Editoriaux - International - 9 mai 2019

Donald Trump veut la guerre avec l’Iran

Malgré les précautions oratoires de la diplomatie internationale, c’est bien un nouveau scénario de guerre entre l’Iran et les États-unis qui est en train de se mettre en place sous nos yeux. En effet, après avoir déclaré, il y a quelques semaines à peine, un embargo total sur le pétrole iranien, Donald Trump renchérit en déployant au Moyen-Orient le porte-avions USS Abraham Lincoln, accompagné d’une task force aérienne.

En réaction à cette décision unilatérale et à ces manœuvres militaires, Téhéran vient de décider de cesser d’appliquer certains de ses engagements pris dans le cadre de l’accord sur le nucléaire iranien signé en 2015. En clair, l’Iran vient de décider de cesser de limiter ses réserves d’eau lourde et d’uranium enrichi comme il s’y était engagé il y a quatre ans. Ce bras de fer entre les deux pays n’est, en réalité, que la poursuite d’un long conflit.

Les États-Unis n’ont, en effet, jamais oublié la grave crise qui les avait opposés à l’Iran des ayatollahs, à la fin des années 1970 et au début des années 1980. Rappelons-nous cette période du 4 novembre 1979 au 20 janvier 1981, qui vit survenir une prise d’otages au sein de l’ambassade des USA à Téhéran. Pendant plusieurs mois, 56 diplomates et civils américains furent retenus par des étudiants iraniens. L’élément déclencheur de cette « déclaration de guerre » avait été l’hospitalisation, le 22 octobre 1979, à New York, du chah Mohammad Reza Pahlavi, en exil à la suite de la révolution iranienne. L’ayatollah Khomeini demandait, alors, l’extradition du chah d’Iran afin qu’il soit jugé, contre la libération des otages américains.

Lors de cette grave crise internationale, le président Carter devait rompre les relations diplomatiques entre les deux pays. Il autorisa même une opération militaire, l’opération Eagle Claw, qui déboucha finalement sur un désastre provoquant la mort de huit militaires américains. Cette crise s’acheva par l’accord d’Alger, qui permit la libération des otages, le 20 janvier 1981, contre le dégel des avoirs iraniens et la promesse qu’aucune poursuite judiciaire ne serait lancée contre les autorités iraniennes.

C’est dans ce contexte qu’il convient de lire les relations actuelles entre les États-Unis et l’Iran. Déjà face à face au Yémen par belligérants interposés, l’escalade que l’on observe aujourd’hui entre les deux pays pourrait rapidement déboucher sur un nouveau conflit dans cette région du globe. Par ailleurs, l’Arabie saoudite, alliée des États-Unis et actuellement engagée dans le conflit yéménite au côté d’une large coalition, pourrait saisir cette occasion pour tenter de s’imposer définitivement dans la péninsule Arabique.

Reste à savoir quelles positions adopteront les autres nations concernées par ce conflit, en particulier la Russie. Cette dernière, pour la première fois, a en effet imposé son veto au Conseil de sécurité de l’ONU, pour bloquer une résolution soutenue par l’Occident condamnant l’Iran pour ses violations présumées des sanctions internationales et l’aggravation du conflit au Yémen.

Cette attitude de Vladimir Poutine face au bellicisme de Donald Trump atteste bien de l’impasse dans laquelle se trouvent, désormais, les deux super-puissances en matière d’influence mondiale.

Dans ce contexte, l’Union européenne se contentera, vraisemblablement, de suivre, comme d’habitude, les USA. Incapable de faire preuve d’autonomie diplomatique et prisonnière de ses enjeux commerciaux, elle risque fort de se trouver, à nouveau, entraînée dans un conflit dont elle ne maîtrisera rien. Rien que du déjà-vu.

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