Le docteur Patrick Barriot fait le point sur l’évolution de la pandémie en France et sur ses conséquences économiques et sociales.

Des voix commencent à s’élever pour mettre en doute la virulence de la seconde vague. Que peut-on en penser ?

Ces voix ne font que dire la réalité. Les prévisions alarmistes faites pour justifier des mesures coercitives étaient excessives. Le taux de létalité réel de ce virus, rapport entre le nombre de morts et le nombre estimé de personnes infectées (et non pas le nombre de cas confirmés), demeure, dans le monde, de l’ordre de 0,5 % avec de fortes variations selon les tranches d’âge. Ce n’est pas la variole ni la fièvre Ebola. Nous vivons, certes, une crise sanitaire (liée, notamment, à un manque de lits de réanimation), mais pas une catastrophe sanitaire.

D’autres, encore, pointent la santé mentale des Français qui se dégraderait de façon alarmante. Effet du confinement ? De l’angoisse ? De la perte de liberté ?

L’impact de la pandémie sur la santé mentale de nos concitoyens est inquiétant. Il a probablement été sous-estimé jusqu’à cet automne. Depuis le début de l’année, les anesthésistes-réanimateurs occupent les plateaux de télévision. Les formes les plus graves et pourtant les plus rares de la maladie ont été surexposées, de façon anxiogène et stressante, dans leurs moindres détails physiques et physiologiques. Bien peu nombreux sont les psychiatres, les psychologues ou les psychothérapeutes qui sont venus nous parler de notre santé mentale et de la façon de la préserver.

Le virus SARS-CoV-2, compte tenu de son tropisme neurologique, peut être responsable d’atteintes directes du système nerveux central et de troubles des fonctions supérieures (troubles cognitifs, troubles mnésiques, troubles de l’attention…). Mais de façon indirecte, ce sont les mesures sanitaires, et notamment le confinement, qui semblent responsables de la dégradation de la santé mentale. Le rapport bénéfice/risque de toute stratégie doit être évalué avant toute mise en œuvre. Un certain bénéfice du confinement (réduction temporaire de la circulation du virus) peut être attendu, mais il doit être mis en rapport avec un risque socio-économique disproportionné.

La réduction imposée des contacts physiques et des liens sociaux, familiaux et amicaux a entraîné, chez beaucoup, un sentiment de solitude et d’isolement. Le confinement a également provoqué une rupture dans le suivi médical de nombreux patients et des difficultés d’accès aux soins. Les patients les plus vulnérables et les plus pauvres sont, évidemment, les plus durement touchés. On note une augmentation importante des états anxiodépressifs, leur prévalence pouvant atteindre 30 % dans certaines régions. Mais la dégradation de la santé mentale prend bien d’autres formes : comportements suicidaires, comportements agressifs et antisociaux, violences conjugales et familiales, apparition d’addictions ou aggravation d’addictions préexistantes, deuils pathologiques…

La souffrance psychologique ne se traite pas par des « applis » ni par des « téléconsultations » mais par le contact physique et le lien social. Les rapports humains sont essentiels à notre santé mentale.

Autres conséquences : les faillites que cela provoquerait et le marasme économique à venir… Est-ce que, avec du recul, le remède à l’épidémie ne serait pas encore plus létal que la maladie ?

Nous l’avons signalé, il existe un lien direct entre les difficultés financières provoquées par le confinement et la dégradation de la santé mentale, la précarité conduisant souvent à l’anxiété et à la dépression. La perte d’un emploi, la ruine d’une entreprise peuvent conduire au suicide. Ce ne sont pas les gens âgés polypathologiques qui vont payer le plus lourd tribut à cette pandémie et à la façon dont elle est gérée, mais les générations plus jeunes et les citoyens actifs qui auraient bien aimé le demeurer.

Comment envisager l’avenir ? Peut-on compter sur un vaccin ? Faut-il le rendre obligatoire ?

Depuis le début de cette pandémie, les médias nous ont régulièrement annoncé des « résultats encourageants » pour tel ou tel médicament efficace contre le SARS-CoV-2. Force est de constater qu’aucune de ces annonces n’a été confirmée par la suite et n’a débouché sur un traitement validé. Un vaccin est un médicament. Les « résultats encourageants » au terme d’essais cliniques limités, menés par un laboratoire avant la mise sur le marché (AMM), demandent à être confirmés dans la vraie vie avec évaluation à grande échelle du rapport bénéfice/risque du vaccin. Il me semble qu’il y a une grande précipitation dans la préparation de ces vaccins et que les enjeux financiers éclipsent les enjeux sanitaires. Par ailleurs, il ne faut pas oublier que les Français sont, en Europe, les plus réticents et les plus critiques vis-à-vis de la vaccination. Je doute qu’ils acceptent une nouvelle mesure de tyrannie sanitaire telle qu’une vaccination obligatoire.

20 novembre 2020

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