Au cœur de la nuit française, il fallait être couche-tard, bien matinal ou insomniaque pour assister au premier débat de la course à la Maison-Blanche entre , en rouge républicain, et , en bleu démocrate. (À l’inverse de nous, c’est ainsi que les partis politiques se représentent dans ce pays lointain.) L’effort fut récompensé car le résultat se révéla à la hauteur de nos attentes. Un véritable combat de basse-cour.

À ma droite, le canard Donald à la stupéfiante crête permanentée. À ma gauche, le coquelet souffreteux Joe, déplumé jusqu’à l’œuf. L’affrontement ne fut pas long à attendre. Tous ergots dehors, ils se volèrent dans les plumes avec une férocité inouïe en caquetant quelques insanités dignes d’êtres pérorées sur un tas de fumier couvert de fientes : clown, menteur, idiot, dernier de la classe…, et cela, devant le monde entier. Quel charivari, quel ramdam, quel brouhaha dans cette foire d’empoigne ! Ce n’était pas du Ronsard, c’était de l’amerloque. Chez les cow-boys, les duels se règlent à coup de couteaux Bowie, de Colt et de Winchester… bien loin des usages des austères migrants du Mayflower.

Pour un véritable homme occidental, il est étonnant d’observer la lente dérive des continents. La plaque nord-américaine s’éloigne, de jour en jour, du plateau continental de la vieille Europe et nous devient de plus en plus étrangère – une véritable divergence civilisationnelle -, les deux étaient pourtant si proches dans des temps pas si anciens. C’étaient nos cousins !

On ne s’étonne pas que les Américains tentent d’exporter leur système démocratique à grands coups de bombes car, devant un tel exemple de maintien, beaucoup de peuples n’ont guère envie de les suivre spontanément dans leur folie. Le problème est que si leurs agressions militaires sont peu efficaces, l’usage de leur soft power l’est beaucoup plus. Je parierais que l’on peut déguster des MacDo Triple Cheese ou des Kentucky Fried Chicken à Islamabad, à Kaboul ou même à Alep… et que le monde entier se rue au cinéma pour voir leurs blockbusters ineptes.

Même si, dans l’ancien royaume du marquis de La Fayette, les haines politiques sont autant recuites qu’elles le sont chez l’Oncle Sam, elles s’expriment différemment sur le champ de bataille politique. C’est l’art et la manière. Nous avons, bien sûr, des meurtres dans les coulisses du grand théâtre où rôdent des spadassins. Beaucoup d’amis d’hier y gisent, une dague plantée dans le dos. Mais nous avions aussi des duellistes faisant mouche que n’aurait pas renié Cyrano : à la fin de l’envoi, ils touchent. On ne peut qu’être nostalgique des joutes qui précédaient les couronnements élyséens. Mitterrand, Giscard d’Estaing, Chirac… que d’inoubliables bottes de Nevers, coups de Jarnac et traits d’esprit !

« Vous êtes l’homme du passé – et vous l’homme du passif. » « Vous n’avez pas le monopole du cœur. » « Il n’y a pas ici de Président ou de Premier ministre – vous avez entièrement raison, Monsieur le Premier ministre. »

Des paroles pour l’Histoire. Que restera-t-il de celles de Hollande, Sarkozy, Macron ? Et cela ne devrait pas s’améliorer. Les nouveautés et les pollutions états-uniennes venant toujours s’échouer sur nos côtes après quelques années de dérives portées par le courant du Gulf Stream de l’Atlantique Nord.

Chez nos hommes politiques, Georges Clemenceau fut le spécialiste indépassable de l’esprit français, cruel, subtil et génial. C’est un temps à jamais révolu. Quand Chirac, entendant à son encontre le mot de « connard », répondait en tendant la main : « Enchanté, moi c’est Chirac », Sarkozy ne sut que répliquer « Casse-toi, pauvre con ».

Nous aurons à tout jamais la frustration de n’avoir pu assister au duel de 2002 entre Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen… pour cause de lâcheté.

1 octobre 2020

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