Editoriaux - Politique - 5 mai 2019

Élections européennes : dites 33 !

Deux mille six cent sept candidats et candidates en France, pour siéger au Parlement européen !

C’est tout de même plus cohérent pour la démocratie que les cent cinquante quidams(mes) qui vont renforcer le CESE prochainement…

Leurs motivations sont-elles l’engagement résolu pour l’avenir du Vieux Continent, le goût d’en découdre, l’obstination têtue au service des autres, la disponibilité subite, l’immunité parlementaire ou, plus prosaïquement, les savoureuses indemnités à la clé ? Et les 304 euros de ticket de présence enregistrés en passant ?

L’examen exhaustif des trente-trois listes françaises est trop laborieux, mais quelques observations curieuses émaillent l’analyse.

La liste macroniste conduite par Mme Loiseau, baptisée « Renaissance », sans doute en référence à feu Léonard de Vinci – honoré, jeudi dernier, à Amboise par le Président et son homologue italien -, est un alliage subtil de LREM, MoDem et Agir. François Bayrou, l’immortel candidat candide, et les transfuges des Républicains sont les arcs-boutants de cet édifice européiste.

José Bové, qui annonçait précédemment son retrait, propose soudain d’apporter son soutien et sa notoriété verte à des candidats indépendantistes catalans. « Catalunya aquí sóc ! »

Jean Lassalle renonce, faute de support financier. Merci aux milliers d’interprètes épuisés – un mois de grève, en été 2018, pour cause de travail harassant – qui s’assèchent le larynx avec les 24 langues officielles, mais dommage pour l’ambiance récréative du grand hémicycle strasbourgeois…

Quant à la liste des Républicains, conduite par le jeune Bellamy au patronyme si romantique, elle est nommée « Union de la droite et du centre ». Or, l’UDI, qui illustre traditionnellement ce centre, présente également une liste sous la conduite de Lagarde, sans parler du MoDem précédemment évoqué.

Fichtre, c’est à n’y rien comprendre !

Les listes tricolores comportent 79 membres. La parité exigeante et imposée fait donc émerger nombre de candidates. 1.303 – exactement 1.303,5 selon une stricte mathématique – partent en campagne sur le front de l’Est. Peu parviendront à l’objectif communautaire, étant donné l’hétérogénéité, voire le désordre dans les bataillons.

Je rappelle que la proportionnelle à un tour laisse sur le champ toutes les troupes qui auront collecté moins de 5 % des voix. Et, à ce jour, selon les sondages, cela en fait plus de 20 en retraite annoncée…

Toute cette énorme confusion avec une abstention prévisible de 60 % !

Churchill disait de la démocratie qu’elle était « le pire des systèmes, à l’exclusion de tous les autres ». L’Europe ne serait-elle pas, paradoxalement, en train de le faire mentir tout en confortant sa citation ?

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