Élie Semoun, l’humoriste affranchi de l’ancienne gauche

Il regrette cette « époque d'injonctions » où on ne peut plus rire de tout.
Elie Semoun image AFP
French artist Elie Semoun poseq during a photo session at the "Des Livres des Artistes" festival organized by the association "Lecture pour tous" which works to combat illiteracy, in Paris on June 17, 2023. (Photo by JOEL SAGET / AFP)

Invité sur Europe 1 par Pascal Praud, le 18 mars dernier, pour parler du film d’animation David dans lequel il double le roi Akhish dont Goliath est le soldat, l’humoriste Élie Semoun n’a pas mâché ses mots : « Nous ne pouvons plus rire de tout », « le second degré n’existe plus », déplore ainsi l’humoriste de 62 ans, qui se dit déçu par une gauche qui n’est plus celle de son enfance.

« Une époque d’injonctions »

Installé dans le paysage médiatique depuis plus de trente ans, Élie Semoun ne manque pas de cordes à son arc : acteur, réalisateur mais surtout humoriste, il fait partie de ces célébrités qui refusent la doxa, qui refusent de suivre le sens du vent. D’ailleurs, c’est bien la longévité de son succès, le fait que le public le connaisse et reconnaisse son humour, qui lui garantissent une certaine liberté de ton, comme il l’explique sur Europe1. Et pourtant, même lui déplore le politiquement correct qui censure aussi l’humour : « Je me plains un petit peu, comme un gros boomer que je suis, de cette époque où on ne peut plus rire de tout », explique-t-il à Pascal Praud, en ajoutant que « maintenant, on a une époque d’injonction. On est obligé de s'expliquer sur tout ce qu'on fait, de se justifier. On a des gens qui nous font la morale, des gens qui ne connaissent rien à l'humour, qui viennent nous dire "Faut pas rire de ci, faut pas rire de ça". » C’est d’ailleurs ce que l’humoriste déplorait déjà, en janvier dernier, auprès du Parisien : « On n’arrête pas de nous poser la question : "Peut-on rire de tout ?" Je disais toujours oui. Mais depuis quelques années, c’est non. Et ce n’est pas un discours à la Michel Sardou, du mec qui regrette son époque. Une chose sortie de son contexte peut créer un scandale. Il y a même des carrières qui sont en jeu pour un mot. C’est flippant. » Alors, un boomer peut-être, mais pas un passéiste et, d’ailleurs, la scène reste pour lui « le dernier endroit » où l’« on peut dire les choses ».

« Ce n’est pas la même gauche »

Il évoquait aussi, auprès du Parisien, son amitié avec Dieudonné, expliquant qu’« [il lui] di[t] tout le temps : "Qu’est-ce que tu es allé faire à mettre ton nez dans la politique ?" Aucun artiste ne devrait faire ça. Aucun. » Un avis plus tranché, sans doute, depuis 2022 quand lui-même a pris le risque de dévoiler son choix de voter Macron. Comment lui en vouloir ? Il le dit lui-même au micro d’Europe 1 : familialement, il est de la gauche sociale de Mitterrand, il était proche de Lionel Jospin et de Bertrand Delanoë. Et pourtant, il le dit lui-même : « Maintenant, je ne peux plus dire que je suis de gauche, clairement, parce que je ne me sens pas du tout représenté dans cette gauche-là. Ce n'est pas la gauche que mes parents adoraient. » Il faut bien le dire, pour un artiste, s’avouer déçu par la gauche peut être perçu comme une trahison à son milieu et représente une vraie prise de risque. Peut-être d’autant plus, d’ailleurs, quand c’est au micro d’Europe 1, cette station honnie de la bien-pensance et qu’il reconnaît, sans aucune honte, écouter lui-même.

Quête de sens et de spirituel

C’est qu’Élie Semoun fait partie de ces artistes auxquels il faut reconnaître une honnêteté intellectuelle et une vraie franchise. Cela fait des années, déjà, qu’il assume et revendique cette quête de sens et de vérité : en 2016, il expliquait à La Provence à quel point sa retraite de plusieurs jours à l’abbaye de Sénanque lui avait été bénéfique, « un bain intellectuel, spirituel, au milieu des moines cisterciens » qu’il recommandait à tous parce que « de temps en temps, on a besoin de profondeur, d'intelligence. Tout le monde devrait passer un moment dans ces endroits de recueillement, à Sénanque ou ailleurs. Plus que jamais, dans notre monde, on a besoin de trouver du sens, je crois. » D’ailleurs, en 2018, l’humoriste n’avait pas hésité à mettre sa notoriété au service de ce « joyau du Luberon » dont il fallait sauver le dôme, rapportait Le Figaro.

Est-ce une épidémie chez les humoristes, cette quête de sens et ce besoin de faire des retraites dans des monastères ? En tout cas, Élie Semoun n’est pas le seul puisque Gad Elmaleh expliquait, au micro de France Inter, le 29 mars, qu’après avoir lu le recueil collectif Trois jours et trois nuits, dirigé par Nicolas Diat, paru chez Fayard en 2022 et regroupant les expériences d’une quinzaine d’écrivains à l’abbaye de Lagrasse, lui-même s’y était rendu pour tenter l’expérience. Des planches à la clôture, du rire à la prière, il n’y aurait donc qu’un pas ?

