Editoriaux - International - 18 février 2019

Donald Trump bientôt prix Nobel de la paix ?

Le président américain est un grand farceur, qui fait preuve d’un humour dont le système politico-médiatique est connu pour en être singulièrement dépourvu. Ce qui est plus drôle encore.

Et d’évoquer sa modeste personne pour concourir au prochain prix du Nobel de la paix. D’où étranglement de glotte immédiat et AVC en perspective chez les « belles personnes » ; à peu près les mêmes des deux côtés de l’Atlantique.

L’homme est fantasque, mais loin d’être idiot, surtout quand anticipant, en ces termes, de possibles attaques : “Je ne l’aurai sans doute jamais, mais ce n’est pas grave. Ils l’ont donné à Obama, qui ne sait même pas pourquoi il l’a eu. Il était là pendant quinze secondes, et il l’a eu.” Voilà qui n’est pas totalement faux.

Barack Obama aurait-il été lauréat de ce prix après son discours du Caire, le 4 juin 2009, et sa gestion plutôt intelligente quant aux épineux rapports entre Orient et Occident, on aurait compris. Mais à peine avait-il écrasé sa cigarette dans le Bureau ovale qu’il se trouvait promu au rang de possible dalaï-lama, autre créature consensuelle s’il en est. Tout de suite, on comprenait moins. Ou alors que trop ; tant ce produit relevant plus du marketing, destiné à redorer un blason terni par George W. Bush, permettait au « soft power » américain de repartir, à l’international, sur des bases plus présentables.

Sans quitter le registre du marketing politique, Donald Trump ne manque pas d’arguments. À propos de la Corée du Nord : “On en est où, maintenant ? Plus de missiles, plus de fusées, plus d’essais nucléaires. Nous avons appris beaucoup. Mais, plus important que cela encore : nous avons une relation géniale avec la Corée du Nord, j’ai d’excellentes relations avec Kim Jong-un.”

Petit problème, d’ordre à la fois diplomatique et capillaire : en admettant que le président américain décroche le précieux sésame, encore faudrait-il qu’il le partage avec son homologue nord-coréen. La photo de famille pourrait donner lieu à un happening de brushings des plus télégéniques.

À propos de « relations géniales », si les USA se réconcilient avec un « État voyou » susceptible de mettre à feu et à sang l’océan Pacifique, quid d’un Iran ayant vaincu Daech tandis que l’Arabie saoudite, meilleur « ami » de Washington, soutenait en sous-main ce même État islamique ?

En bon businessman qu’il est, Donald Trump sait tout cela, jouant à la fois de sa rivalité et de sa complicité avec cet État profond qui, ne l’ayant pas vu venir, est désormais obligé de composer avec lui. Pour le moment, il tente de se sortir de cette insoluble équation par une de ces provocations diplomatiques lui ayant souvent réussi jusqu’ici, avouons-le. D’ailleurs, il sait bien que ce gris-gris nobélien n’est jamais rien d’autre qu’un hochet ayant, de longue date, été décerné à moins « recommandables » que lui.

Deux exemples pris au hasard dans la liste des lauréats, et faisant honneur à la patrie d’origine de l’actuel trublion ? Woodrow Wilson et le général George Catlett Marshall, figures de choc, en matière d’humanisme militant.

Le premier, initiateur de la SDN, en 1918, officine planétaire et ancêtre de l’ONU, connue pour avoir éradiqué toute forme de guerre durant le siècle dernier, est ensuite l’un des principaux maîtres d’œuvre du traité de Versailles, un an plus tard, avec les fameux résultats qu’on sait quant à la paix destinée à régner en ce vaste monde.

Le second a donné son nom à ce plan ayant consisté à reconstruire, puis à occuper l’Europe ; entreprise de bienfaisance évidemment remboursée jusqu’au dernier dollar par les occupés tandis que, grâce à lui, le Vieux Continent est encore truffé de bases américaines, censées nous défendre, aujourd’hui encore, contre un péril bolchevique dont l’actualité ne paraît pas être exactement brûlante.

Dans ce tableau des plus touchants, Donald Trump ne dépareille finalement pas.

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