Editoriaux - Education - Société - 5 mai 2019

L’idéologie « diversitaire » à l’assaut de la méritocratie républicaine

Lors de sa conférence de presse tenue à l’issue du « grand débat national », le président de la République a annoncé une réforme de la formation des hauts fonctionnaires, qui pourrait s’accompagner d’une éventuelle suppression de l’École nationale d’administration (ENA).

Selon Le Monde et Les Échos, le gouvernement envisagerait une haute fonction publique représentative de la société par la mise en place d’une discrimination positive qui pourrait être expérimentée à l’ENA et dans les instituts régionaux d’administration, en s’inspirant des pratiques de Science Po Paris, où des places sont réservées aux élèves des quartiers défavorisés.

Polytechnique, les écoles normales supérieures ou l’École nationale de la magistrature pourraient, également, être concernées. « L’enjeu, c’est l’accès des femmes et des jeunes des quartiers de la politique de la ville ; l’égalité des chances est un vrai sujet », précise Émilie Chalas, rapporteur du projet de loi sur la fonction publique.

Il ne s’agit donc pas de sélectionner nos futures élites sur leurs seules facultés personnelles, mais de rendre leur recrutement représentatif de la société, conformément au dogme de l’idéologie « diversitaire », pour reprendre l’expression du sociologue québécois Mathieu Bock-Côté, reflet du politiquement correct venu d’outre-Atlantique.

Or, cette obsession égalitariste affichée apparaît, en fait, contraire à une réelle et saine égalité des chances, fondée exclusivement sur les qualités intellectuelles et humaines recherchées des postulants, au regard des exigences requises pour assurer leurs futures missions.

S’il est vrai que de moins en moins d’enfants d’origine provinciale et populaire accèdent aux grandes écoles, la faute en revient au naufrage de l’Éducation nationale, qui ne permet plus aux meilleurs élèves, quel que soit leur milieu social, de poursuivre des études à la hauteur de leurs capacités, avec l’aide de bourses au mérite si nécessaire, comme au temps des « hussards noirs de la République ».

Pour retrouver une plus grande pluralité dans le recrutement des élites, il conviendrait d’abolir enfin le collège unique et offrir aux élèves du primaire les plus prometteurs une orientation conforme à leurs capacités, notamment dans les quartiers pudiquement qualifiés de défavorisés (par quo ?), qui engloutissent depuis des années, et en pure perte, « un pognon de dingue ».

Bien que fort décriée aujourd’hui par certains courants sociologiques, la méritocratie républicaine, héritière de l’aristocratie d’Ancien Régime, ne saurait, malgré ses faiblesses, être remplacée par une sélection fondée sur des critères d’ordre social, ethnique ou sexuel : n’oublions pas que toute sélection a pour seul objectif de recruter les meilleurs éléments dans leur domaine de compétence et non de refléter la composition, réelle ou supposée, de la population vivant sur le territoire national.

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