Vos commentaires

56 commentaires

  1. Faire de l’humour est désormais révolu face à la tension extrême dans la société actuelle avec les révolutionnaires Melenchonistes et des islamistes radicaux et je ne pense pas instant que la situation va s’inverser tant la guerre civile est proche. Les dernières élections municipales nous démontre le contraire avec ce qui s’est passé à saint Denis les révolutionnaires Melenchonistes ont le vent en poupe certains médias sont à la manœuvre contre Cnews.les fous du Roi sont protégés par le Roi Républicain mais quand la violence s’exprime la loi physique est toujours du côté du plus fort le Roi n’a plus le choix tant il pourrait craindre la submersion d’éléments incontrôlables . Louis XVI en fit les frais et Marie Antoinette ressuscité aux JO de 2024 nous rappelle que les révolutionnaires ont toujours de bonnes raisons de changer le cours de l’histoire

  2. Qu’il fasse rire ses amis gauchistes, si c’est encore possible, et qu’il se consacre à son métier. C’est bien suffisants pour ce genre d’individus, personnellement j’ai toujours été sourd à son pseudo humour puant le socialisme.

  3. Facile à 62 ans de dire je me suis trompé !! Mais ces artistes ne se rendent pas compte de l’impact qu’ils peuvent avoir !!Cela me rappelle Yve MONTANT à la fin de sa vie qui disait « je me suis trompé sur le communisme » !! Il était temps !! Donc un artiste doit jouer et laisser la politique de coté !!

    • Je dirais que le distinguo est essentiel: l’artiste PEUT jouer, mais le politicien ne peut JAMAIS jouer ! Mais aujourd’hui les politiciens jouent et les artistes sont interdits de scènes! Monde de fous… il est temps de retourner les rôles : ré-volution!!

  4. Bon, il est sympa E. Semoun mais il n’a pas encore rejoint E. Zemmour… La gauche qu’il regrette est celle qui a contaminé de son idéologie laxiste, immigrationniste, eurolâtre l’éducation nationale, la magistrature, les média, endormi le peuple et diabolisé les patriotes.

  5. Pourquoi un artiste ne devrait pas faire de politique ?
    Un médecin non plus ?
    La politique c’est réservé à qui?

    Mr Semoun a pris un risque énorme en 2022 en déclarant voter Macron ( plutôt que Lepen). Aujourd’hui il prend un risque incroyable en disant qu’il est « déçu ».

    • Pas d’artiste en politique: c’est une évidence! L’artiste peut mentir à son public, se moquer de lui, jouer sur les apparences, égarer les esprits et rire de tout. La politique, c’est le contraire : on doit respecter son public qui a confiance en sa parole donnée, et dans la défense de grands principes moraux et d’idées civilisatrices de valeurs humaines sacrées. La politique n’est pas une plaisanterie, la vie n’est pas un jeu.

  6. Il découvre enfin ce qu’est la gauche : une dictature
    Voir ce qui a été fait « pour le peuple » :
    Révolution française
    URSS
    Chine communiste
    Cuba
    Corée du Nord
    confinement + piquouze
    Etc
    Des exercices en attendant le gouvernement mondial ?

  7. Elie Semoun ne devrait pas se plaindre, c’est sa gauche qui nous a amené là, il est trop tard pour pleurer, non ce n’est pas une victime, c’est un acteur de cette déchéance.

  8. La gauche de son enfance était la même qu’aujourd’hui, vu que c’est elle qui impose ces interdits

  9. Battre sa coulpe est un bon début.
    Mais le showbiz,c’est un immense pot de colle duquel il est difficile de se dégager politiquement parlant.
    D’autre part,on se souvient de ceux qui ont tenté de se soustraire du carcan gauchiste.Pour certains d’entre eux,ce fut l’enfer,pour d’autres le purgatoire .
    Tous y ont laissé des plumes.Élie Semoun n’en est pas là.C’est dans son esprit une tentative de respiration libre,un ballon d’essai.

  10. Qu’Elie Semoun arrête un peu de pleurnicher sur son sort,car cette « gauche »du passé qu’il évoque a enfanté par ses prises de positions,ses discours et son idéologie internationalio-mondialiste la gauche infecte que nous connaissons aujourd’hui avec toutes les dérives totalitaires de la « pensée unique » qui devient de plus en plus restreinte. Alors surtout que ce monsieur assume la conséquence de ses choix tout comme les autres et je précise que je ne suis pas un fan de Dieudonné pour ceux qui penseraient à de l’antisémitisme de ma part. Ces artistes ont grandement contribué à semer les graines de ce qui nous bouffe aujourd’hui et ils en sont enfin victimes à leur tour, finalement, ça n’est que justice. Pas toujours les mêmes qui doivent en pâtir.

  11. Elie Semoun est un honnête homme, même s’il devrait éviter de parler politique, cela ne va pas aux artistes.
    Il a critiqué Dieudonné, mais sans jamais l’humilier ou l’ostraciser.

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