espagne le vivre ensemble est de plus en plus difficile…
    Procession chrétienne à Oviedo (Espagne) : deux individus arrêtés pour avoir troublé l’ordre public et agressé des policiers. « Je ne me tairai pas pour une foutue procession ! », « Je suis musulman ! »

  7. Le problème on importe les plus extrémistes des musulmans pakistanais, Afgans les moins éclairés …

  8. Parce que vous croyez que les musulmans venus en France en masse se seraient laissés évangéliser ? c’est plutôt eux qui essaient de nous islamiser , par la terreur et en utilisant nos lois démocratiques .

    • Quand il y a des débarquements, on voit généralement des types et parfois des femmes, mais ces femmes ne jettent pas leur foulard par terre lors des premiers pas chez nous !

  9. Cette Nadia Piccarreta, quelle prétentieuse de vouloir convertir tous ceux qui ne pensent pas comme
    elle ! Elle a au moins ce pêché capital à se faire pardonner ! Qui s’appelle l’orgueil. Tout le contraire du
    vrai esprît chrétien …

    • Je crois que vous avez mal lu, ou plutôt vu ses propos à travers vos filtres… elle ne cherche pas à convertir par la force, mais inciter à la suivre par son exemple, tant que soit peu!

    • Vouloir enlever à cette jeune la tête de mort contre une croix me choque toute chrétienne que je suis. Les convertis sont les pires.

  10. Pourquoi donc évangéliser les Musulmans ?
    Chacun est libre de pratiquer sa religion et aucune religion n’est supérieure à une autre.
    C’est ce type de réflexion qui a toujours conduit à des guerres de religions et aux millions de morts qui ont suivis.
    Toutes les religions ont du sang sur les mains et je n’ai pas peur de dire que ma religion catholique en fait partie.
    On voit bien ce qui se passe au Moyen-Orient entre Juifs et Musulmans : chacun se croit supérieur à l’autre et la situation est depuis toujours inextricable.
    La liberté de croyance et de conscience est fondamentale tout en respectant les différences de l’autre.

    • Une seule religion c’est la cohérence pour une nation qui peut en tolérer d’autres pour de petites communautés mais en aucun cas une conquérante affirmant s’imposer en lieu et place de la traditionnelle.

      • Dans l »Empire romain, il y avait la religion officielle, il fallait adorer l’Empereur et les divinités officielles. L’Etat autorisait les différents cultes et dieux en tous genres. Ca s’est mal passé avec le christianisme qui était disons…autre chose. Une puissance inconnue, d’où les persécutions.

    • Y a des peuples plus éclairés que d’autres .
      Un musulman marocain n’a rien a voir avec un musulman soudanais ou pakistanais qui vit encore au moyen âge

      • Vouloir s’imposer par la force parce qu’on s’estime plus « éclairé », c’est un crime !
        Que chacun fasse son chemin à son rythme, c’est la tolérance, vertu qu’on aurait pu
        croire chrétienne …

    • Faire accepter à certains musulmans extrémistes qu’il existe une autre façon de croire en dieu est vertueux, non conquérant…

    • Mais vous avez raison: toutes les religions ou presque ont du sang sur les mains…et la religion catholique en tient une malheureuse bonne place!

    • Je suis de votre avis, étonnant, n’est ce pas.
      c’est pourquoi je l’écris.

      Oui, « La liberté de croyance et de conscience est fondamentale tout en respectant les différences de l’autre. ».
      Et c’est cela que j’aimerais voir en france (pour qu’elle redevienne la France), en Europe et partout dans le monde.
      Qui peut prétendre connaître la stricte vérité? La vérité relative (fonction de sa culture, de ses origines, de son histoire…) mais surement pas la vérité absolue. (précepte bouddhiste qui me convient fort, moi la chrétienne)

      • Le bouddhisme est une philosophie de vie, et non une religion. Ce qui fait sans doute
        sa supériorité morale contre toutes les vérités soi-disant « révélées » …

    • Pour une fois K1974 je partage complètement votre Point de vue. Toutes les religions devraient se respecter.

  11. Témoignage intéressant! Il est bon aussi de rappeler que la terre d’Algérie était chrétienne et que Saint Augustin était issu de cette terre.

    • Avant le VII èm siècle et la conquête musulmane par l’épée , le Moyen-Orient et la bande côtière de l’Afrique du Nord étaient des terres chrétiennes .

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