11 Ce montant avait été porté à 750 milliards par la Commission européenne, le 27 mai.

Cette annonce, présentée comme une avancée historique, dévoilait un caractère inédit en ce qu’elle proposait ni plus ni moins qu’une mutualisation des dettes sur le continent. Elle avait eu de quoi étonner dans la mesure où chacun se trouvait en droit de se demander d’où pouvait bien provenir ces richesses thésaurisées et si bien cachées dont la promesse s’avérait juste stupéfiante.

En soi, ce projet pouvait donc laisser certains dubitatifs dès l’origine.

Que l’Allemagne se soit prêtée à cet accord aurait pu permettre d’imaginer que la volonté communautaire d’une solidarité exemplaire avait pris le pas sur les vieux antagonismes égoïstes du passé.

En réalité, il eût été plus avisé de considérer que l’Allemagne, par la voix de sa chancelière, face au chaos industriel et financier annoncé par tous les économistes, s’engageait à éviter l’effondrement de ses partenaires si subordonnés à l’enrichissement du crédit de leur balance commerciale.

Pardon pour le sentiment d’interdépendance qui est censé lier les membres de l’Union, mais sans aller jusqu’à évoquer un individualisme forcené (voire légitime ?) dont certains ne manquent pas de soupçonner nos alliés germaniques, il est évident que cette pensée n’a pas dû manquer d’effleurer son esprit.

Mais, au fond, qui pourrait l’en blâmer ?

Quand la France envoie ses jeunes élites militaires au combat contre le terrorisme islamique au Mali, qui se soucie, dans l’Union européenne, de lui prêter main-forte ? Personne !

Dans tous les derniers conflits qui ont agité la planète, y en a-t-il un seul où l’ se soit engagée collectivement, en Afrique ou en Bosnie par exemple ? Non !

Y a-t-il un grand débat où l’ se soit engagée à la tribune de l’ONU d’une seule et même voix ? Non !

Pourquoi ? Parce que l’Union européenne n’est pas une nation. Parce que l’intérêt bien compris des Espagnols n’est pas le même que celui des Danois. Parce qu’une Union à 27 où chacun dispose d’une voix égale à celle de tous les autres est un frein à toute décision. Parce que l’idée même d’en faire un concept politiquement unitaire n’a pas caressé l’esprit de ses concepteurs.

Dès le début, et par la volonté et l’aide des États-Unis, ils ne pensèrent qu’à constituer une large zone de libre-échange dans laquelle toute notion d’appartenance soit effacée au profit d’une idée de la liberté individuelle défendue par le droit comme bréviaire suprême.

Beaucoup attendaient avec naïveté le sommet de ce week-end à Bruxelles en se disant que, cette fois, ça y est, l’Europe allait enfin s’affirmer. Ils se disaient que, par-delà toutes les faiblesses de cette construction imaginaire, le flot des billets allait pleuvoir et tout arranger dans un accord peut-être difficile à obtenir mais finalement abouti dans la fraternité avec grandeur d’âme.

C’était, bien sûr, sans compter sur la « rébellion » des frugaux qui se sont opposés à la volonté de faire payer les fourmis pour les cigales.

Il était pourtant confiant, notre Président, qui se vantait de sa capacité à se réinventer.

Imaginez quel triomphalisme aurait résonné sur les ondes s’il avait réussi à convaincre les 26 autres.

20 juillet 2020

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